Le coup d’envoi de la séance plénière consacrée au vote de confiance au gouvernement de Youssef Chahed a été donné ce matin du vendredi 26 août 2016, à 9h45 en présence de 178 députés.

Après avoir récité quelques versets du Saint Coran et entonné l’hymne national, le président de l’Assemblée des représentants du peuple, Mohamed Ennaceur a indiqué que le chef du gouvernement désigné présentera dans un premier temps un aperçu de son équipe et de ses objectifs.

Le débat sera, ensuite, engagé par les députés avec un temps d’intervention moyen de 3 minutes pour chacun. Une fois le débat terminé, M. Chahed répondra aux différentes interventions et la séance sera levée. Les élus passeront au vote de confiance au gouvernement dans son intégralité.
Youssef Chahed présente les priorités de son gouvernement devant le Parlement
Dans son discours, le chef du gouvernement désigné, Youssef Chahed a indiqué qu’il s’agit du 7ème gouvernement depuis la Révolution et qu’en dépit de cela, la Tunisie n’est pas parvenue à dépasser la crise économique. « Le peuple a perdu la confiance en l’Etat »
« Nous avons réussi notre transition démocratique, mais la crise économique a persisté. La production du phosphate a régressé de 60%, la productivité a également chuté dans le secteur des hydrocarbures, de l’énergie et du tourisme. La masse salariale a doublé, et le problème c’est qu’elle est accompagnée d’une régression de la production et de la productivité. L’endettement est de 56 milliards de dinars avec un taux de 62%. Et puis, c’est nous qui nous sommes adressés au FMI pour nous venir en aide, et pas l’inverse », a-t-il indiqué.
Et d’ajouter « Si les choses ne vont pas mieux en 2017, la Tunisie devra adopter une politique d’austérité. Tout le monde est responsable de cette situation. Et c’est ce sentiment d’impunité qui a aggravé la situation. Nous devons sortir de cette situation par nous-même. Nous avons plus que jamais besoin d’union nationale ».

« A la tête des priorités, la guerre contre le terrorisme et nous allons mettre en œuvre les mécanismes législatifs permettant la protection des forces sécuritaires, et la responsabilité de cette lutte concerne également tous les citoyens qui doivent assurer l’encadrement de leurs enfants et leur protection de ce fléau. Et puis je m’engage à révéler la vérité des assassinats politiques, de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. »
« La deuxième priorité c’est la lutte contre la corruption, et nous nous engageons à mettre en place le cadre juridique adéquat qui facilitera l’action des institutions en place pour lutter contre la corruption. Et je promets que tous les membres du gouvernement vont déclarer leurs biens au bout de deux semaines ».
Quant au développement, Youssef Chahed souligne qu’il faut revenir au travail et encourager les investissements. « Nous allons faire face aux grèves anarchiques. Concernant le bassin minier, il va falloir que la production du phosphate reprenne pour envisager la mise en place du développement dans la région. Revenant sur la problématique de la propreté, notre diagnostic est complément erroné. Il n’y a eu aucune création d’unités de recyclages des déchets durant les cinq dernières années, les déchets constituent un problème qui doit être résolut par une autre approche. D’où la fusion l\’environnement avec les affaires locales ».
Et à M. Chahed de conclure « Je ne suis pas là rien que pour obtenir le vote de confiance, mais c’est pour que vous acceptiez notre nouvelle vision. Nous devons tous être là pour la Tunisie et ma main restera toujours tendue vers vous ».
Interventions des députés :

Farida Laâbidi (Ennahdha): a affirmé que le choix de l\’union nationale est le seul à servir l\’intérêt du pays. « Le passage d\’un gouvernement politique, à un gouvernement d\’union nationale est un pas positif pour le processus de transition démocratique ».

Hatem Ferjani (Nidaa Tounes): « Notre parti a déjà affiché son soutien pour le gouvernement d\’union nationale. Cependant j\’ai des réserves concernant quelques noms. Certains profils ne s’élèvent pas à nos attentes. Ces profils peuvent représenter un fardeau pour tout le gouvernement ».

Slah Bargaoui (Al Horra) a tenu à saluer la sincérité ressentie dans le discours de Youssef Chahed. « Nous allons accorder notre confiance à votre gouvernement afin de faire primer l’intérêt du pays », a-t-il assuré.

