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Le feu est presque dans la maison, mais les politiques sont en chaleur !

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    S’il y a un éditorialiste qui a souvent retenu mon attention et dont le journal a toujours servi de modèle pour Business News, c’est bel et bien Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur (actuellement appelé l’Obs). Ce français de 96 ans né dans une famille juive près d’Alger connait mieux que personne le Maghreb et particulièrement l’Algérie et la Tunisie. Dans ses écrits sur la région, il s’est toujours intéressé sans pour autant s’immiscer, c’est-à-dire donner son opinion sur le pays sans donner l’impression d’être ce français « colon » donneur de leçons qui s’immisce dans nos affaires intérieures, à l’instar de plusieurs de ses compatriotes. Ses opinions ont toujours intéressé nos dirigeants et il a été reçu par Habib Bourguiba, par Zine El Abidine Ben Ali, par Béji Caïd Essebsi, par Moncef Marzouki (dont les services de com lui ont charcuté le prénom) et par Mehdi Jomâa. Si les analyses de Jean Daniel suscitent tant d’attention, c’est parce qu’elles émanent de quelqu’un qui a une vision politique et géostratégique profonde sur la Tunisie. Cette vision est également prospective.

     

    Dans son dernier édito de l’édition de l’Obs du 24 mars, Jean Daniel revient sur les derniers événements de Ben Guerdène avec la tentative avortée de Daech d’occuper la ville. Il n’exclut pas déjà que la situation qui s’abat sur la Tunisie se profile en Algérie. Après avoir souligné qu’il n’y a pas eu la moindre manifestation de sympathie de la part des ‘’patriotes’’ de Ben Guerdène, il s’interroge combien de temps cela peut-il durer encore. Il avertit qu’il va y avoir d’autres tentatives similaires et il donne, aux siens, le signal d’alarme : « On sait aussi que, depuis plus de trois mois, le président tunisien réclame des armes, et qu’il n’a reçu, à l’entendre, que des contingents limités et surtout pas coordonnés entre les Américains, les Français et les Italiens.

    On sait que si les Libyens pénètrent en Tunisie, ils ne s’arrêteront pas à la frontière, et nous aurons des centaines de milliers de migrants cherchant refuge en France. Voilà. » 

    Sur la Tunisie, le verdict de Jean Daniel de ce 24 mars 2016 donne froid dans le dos : « C’est simple, il [le pays] n’a jamais été aussi menacé qu’aujourd’hui ».

     

    A la lecture de ce qui précède, peut-on conclure que le feu est déjà dans la maison ? Le devoir d’optimisme qui s’impose à nous, en ce moment, dit que non. Mais force est de reconnaitre que même si le feu n’est pas dans la maison, les armes à feu sont bel et bien là. En témoignent les importantes saisies effectuées ce week-end à Ben Guerdène même (voir nos articles à ce sujet). Or, il est de la responsabilité des hommes politiques d’avertir la population sur ce danger réel qui nous guette. Hélas, nos politiques en sont bien loin.

     

    A l’actualité cette semaine, d’après les unes de nos médias, tel  homme politique a couché avec telle députée.

    Le bloc parlementaire d’Al Horra propose une loi contre le niqab, déclenchant par là une nouvelle grosse polémique et l’occupation des plateaux télé et les couvertures des journaux.

    Nidaa tance le chef du gouvernement d’avoir maintenu en place des ministres qui ont démissionné du parti.

    Ennahdha prépare son nouveau congrès et continue à tenter de convaincre, à qui veut bien les croire, que ses islamistes n’ont pas d’historique terroriste, que ses dirigeants n’ont pas détourné de l’argent depuis la révolution et qu’ils sont plus républicains et laïcs que la gauche.

    Abderraouf Ayadi accuse Nidaa Tounes d’avoir fomenté les attentats de Ben Guerdène, en guise de diversion. 

    Moncef Marzouki édite un nouveau livre et accuse les libraires de le boycotter.

    Les dirigeants du parti de ce même Marzouki sont en train de se chamailler (avec des procès juridiques et médiatiques) s’il faut créer un autre parti ou garder l’ancien.

    Attayar organise son congrès et tente de tirer un dividende médiatico-politique d’une petite tricherie de deux de ses députés.

     

    Entre l’analyse externe de l’éditorialiste de l’Obs et  les préoccupations premières de nos hommes politiques, le contraste est gros. Trop gros !

    Nos politiques ne jouent même pas à l’autruche en étant ainsi totalement déconnectés du pays et de ses priorités. Ils jouent tout court ! Les uns en préados en jouant au malade et à l’infirmière, les autres en pleurnichant : « maîtresse, le méchant m’a frappé !» et les autres encore en cachant un objet volé dans une main derrière le dos tout en montrant l’autre main vide. Caricatural ? Oui ! Mais c’est ainsi que se dessine la scène politique tunisienne en mars 2016.

    « J’accepte les reproches, je ne resterai plus silencieux. Je ne demanderai plus régulièrement à quoi sert d’écrire, de témoigner et de se demander si l’on n’est pas dans la vanité lorsqu’on croit pouvoir être encore présent », a écrit Jean Daniel dans ce même édito.

    Maintenant, chers hommes et femmes politiques, vous pouvez continuer vos orgies, vos vols ou vos tricheries, un jour vous ne vous réveillerez pas en trouvant un dictateur à la tête du pays, vous risquez de ne pas vous réveiller tout court !

     

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