A l’actualité cette semaine, un accident de circulation à Kasserine qui a fait 16 morts et 85 blessés, une coupure d’électricité qui a plongé Tunis dans le noir, la crise de l’eau, les grèves répétitives à la CPG et la polémique relative aux recrutements massifs dans la période post-révolution.
De prime abord, il n’y a rien qui lie ces différents événements de la semaine. A bien y réfléchir, on aurait pu les éviter si le parti vainqueur des élections avait respecté sa première promesse électorale qu’est le rétablissement du prestige de l’Etat.
Depuis la révolution, il faut bien l’admettre, l’Etat a été clochardisé. Sous les gouvernements de Mohamed Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi, on était proches du chaos. Les deux anciens premiers ministres ont essayé de desserrer l’étau en cédant au-delà du possible et du bon sens, aux syndicats et aux partis de gauche et d’extrême-gauche. De l’amnistie accordée aux anciens terroristes aux augmentations de salaires, en passant par les recrutements massifs dans l’administration, l’annulation pure et simple de conventions réglementées et l’autorisation d’exercer la politique à des personnalités mafieuses et/ou extrémistes, on a fait avaler à MM. Ghannouchi et Caïd Essebsi toutes les couleuvres.
Après les élections, ce sont d’anciens fuyards et d’anciens prisonniers qui ont pris les rênes du pays. Le « peuple » a sincèrement cru que les Hamadi Jebali et Ali Laârayedh sont des victimes de Ben Ali et non des terroristes ou des criminels de droit commun. Il a benoîtement cru que Moncef Marzouki, Imed Daïmi et Slim Ben Hamidane étaient des réfugiés politiques en France et non des lâches qui se sont soustrait à la justice. La descente aux enfers du prestige de l’Etat entamée le 10 décembre 2010 a connu son apogée. Vint ensuite Mehdi Jomâa, après deux assassinats politiques et des dizaines d’assassinats terroristes de nos soldats et agents de forces de l’ordre. Huit mois d’accalmie durant lesquels on a espéré retrouver l’Etat et son prestige, la justice et son droit, la liberté et son respect. Tous les partis nous l’avaient promis, mais aucun n’était vraiment crédible. Chacun des participants trainait son lot de casseroles. Il fallait choisir le moins mauvais (ou plutôt le moins catastrophique) et c’était Béji Caïd Essebsi et Nidaa. 23 mois après, la situation est certes moins pire que sous la troïka, mais il n’en demeure pas moins qu’on nage encore dans la zone du pire…. Les différents événements vécus la semaine dernière le prouvent, car ils auraient pu tous être évités, si Nidaa et Béji Caïd Essebsi avaient tenu parole. Il fallait redonner à l’Etat son prestige et ils ne l’ont pas fait, malgré la légitimité qui leur a été accordée par les urnes.
A Carthage, on était empêtrés dans les querelles internes de sérail et d’héritage (Mohsen Marzouk, Ridha Belhadj et Hafedh Caïd Essebsi) et à Nidaa on était préoccupés par la guerre d’égos et de positionnement. Le gouvernement était livré à lui-même ne sachant pas par quel chantier d’assainissement commencer. Il y en a tellement ! Héritage de 23 ans de dictature ? Pas seulement. C’est aussi le fruit d’une culture de plusieurs siècles de paresse, de jalousie, d’envie, de conservatisme, de conservatisme religieux, de machisme et de suffisance.
L’accident de circulation de Kasserine aurait pu être évité si l’on avait restauré le prestige de l’Etat. Vous noterez le conditionnel et le « si ». « Avec des si, on mettrait Paris en bouteille », disait le proverbe. La circulation routière en Tunisie est un véritable cauchemar. Ses dangers sont dix fois pires que le terrorisme et pourtant on ne fait quasiment rien pour faire respecter le code de la route. Faire appliquer ce code, en décrétant la tolérance zéro, générerait des recettes supplémentaires à l’Etat, réduirait le nombre d’accidents et d’accidents mortels, des dépenses des assurances et de l’importation de pièces détachées. Cela donnerait surtout l’image d’un pays civilisé à tout visiteur.
Les contrôleurs de la visite technique font ce que bon leur semble, sans aucun garde-fou et sans aucune inspection. La solution est pourtant là, elle a été trouvée et expérimentée ailleurs : la privatisation et l’ouverture à la concurrence. Ici aussi, on générerait des recettes supplémentaires et on supprimerait une des innombrables occasions de corruption des fonctionnaires. Un bon cahier des charges et on créerait des dizaines de garages privés (avec des milliers d’emplois nouveaux) capables de donner le certificat de bonne santé aux véhicules. Ils seront inspectés par ces mêmes fonctionnaires de la visite technique.
La coupure d’électricité est liée au manque d’entretien des équipements et au manque de rigueur des agents de la STEG. Comportement tout à fait ordinaire pour celui qui a le monopole de la production et exploitation de l’électricité dans le pays. La solution a été trouvée et expérimentée ailleurs, la privatisation et l’ouverture à la concurrence.
La crise de l’eau n’est pas liée principalement à la sécheresse comme on a tendance à le croire, mais à un manque d’entretien des barrages et des points d’eau. Sous-traiter chez les privés est la solution idoine, si l’on prend exemple des méthodes qui ont réussi ailleurs.
Les grèves répétitives à la CPG ont été résolues, par le passé, par des recrutements massifs et des créations de sociétés de sous-traitance. Cinq ans après, on constate que l’on a là-bas des milliers d’emplois fictifs pour une production équivalente à un siècle en arrière au meilleur des cas et une production nulle au pire. Pourtant, les nouvelles techniques d’extraction de phosphate auraient dû décupler la production.
La solution demeure encore une fois en le rétablissement du prestige de l’Etat en mettant un terme aux emplois fictifs et en exigeant que chaque salaire distribué soit en contrepartie d’un travail effectué. En pratique ? Décréter la zone militaire et prendre ensuite à témoin l’opinion publique, les partis et l’UGTT que le sort de tout fauteur de trouble et de tout gréviste sauvage va être la prison ferme.
L’Etat se prive lui-même de recettes supplémentaires et de création d’emploi et de croissance, parce qu’il reste collé à une politique socialiste et protectionniste primaire et anachronique. Cet assistanat de l’Etat a prouvé ses limites, il devient suicidaire et il n’y a toujours pas de gouvernant capable de le dire et d’y mettre un terme ! Un gouvernant incapable de dire que l’Etat se doit de privatiser l’écrasante majorité des entreprises publiques et d’ouvrir à la concurrence la majorité des secteurs, comme cela s’est fait dans tous les pays qui ont connu des révolutions et des crises encore plus graves que la nôtre.
Les solutions pour en finir avec ce marasme et cette crise économiques, c’est l’application des recettes qui ont marché ailleurs : la tolérance zéro en ce qui concerne le respect des lois (rien qu’avec la corruption, on résoudrait plus de la moitié de nos problèmes) et le désengagement de l’Etat des secteurs névralgiques où sa gestion devient catastrophique.
En bref, l’Etat est fort et dominant sur le plan économique au point qu’il étouffe toute croissance et c’est là où il doit faiblir, voire disparaitre ou presque. Il est paradoxalement faible et laxiste, sur le plan sécuritaire et de la veille au respect des lois et c’est là où il doit devenir fort, voire impitoyable.










