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Le soldat Sablaoui n’est pas un prêtre et n’est pas mort à Nice

S’il y a une chose plus abjecte encore que la mort d’innocents, c’est la volonté de certains esprits tordus d’instaurer une compétition victimaire entre les personnes touchées. Une compétition selon laquelle la mort d’un Français ne vaudrait pas la mort d’un Tunisien ou d’un Afghan.

 

Bien sûr, cela est ridicule. Quand le terrorisme frappe, il frappe toute l’humanité pour la simple raison que le projet terroriste est mondial et ne se définit pas par nationalité. Par contre, il est des choses qui donnent du grain à moudre aux tenants de ce genre de raisonnement, un exemple frappant a eu lieu dernièrement.

 

La mort d’un prêtre dans un village de Normandie a ému le monde entier. Cet homme de Dieu a été égorgé par deux énergumènes se réclamant de l’organisation terroriste Daech. La Tunisie, par la présidence de son gouvernement, a été prompte à réagir pour condamner vivement cet attentat sanguinaire. Est venue ensuite l’ARP pour condamner à son tour cet attentat. Ces réactions de la part des hautes autorités de l’Etat sont venues le jour même. Jusque là, rien à dire.

Le lendemain de l’attentat sanglant de Nice, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, s’était déplacé à la résidence de l’ambassadeur de France. Il l’a fait pour présenter les condoléances du peuple tunisien à l’ambassadeur et montrer sa solidarité. Même si une telle approche reste discutable sur le plan protocolaire, on peut quand même dire que c’était une initiative justifiée.

 

Pourtant, quand il y a des morts en Tunisie, ils n’ont pas droit aux mêmes égards. Le 22 juillet 2016, Mohamed Amine Sablaoui a sauté sur une mine au mont Sammema. C’était un tout jeune caporal de l’armée qui a sauté lors d’une opération de ratissage visant à traquer les terroristes retranchés sur les hauteurs ouest du pays. Nous sommes en guerre contre le terrorisme et le fait qu’il y ait des pertes et des victimes est « normal » en temps de guerre. Ce qui ne l’est pas, par contre, c’est de négliger, de s’habituer, de ne plus s’indigner et de ne rien respecter.

 

C’est ce dont a été victime Mohamed Amine Sablaoui. Sa mémoire a été profanée après sa mort. Aucun responsable gouvernemental n’a jugé utile d’aller au Sijoumi, dans la banlieue de Tunis, pour partager la douleur de la famille et inhumer le corps sans vie de ce jeune homme. Après un tollé général dans l’opinion publique tunisienne, c’est MajdoulineCherni, présidente de l’Instance générale des martyrs et des blessés de la révolution et des opérations terroristes, qui a tenté de réparer les choses. Pour ce qui est des partis, il n’y a que HammaHammami qui s’est dit que ce serait peut-être une bonne idée d’aller voir ces pauvres gens.

 

Il faut dire que Mohamed Amine Sablaoui n’a pas bien choisi le moment pour mourir. On est occupés avec le gouvernement d’union nationale, on fourbit ses armes et on aiguise ses dents pour prendre sa part du gâteau gouvernemental, à nouveau sur le marché. Et voilà que ce caporal saute sur une mine…

 

Résultat des courses, il a été complètement ignoré par les autorités et son nom est venu s’ajouter à une longue liste de personnes mortes pour défendre un Etat qui les maltraite et qui les ignore. Des personnes mortes pour un pays ingrat à son sommet. Quand on fait ce genre de gaffes, il ne faut pas s’étonner de les voir récupérées et utilisées pour alimenter des raisonnements saugrenus. Quand on vous dit que le soldat tunisien ne vaut rien pour l’Etat et que, par contre, on s’empresse de condamner et de visiter quand il s’agit d’étrangers. Au fond, on sait que c’est faux, mais les faits sont têtus. Quand on aime, il faut le prouver et pas seulement le dire…

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