Une image est presque passée inaperçue cette semaine. Celle de la nouvelle répartition des blocs parlementaires au sein de l’Assemblée. L’opinion publique était trop occupée à regarder ailleurs. C’est que les débats sur le scandale des Panama Papers, de Mohsen Marzouk et de Samir Abdelli, étaient nettement plus distrayants.
En réalité, si cette image a très peu fait parler d’elle, c’est qu’elle n’apporte au fond rien de nouveau. Oui, chacun sait, désormais, qu’Ennahdha est de nouveau le parti fort du parlement. Les escarmouches et autres guéguerres futiles et sans grand intérêt des nidaïstes, ont fini par lasser l’opinion publique. Leurs retombées sont, d’ailleurs, prévisibles. Avec l’effritement de Nidaa et la création du bloc d’Al Horra, Ennahdha est de nouveau propulsé en tête d’affiche. L’alternative au parti islamiste s’est donné tous les moyens, lors des législatives, pour battre son ennemi juré….pour le charmant résultat qu’on connait aujourd’hui. Mais tout ceci est loin d’être une découverte. Passons…
Mais le pouvoir, le vrai, celui qu’on crie partout, les nahdhaouis n’en ont que faire. Aucun intérêt d’occuper le devant de la scène (il n’y a qu’à voir ce que Nidaa a fait de sa victoire) et de s’accaparer, par la suite, les critiques qui en découlent. Mieux vaut donc se cacher dans les coulisses. Cela Ennahdha l’a bien compris. En effet, Ennahdha a été à la tête de la constituante et des anciens gouvernements de la Troïka. Pour le charmant résultat dont on se rappelle, aujourd’hui encore. Mais elle a su partager. Partager le pouvoir mais aussi les critiques et les responsabilités qui s’en sont suivies. Ennahdha se dit même prêt, aujourd’hui, à partager le pouvoir avec le Front populaire, selon Rached Ghannouchi. C’est que le parti islamiste ne joue pas aux vierges effarouchées contrairement à ses adversaires. Tous les alliés sont bons à prendre.
Tout comme Ennahdha a réussi à apprendre de ses erreurs et à s’allier avec Nidaa, il n’hésitera pas à faire de même si une autre formation politique accédait au pouvoir. Le Front populaire peut-être ? Très peu probable que le parti de gauche prenne les devants…du moins pas dans un futur proche. Il reste néanmoins un éventuel allié (pion ?) fort utile.
Les grandes décisions que prendra Ennahdha seront annoncées à l’issue de son 10ème congrès. Le parti de Rached Ghannouchi travaille d’arrache-pied depuis des mois afin de préparer ce grand événement. Pour ce genre de choses, les islamistes ne font pas les choses à moitié.
Lors de son congrès, Ennahdha devra aborder plusieurs questions qui fâchent. Parmi elles sa «faible » représentation au gouvernement de Habib Essid. Une présence, en effet, relativement timide comparée à son poids au Parlement. C’est que cet effacement du parti ne plait pas à tout le monde. Force est de constater que les décisions de Rached Ghannouchi sont loin de toujours faire l’unanimité auprès des membres de son parti. Certains dirigeants d’Ennahdha n’ont pas encore réussi à digérer la pilule de cette franche camaraderie avec Nidaa et attendent le congrès pour crier leur colère.
N’ayons pas peur de le dire, Ennahdha est aujourd’hui, et encore, le parti fort du pays. S’il ne récolte pas la part du roi au sein du gouvernement, ce n’est rien d’autre qu’un choix stratégique. Mais lorsqu’on compare la remarquable organisation et discipline du parti de Ghannouchi au joyeux bordel de Nidaa, on arrête tout de suite de se poser des questions.
Rached Ghannouchi restera-t-il (encore) le grand manitou d’Ennahdha ? Il faudra attendre le prochain congrès pour le savoir mais il est évident que la côte de popularité du cheikh est aujourd’hui en nette dégringolade. Ses décisions sont loin de faire autant l’unanimité auprès des siens et leur rogne se fera bientôt entendre…