Faycel Tebbini : (Social-Démocrate) : « Je préfère vous appeler ministre des Affaires locales dans le gouvernement de gestion des affaires courantes ! », a-t-il indiqué, en estimant que ce gouvernement est inconstitutionnel et obéît aux ordres des Cheikhs [Ndlr : Béji Caïd Essebsi, chef de l’Etat et Rached Ghannouchi, chef d’Ennahdha].
« Toutefois, je suis optimiste en voyant que le ministre de l’Agriculture n’appartient, ni à Nidaa Tounes, ni à Ennahdha, et j’espère qu’il sera à la hauteur de la mission qui lui est confiée ».

Salem Labiyadh (Mouvement du peuple) a estimé que ce gouvernement n’aurait pas dû contenir des anciens ministres de l’équipe Habib Essid, appelant M. Chahed à revoir certains CV de sa formation, qui selon lui, ne sont pas à la hauteur.

Ghazi Chaouachi (Al Tayyar) a contesté l’exclusion de son parti des négociations autour de l’initiative présidentielle, appelant Youssef Chahed à réviser sa définition d’union nationale. « On peut ressentir, clairement, la présence des figures de l’RCD dissout », a-t-il martelé.

Mustapha Ben Ahmed (Al Horra) : « Je me trouve coincé suite à votre discours. Notre principale réserve était à propos du nombre élevé des membres de votre équipe. Cependant, je vous conseille de ne pas céder aux pressions et de continuer avec l’esprit qu’on a ressenti dans votre discours d’aujourd’hui ».

Hafedh Zouari (Afek Tounes) : Revenant sur la problématique de la lutte contre la corruption, le député a appelé le chef du gouvernement à le recevoir afin de lui communiquer une liste nominative des personnes corrompues.
« La corruption n\’est pas seulement les pots-de-vin, elle concerne également les conteneurs et les médicaments qui passent sans le moindre contrôle », a-t-il assuré.
M. Zouari a ajouté que si le gouvernement de Youssef Chahed ne parvenait pas à changer la situation actuelle, alors dans ce cas, l’Etat sera prêt à s’effondrer.

Mabrouk Hrizi (Al Irada) : le député n’a pas hésité à déchirer le document de l’Accord de Carthage devant tous les présents sous la coupole de l’Assemblée.
Après avoir contesté l’exclusion de son parti des négociations autour du gouvernement d’union nationale, l’élu a estimé que le contenu de l’accord de Carthage ne peut constituer un programme pour le prochain gouvernement. Et dans un geste insolent, le député a déchiré le document sous le regard de toutes les personnes présentes.
Et d’ajouter que le plus grand mensonge est de considérer que la révolution soit la cause de la crise économique actuelle, « Arrêtez d’induire les gens en erreur ! », a-t-il indiqué.

Ammar Amroussia (Front populaire) : « En entendant votre discours, j’aurais dit que vous êtes un des jeunes cagoulés de la révolution. Mais vous étiez au gouvernement ! La Tunisie n’a pas besoin de diagnostic mais de remède. Certes, vous allez obtenir la confiance aujourd’hui, mais il va falloir avoir celle des chômeurs et des affamés et des assoiffés», s’est-il adressé au chef du gouvernement désigné. Et de poursuivre « Vous avez parlé d’austérité alors que votre équipe est composée de 40 personnes. C’est un gouvernement familial de complaisance ».

Sahbi Atig (Ennahdha) : « Nous soutenons toute une équipe, et nous traitons avec des hommes d’Etat indépendamment de leur appartenance partisane. Il faut délaisser la culture de Facebook ». Par ailleurs il a appelé le chef du gouvernement à respecter la constitution et maintenir le régime politique parlementaire en place.

Khaoula Ben Aïcha (Al Horra) : « Si je me fie à ma conscience je n’accorderai pas la confiance à votre gouvernement. Cependant, je vais me boucher les oreilles et je vais entendre la voix qui place l’intérêt de la Tunisie au premier plan. Notre bloc votera pour gouvernement pour que vous bénéficiiez du plus large soutien et que vous ne soyez pas victimes des pressions de certains partis politiques, notamment, ceux qui sont au pouvoir».

