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Rio 2016 : Les athlètes tunisiens face aux experts-accusateurs des réseaux sociaux

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    Le sport est le théâtre de toutes les passions et les jeux olympiques de Rio ont été l’occasion pour nos athlètes tunisiens de hisser, haut, le drapeau de la nation tunisienne ce qui n’est pas une mince affaire. Que ce soit l’amertume ressentie face à la défaite, la gratitude exprimée face à la victoire ou la vindicte populaire de ceux qui en attendent trop de la part de nos porte-drapeaux, les supporters s’en donnent à cœur joie parfois légitimement et d’autres fois injustement. Retour sur les réactions des tunisiens et leurs divisions face aux performances de nos sportifs.

     

    Oussama Mellouli, Habiba Ghribi, Inès Boubakri, Omar Ben Yahia… des noms qui résonnent dans nos esprits et qui sont porteurs d’émotion tant les Tunisiens ont un rapport étroit avec leurs portes drapeaux et le sport en général. Véritable exutoire du peuple, la cause sportive revêt un aspect profondément politique. Le patriotisme voir le nationalisme des supporters s’exprime de façon intense, parfois trop.

     

    Depuis les récentes défaites de nos athlètes à Rio c’est donc la soupe à la grimace en Tunisie. Notre championne nationale Habiba Ghribi a été classée 12ème lors de la finale du 3000m steeple à Rio et notre premier champion olympique tunisien en natation, Oussama Mellouli a, quant à lui, pareillement été classé 12ème au marathon 10 km nage en eau libre. Malgré leurs incroyables palmarès, pour les Tunisiens s’en est trop ! Déjà socialement et économiquement aliénés, ils attendaient donc de ces compétitions la victoire de nos porte-drapeaux à la fois pour se projeter mais aussi espérer.

     

    « Une finale ça ne se joue pas, ça se gagne! » Cet adage footballistique semble aussi fonctionner pour les jeux olympiques de Rio 2016 et les supporters tunisiens l’appliquent, semble-t-il, inconsciemment et au grand dam de nos sportifs nationaux. Face à la défaite de Habiba Ghribi certains comme le directeur du journal électronique « Assada » Rached Khiari ont déclaré : « la tenue indécente et le corps dévêtu de Habiba ont influencé son destin et lui ont fait perdre la médaille d’or », renchérissant que : « Le destin a donné une bonne leçon à l’athlète » …Le classement de Habiba Ghribi en 12ème position s’expliquerait donc par une sanction divine légitime que Dieu tout puissant lui aurait infligé en raison de sa nudité lors de ses performances olympiques. L’islamiste semble oublier qu’il y a 4 ans, lorsque Habiba Ghribi était devenue championne olympique, elle portait ce même short que celui-ci ne saurait voir…

     

    D’autres critiques ont déferlé, provenant de médias tunisiens tels que le site de presse électronique EspaceManager qui a titré le 15 août dernier : « JO : Habiba Ghribi déçoit les Tunisiens ». Il est légitime et naturel de ressentir de l’amertume et de la tristesse face à la défaite de la championne et à travers elle la défaite de la Tunisie, cependant le fairplay et les valeurs olympiques d’excellence, d’amitié et de respect ne doivent-elles pas primer ? Que se cache-t-il derrière de tels jugements de valeur ? S’agit-il pour nos porte-drapeaux de rendre des comptes au peuple tunisien pour les finances engagées pour leurs entrainements et le fait qu’ils soient si bien payés engendre-t-il une obligation de résultat de leur part annulant tout droit à l’erreur ? Attendons-nous de nos sportifs le sursaut national qui tarde à venir de la part de nos politiques ?

     

    Des réactions à ses verdicts ont vu le jour. Olfa Youssef, l’écrivaine et universitaire a, dans un statut Facebook, déclaré que les réactions de certains Tunisiens sont dictées par leur éducation familiale. C’est donc d’un point de vue sociologique qu’elle a affirmé que ceux dont l’enfance a été rythmée par des phrases telles que : « Regarde ton frère il est mieux que toi !» ou encore « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir un enfant raté comme toi !» ne peuvent qu’être dans le dépit constant. Les maîtres mots qui dicteront leurs attitudes seront toujours l’envie, la haine et la vindicte, selon l’écrivaine.

     

     

    Dire que les Tunisiens font la grève aux encouragements serait exagéré car à côté de ces réactions, d’autres plus gratifiantes ont vu le jour sur les réseaux sociaux. Plus indulgentes et fidèles au parcours de ces athlètes. Ces réactions ont permis de nuancer leurs défaites et d’amoindrir leurs sentiments de culpabilité face à tant d’exigence de la part de leurs supporters.

