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Rached Ghannouchi : Les élites libyennes auraient dû faire des concessions, comme Ennahdha l’a fait en Tunisie

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    Le leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a indiqué dans une interview accordée au journal The New Arab, publiée ce jeudi 17 mars 2016, que la cohésion des Tunisiens, a sauvé le pays lors des attaques de Ben Guerdène.

     

    Rached Ghannouchi a souligné que la démocratie n’est pas une proie facile pour Daech et que cette attaque a montré la solidité du pays et de ses institutions, contrairement au cas de la Syrie, qui constituait un terrain propice. Les Tunisiens se sont tenus aux côtés de l’armée et ont fait échouer le plan  des terroristes.

     

    Le leader islamiste a, par ailleurs, affirmé que le danger du terrorisme vient d’abord de l’intérieur du pays, du fait que certains jeunes ont choisi la voie de l’extrémisme et ont commencé à viser les citoyens et l’Etat. « Ces jeunes trouvent dans l’environnement du pays voisin, la Libye, où il y a une totale absence de l’Etat, un terrain d’entrainement, de planification et d’armement idéal avant d’essayer de retourner mettre à exécution leurs plans en Tunisie » a-t-il ajouté.

     

    A ce titre, il a estimé que le terrorisme tente aussi, plus sournoisement, de partager le peuple entre modernistes et islamistes, afin de semer la division et d’ébranler l’union du peuple, « certains utilisent l’extrémisme pour acculer et accuser leurs adversaires, servant ainsi exactement les intérêts du terrorisme » a affirmé Rached Ghannouchi.

     

    Le leader d’Ennahdha a réaffirmé le refus de la Tunisie et de l’Algérie de toute intervention militaire étrangère en Libye, qui ne ferait qu’envenimer la situation et qui, de surcroit, aura des retombées catastrophiques sur la Libye mais aussi sur ses voisins. Et s’il a indiqué qu’une intervention sur le sol en Libye ne semble pas être à l’ordre du jour, il a estimé que les parties libyennes n’ont pas fait preuve de maturité politique et fait de concessions pour l’intérêt de la nation, comme les parties tunisiennes.

     

    « Les élites libyennes auraient dû faire des concessions, comme Ennahdha l’a fait en Tunisie. Si nous n’avions pas fait ça, nous aurions eu le même sort » a précisé Rached Ghannouchi. « Nous avons rencontré d’anciens leaders du régime de Moammar Kadhafi, nous avons aussi reçu plusieurs délégations de l’Est, et nous avons toujours tenté de pousser nos amis libyens à abandonner toute attitude d’exclusion et notamment la loi d’exclusion politique comme, en Tunisie, nous avons abandonné la loi sur l’immunisation de la révolution, loin de tout esprit de vengeance» a-t-il ajouté.

     

    Rached Ghannouchi est aussi revenu sur les récentes manifestations, qui ont secoué le pays au mois de janvier et les mouvements syndicaux des forces de sécurité intérieure, affirmant que le peuple tunisien a acquis une sagesse qui lui permet à présent de différencier entre des revendications légitimes et une instrumentalisation politique et que c’est pour cela que ces derniers évènements n’ont pas eu l’effet escompté par certaines parties qui voulaient en profiter pour secouer le gouvernement.

     

    Il a évoqué les récentes menaces proférées à son encontre et à l’encontre d’Ennahdha par Daech, précisant que le différend est idéologique et que la lecture de l’Islam de Daech basée sur le meurtre, le rejet de la différence et la barbarie est totalement différente de la lecture modérée d’Ennahdha basée, elle, sur la tolérance, la liberté et la justice. « La guerre entre nous, Daech et ses semblables ne date pas d’aujourd’hui et continuera. Leurs menaces continues ne nous empêcheront pas de lutter contre eux, idéologiquement ou à travers le soutien à notre Etat et de l’union de notre peuple dans cette guerre » a souligné Rached Ghannouchi.

     

    Le leader d’Ennahdha a indiqué, à l’approche du congrès du parti, que l’idée d’en faire un parti plus moderniste est le concept du parti et non du groupe. « La communauté est un projet complet qui comprend l\’aile culturelle et sociale, la politique est la plus petite partie de celui-ci. Nous avons édifié un projet complet, et maintenant nous sommes un parti au pouvoir. Les volets philanthropique, social et culturel restent l’apanage de la société car  dans une société démocratique, il y a la spécialisation et le travail politique n’était pas possible auparavant, du temps du parti totalitaire. Maintenant, nous sommes dans un pluralisme politique, et notre constitution empêche la confusion entre la société civile et politique » a expliqué Rached Ghannouchi, « La propagande est par exemple interdite dans les mosquées qui sont des lieux de culte. Nous avons accepté la distinction entre le travail partisan et la religion dans la Constitution, et maintenant nous sommes dans une société démocratique où chacun travaille dans sa spécialité, celui qui veut faire de la politique reste dans le parti, celui qui choisira le religieux pourra faire dans l’associatif et celui qui veut faire dans les affaires sociales pourra rejoindre les structures de la société civile ou en créer d’autres» a-t-il ajouté.

     

    Rached Ghannouchi a conclu par dire qu’en 1989, Ennahdha avait la majorité lors des élections mais que les rapports de force locaux et internationaux ont renversé la tendance. « Pendant 23 ans j’étais certain que l’instant allait venir et que le peuple tunisien reprendrait son autorité et nous réélirait. Quand les barrières sont tombées, le peuple nous a donné une chance de gouverner puis nous a fait savoir en 2014 que notre rendement n’était pas au niveau requis, sans toutefois retirer sa confiance et nous avons bien compris le message» a il confié.

    M.B.Z

     

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