Mbarka Aouinia (Front populaire) : a estimé que ce gouvernement n’apporte aucune valeur ajoutée, mis à part le rajeunissement de ses membres. « Votre discours est certes enthousiaste, et vous avez emprunté une expression de Chokri Belaïd, mais pour réussir et obtenir notre confiance, il va falloir retirer la loi de la réconciliation qui blanchit la corruption et arrêter la cession des établissements publics ».

Ameur Laârayedh (Ennahdha) : a estimé qu’il est difficile qu’un gouvernement d’union nationale réalise l’union, affirmant que l’heure est pour le travail et que l’assemblée ne manquera pas de contrôler l’action de ce gouvernement.

Abdellatif Mekki (Ennahdha) : «je tiens à féliciter M. Chahed pour sa franchise, mais ce qu’il a dit n’est pas nouveau. Toutefois, la solution à la crise économique c’est l’application stricte de la loi quand il s’agit de la contrebande ou de l’évasion fiscale. Il est, aussi, nécessaire d’appliquer des réformes des secteurs vitaux, et que l’investissement public serve à l’amélioration de certains services tels que le transport et l’agriculture».

Samia Abbou (Attayar) : « Nous avons toujours critiqué Habib Essid, mais nous n’avons jamais appelé à son départ, parce que nous savons pertinemment que le suivant ne pouvait être meilleur », a-t-elle indiqué. Et d’ajouter que « ce rassemblement au titre de gouvernement d’union nationale regroupe plusieurs couleurs politiques, allant de la gauche à la racaille et l’ordure des RDCistes ». Ces propos ont été mal reçus par plusieurs députés, notamment, de Nidaa Tounes qui ont appelé Mme. Abbou à être plus polie. En poursuivant son intervention, elle affirme « C\’est bien que vous soyez diplômé, ayant une expérience à l\’étranger mais vous devez faire preuve de plus de patriotisme ».

Ahmed Seddik (Front populaire) : est revenu sur l’expression de Youssef Chahed empruntée à Chokri Belaïd, estimant que ce dernier avait utilisé cette phrase dans un autre contexte et dans un autre programme. Et d’ajouter que ce n’est pas avec cette composition que le gouvernement pourra lutter contre la corruption. Et à M. Seddik de conclure que le Front ne votera pas pour ce gouvernement « Nous avons confiance en l’avenir, c’est pour ça qu’on ne votera pas pour vous ! ».
Le gouvernement Chahed obtient la confiance du Parlement
Dans son discours, le chef du gouvernement désigné, Youssef Chahed a tenu à remercier tous les députés pour leurs interventions et à clarifier certains points. « Je ne suis pas ici pour vendre les établissements publics, ni pour changer la constitution. Et puis, on n’a exclu aucun parti des concertations. D’ailleurs, nous avons appelé le Front populaire à prendre part aux négociations. Et le soutien du mouvement du projet pour la Tunisie et de l’UPL prouve que ce gouvernement n’est pas un gouvernement de complaisance ou de quotas partisans », a-t-il indiqué. « Quant aux choix de l’équipe gouvernementale, j’en assume la responsabilité et je leur donnerai toutes les prérogatives nécessaires pour pouvoir mener à bien leur mission, sauf que je serai ferme dans ma mission de contrôle. Au sujet des grèves irrégulières, la situation du pays ne supporte plus l\’arrêt d\’activité économique», a-t-il ajouté.
Revenant sur la question de politique d’austérité, M. Chahed a précisé que le gouvernement d’union nationale n’appliquera pas cette politique, « la politique d’austérité ne sera appliquée qu’à l’horizon de 2017 si rien n’est fait pour remédier à la crise économique actuelle ».
Et d’ajouter que le dialogue sera entamé de suite avec les centrales syndicale et patronale. « Malgré les difficultés, nous restons optimistes. Nous allons réussir, nous n’avons plus le choix et nous n’avons plus droit à l’erreur »
Après le passage au vote avec députés présents, le gouvernement de Youssef Chahed a réussi à obtenir la confiance de l’assemblée avec 167 voix pour, 5 abstentions et 22 voix contre. La séance a été levée à 23h48 et 194 députés étaient présents à la plénière.
Sarra HLAOUI










