Par Nabil Karoui
L’attentat terroriste abominable commis à l’aéroport et dans un métro de Bruxelles, jetant la capitale belge dans le chaos et le désarroi complets, donne à réfléchir à plus d’un titre.
Il indique d’abord que Daech menace la plupart des pays d’Europe de l’Ouest où, bénéficiant du système démocratique en vigueur dans ces pays, il semble s’être durablement enraciné. Ensuite que Daech, en Europe, comme ailleurs, possède des moyens de planification, d’organisation, de coordination et d’action qui lui permettent de réaliser des opérations aussi spectaculaires que sanglantes avec, à chaque reprise, une longueur d’avance sur ses adversaires réduits à réagir sans toujours pouvoir prévenir. Enfin, qu’au niveau de la symbolique, le choix de Bruxelles, capitale-siège de l’Union Européenne, n’est pas fortuit. Il signifie un défi lancé à l’Europe entière à travers sa capacité à répliquer aux derniers évènements de Molenbeek et, notamment, à l’arrestation du terroriste Salah Abdelsselem. Mais il y a fort à parier aussi que, délogé de son antre principal à Bruxelles, encerclé, pourchassé par toutes les polices européennes et conscient d’être bientôt éradiqué, Daech s’est trouvé contraint de mener un baroud d’honneur sur place en guise de chant du cygne.
S’il est des conclusions à tirer de cet énième acte de terrorisme, c’est qu’aucun pays n’est à l’abri de Daech et de ses épigones. Touché au cœur, le monde occidental, jusque-là indifférent (pour le moins) au terrorisme agissant dans le monde arabe, ne peut plus ignorer le phénomène. D’où la nécessité, plus que jamais, d’une action internationale concertée pour contenir le fléau, loin de tous les calculs d’arrière-boutique et des jeux d’apprentis-sorciers.
Dans ce genre de confrontation devenue mondiale mais qui touche, en particulier, l’aire moyen-orientale, maghrébine et méditerranéenne, je demeure cependant opposé à toute intervention armée étrangère dans les pays arabes.
L’on a vu ce que cela a donné en Irak dans les années 2000, après la croisade bushienne et en Lybie, il y a cinq ans : deux pays totalement divisés, désarticulés, deux guerres civiles, deux effritements. On voit aussi, plus près de nous, ce que cela donne en Syrie où l’intervention armée conjuguée de forces étrangères dont la Russie fait plutôt les affaires de Daech au détriment des populations civiles, victimes de massacres en masse.
Pour peu qu’elles soient pourvues des moyens logistiques et opérationnels adéquats, les forces armées et de sécurité autochtones de nos pays peuvent triompher du terrorisme. L’exemple de Ben Guerdène en est une illustration éloquente, surtout lorsque, en soutien des forces armées et de sécurité, se dresse devant l’envahisseur le rempart d’un peuple décidé et solidaire.
Mais la solution dans des pays comme la Lybie et la Syrie ne peut pas être que militaire. Elle est essentiellement politique et doit avoir pour base la préservation de l’unité du peuple, de l’intégrité territoriale et des attributs de l’Etat et pour moyens le dialogue et la réconciliation nationale.
Là encore, on peut dire, sans forfanterie, que la Tunisie, devenue une exception parmi les pays dits du printemps arabe, peut servir d’exemple et, pour nos frères Libyens, de facilitateur.
* Nabil Karoui est fondateur de la chaîne Nessma TV et membre dirigeant à Nidaa Tounes










