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Le coup d’Etat avorté de la Turquie et les démons qui sommeillent en nous

Pour nous en tenir aux faits concernant le coup d’Etat avorté en Turquie, nous pouvons dire que l’insurrection d’une partie de l’armée a échoué, que le régime d’Erdogan en est sorti renforcé, que le soutien national et international dont il dispose aujourd’hui lui permet de mettre en application des dessins qu’il peinait à concrétiser et que l’avenir de la Turquie est malgré tout incertain.

Mais ce qui a été le plus important à analyser dans les événements de la Turquie et qui reste, quoiqu’on dise sur les interconnections géostratégiques, un pays lointain dont le sort n’a pas d’implications directes sur notre pays, ce sont les réactions d’une frange de Tunisiens qui montrent malheureusement que nos démons ne sont pas totalement exorcisés et qu’ils sommeillent encore en nous.

 

Alors qu’en Turquie, toutes les composantes de la société, les institutions, les élites, l’opposition et même une grande partie de l’armée, se sont hâtées pour dénoncer la tentative de putsch, une frange de Tunisiens, se réclamant des démocrates, ont applaudi cette tentative. Cela montre que, malgré tout, en Turquie, une réelle culture démocratique est ancrée, que le respect des institutions, indépendamment de ceux qui les détiennent, est une conviction et que la révolution kemaliste a bien porté ses fruits.

Cela montre par contre chez nous, que la conviction démocratique chez une partie de nos « démocrates » est encore vacillante. Ces démocrates ne croient qu’à une démocratie qui sert leurs intérêts et ne sont point dérangés par l’usage de moyens non démocratiques pour aboutir à un changement d’une situation en leur faveur. Pour eux, chasser les islamistes par les militaires n’est pas une mauvaise chose a priori, oubliant que la dictature militaire ne s’exercera pas contre les islamistes uniquement mais contre toutes les catégories du peuple. Nous avons été complices avec l’ancien régime de Ben Ali en lui accordant un chèque en blanc qui s’est retourné contre nous tous. Il est désolant que certains d’entre nous développent toujours la même logique. Les turcs eux, ont connu la dictature militaire à plusieurs reprises et ont retenu la leçon.

 

Les islamistes tunisiens doivent eux aussi retenir la leçon de ce qui vient de se passer en Turquie, notamment dans le camp islamiste turc. En premier lieu, il n’est plus question de nous rabâcher les oreilles par l’exemple turc comme étant un exemple de la réussite de l’islam politique adapté à la démocratie et à la modernité. Il s’avère en effet que le régime islamiste turc a fait que la crise politique et sociétale atteint des limites poussant une frange des forces armées, dans l’illégalité, à la fronde et à l’insurrection. Les premières réactions du régime d’Erdogan font peur. Les purges au sein de l’armée et de la magistrature montrent que les islamistes, qui ont déjà réduit à sa plus simple dimension la liberté de la presse et les libertés publiques et individuelles, veulent profiter de ce putsch avorté pour mettre en exécution leur projet d’islamisation de l’Etat turc. Si cela s’avère vrai, nous auront le droit de douter fortement des convictions démocratiques affichées actuellement par les islamistes tunisiens.

 

Sur un autre plan, le monde a assisté, suffoqué, aux scènes de carnage et de lynchage publics exercées par les adeptes du parti d’Erdogan contre les militaires putschistes. Ces scènes ont eu lieu après l’appel lancé par Erdogan lui-même à ses troupes de descendre dans la rue pour faire face à l’insurrection militaire. Cela veut dire que même au pouvoir, les islamistes continuent de disposer de milices parallèles. Quand on parle de milices et de police parallèle du temps de la Troïka, on est tenté, vu ce qui s’est passé en Turquie, de tendre un peu les oreilles.  

 

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