     

    Le chef de l’Etat en personne, a dans un entretien téléphonique, adressé à Habiba Ghribi ses plus vifs encouragements et son soutien le plus total. Ce soutien, il l’a adressé également à l’ensemble des sportifs tunisiens comme l’a exprimé l’athlète dans un post facebook : « Les encouragements du président de la République m’ont donné du baume au cœur et m’ont permis de garder espoir pour les compétitions à venir ». Ce post fait suite à un autre statut dans lequel elle avait déclaré : « Dieu m’en est témoin, j’ai travaillé pendant plus d’un an pour gagner cette compétition, pour vous donner du plaisir et offrir à la Tunisie la médaille d’or mais…malheureusement ce sera pour une prochaine fois ».

     

     

    Oussama Mellouli, qui a fait l’objet de la campagne « Omek fi Darek » (NDLR : ta mère à la maison) durant les jeux de Rio 2016, s’est également adressé au peuple tunisien pour expliquer sa défaite. Déjà assez remonté contre lui à propos de la présence de sa mère dans le cortège de la délégation tunisienne à l’ouverture des JO de Rio, ses supporters se sont également lâchés sur les réseaux sociaux pour exprimer leur profonde amertume. Suite à sa défaite, il a déclaré : « J’ai voulu donner à mon pays la médaille d’or et hisser mon drapeau le plus haut possible… j’ai fait ce que j’ai pu, 10 km à la nage c’est beaucoup d’effort. Je remercie inconditionnellement Dieu pour tout ce que j’ai pu faire ». Il est vrai que ses supporters sont tombés de haut, la 12ème place sur 22 c’est décevant. Pour certains, les moyens engagés pour l’accomplissement sportif du nageur ainsi que l’implication de ces nombreux sponsors auraient dû, selon eux, déterminer sa victoire.

    C’est sans doute la gorge serrée, frustrés et meurtris que nos sportifs se sont donc excusés pour leurs défaites respectives. Comme mis sur le banc des accusés, ils ont dû répondre de leurs actes manqués et se justifier envers tous les Tunisiens.

     

    C’est l’escrimeuse tunisienne Inès Boubakri qui a redonné le sourire aux Tunisiens avec sa médaille de bronze. De retour en Tunisie hier, mardi 16 août 2016, elle a été reçue en grandes pompes au carré VIP de l’aéroport Tunis-Carthage par des médias nationaux et internationaux. Elle était, par ailleurs, attendue par le ministre des Sports et de la Jeunesse en personne. Mais sa victoire n’a pas empêché les commentateurs de la critiquer et c’est fois ci pour … un baiser donné en public à son mari, l’escrimeur français Erwann Le Péchoux. Plus que sa médaille de bronze historique, c’est ce baiser olympique qui a fait parler une partie des Tunisiens. Considéré par certains comme indécent, ce bisou catégorisé comme sexuel a heurté la sensibilité d’un certain nombre de puritains. Son frère s’est par ailleurs exprimé sur le sujet pour indiquer que l’époux de la championne s’est converti à l’Islam avant leur mariage et que ce bisou est donc halal…

     

     

    Il est indéniable que la mission d’un porte-drapeau est hautement symbolique pour les pays puisque les sportifs, lors de leurs performances, rendent hommage à toute une nation. Leurs missions s’apparentent, momentanément, à une mission prophétique où dignité et constance sont attendues de leurs parts par leurs publics. Le sport est aussi et indéniablement un exutoire pour les athlètes comme pour leurs supporters qui les suivent de près et attendent beaucoup de leur part.

    Mais se moquer est aussi naturel et universel car l’humour est également un exutoire. Cependant, un autre aspect doit être relevé c’est celui de la médisance dans l’humour. Véritable sport national en Tunisie, le « Tanbir » (qui n’a pas d’équivoque en français) mélange impulsivité, humour et méchanceté gratuite, il fait rire aux éclats ceux qui ne sont que spectateurs mais il faut aussi très mal à ceux qui en font l’objet. Etre sobre et empathique avec une pointe naturelle de déception qui va de soi aurait pu aider grandement nos athlètes à traverser leurs défaites qui leur est d’abord personnelle. Bien sûr, cela aurait été magnifique d’offrir à tout le peuple tunisien de belles médailles, gage de la grandeur de notre nation, mais il aurait été encore plus digne de gratifier ces artistes du sport après leurs échecs car c’est cela le FairPlay. Les valeurs olympiques devraient donc primer sur les forces qui nous divisent.

     

    Khawla Hamed


    Crédit photo : AFP PHOTO / GIUSEPPE CACACE

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