Comme disait la célèbre chanson : « Quand y en a plus, et bah y en a encore ». La logique voudrait qu’il n’y ait personne pour se réjouir du départ de Petrofac de Tunisie, du fait que ça va créer du chômage, que l’entreprise britannique risque fort de porter plainte contre l’Etat tunisien pour son laxisme et de la perte de crédibilité de la destination Tunisie pour les investissements. Mais la logique, on l’a reléguée au dernier plan depuis un certain temps.
Il y a des politiciens de la 25ème heure qui nous disent, sans trembler, qu’il ne faut pas trop s’en faire pour le départ de Petrofac puisque l’entreprise ne va pas emporter les richesses du sous-sol tunisien avec elle. Et il ajoute que cette entreprise a choisi une personne soupçonnée de corruption pour la représenter en Tunisie… Que peut-on dire face à tant de bêtise ? Et bien creusez ! Rassemblez vos amis de « Winou El Petrole » et creusez ! Il vous suffira d’aller sur les champs où travaillait Petrofac. Mais il faut faire attention, les 500 familles qui n’ont plus de revenu risquent de partager avec vous le butin, et on sait que le partage, c’est pas vraiment votre truc…
Toutefois, il ne faut pas trop blâmer ces gens-là car leur folie est connue depuis quelques années déjà. Intéressons-nous davantage à nos gouvernants. Objectivement, c’est eux qui portent la responsabilité devant le peuple. Notre jeune chef du gouvernement nous avait demandé à tous de « nous lever pour la Tunisie ». Et pendant qu’on se préparait à quitter nos sièges, il est allé « se lever » pour Nidaa Tounes ! En une après-midi dominicale, le voilà bombardé président du comité politique de Nidaa Tounes ! Où est l’intérêt de la Tunisie dans cette démarche ? Mystère. Béji Caïd Essebsi était il au courant ? Très probablement. Le président de la République a-t-il donné son accord ? Très certainement. Pourquoi tout ce ramdam alors qu’on en a pas du tout besoin ? On ne sait pas.
Les gouvernants de la Tunisie version « unité nationale » ont, apparemment, d’autres préoccupations que celle de faire se redresser le pays.
Réfléchissons un peu et mettons-nous à la place d’un investisseur, d’un bailleur de fonds ou d’une institution financière internationale. Il y a un pays, appelé Tunisie, qui vient demander de l’argent. Comme le ferait une banque ou comme le ferait n’importe qui, avant de prêter son argent, on regarde un peu la situation du demandeur. On va tenter de voir quelles sont les priorités de ce pays qui demande de l’argent et on ira donc regarder ce que fait son assemblée. On commencera déjà par constater qu’aucune réunion n’a débuté à l’heure prévue initialement. Pas de quorum. On verra ces travaux et on constatera que le code d’investissement, en principe la priorité des priorités, a pris près d’un an pour être adopté. En parallèle, l’Assemblée préfère questionner des ministres où faire de grands discours sur une motion de soutien à la Palestine…
L’investisseur où le bailleur de fond peut fermer le dossier Tunisie à partir de cet instant. Mais admettons qu’il soit « gentil » et qu’il se dise que les politiciens, c’est partout pareil. C’est là qu’il entendra parler de Petrofac. Il se demandera comment un Etat qui vient faire la manche s’est débrouillé pour faire partir une société qui emploie tellement de gens, qui lui fournit près de 12% de ses besoins en gaz et dont il est actionnaire ? Il aurait des raisons, là aussi, d’aller placer son argent ailleurs en se disant que ce ne sont pas des gens sérieux.
Mais allons plus loin et disons que l’investisseur est encore plus « gentil » et qu’il se dit que Petrofac est un cas particulier et que c’est juste un accident de parcours. Il verra que 13% du PIB tunisien est consacré à payer la pléthore de fonctionnaires tunisiens. Il verra que le chef du gouvernement est alarmiste alors que le gouverneur de la Banque Centrale dit qu’il ne faut pas s’inquiéter. Il verra que l’endettement tunisien tourne autour de 61% du PIB. Il verra que rien n’est fait pour alléger le poids de l’administration dans les démarches d’investissement et de constitution d’entreprise. Il verra que les employés du secteur hôtelier viennent d’être augmentés. Il verra que le népotisme, la corruption et le mensonge sont encore rois en Tunisie.
Là, deux solutions se posent devant l’investisseur ou le bailleur de fonds. La première est de claquer la porte et de dire à cet Etat qui fait la manche d’aller d’abord arranger sa situation, de remettre en route ses entreprises nationales et de revenir le voir après. La deuxième solution est celle de calculer un taux d’intérêt proportionnel au risque et de prêter de l’argent à cet Etat tout en le mettant sous la coupe, puisqu’il n’aura pas d’autre choix.
Les choses sont simples finalement. On peut continuer à avoir un discours révolutionnaire creux en disant des conneries à des cons. Ou bien on peut glorifier un président parce qu’il est président et rien d’autre. On peut aussi devenir une société de fauves où on va bientôt s’arracher le pain pour manger. Ou on peut se mettre au travail, arrêter de se prendre pour ce qu’on n’est pas et faire en sorte que nos enfants ne nous insultent pas pour le pays qu’on leur a laissé.










