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La mort est moins pénible dans une mosquée

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    Une année qui s’en va, une autre qui commence et celle-ci démarre mal avec l’attentat dans une boîte de nuit d’Istanbul et l’annonce du décès de deux de nos compatriotes, Mohamed Ali Azzabi et Senda Nakaâ. Paix à leurs âmes. Mes sincères condoléances à leurs familles, spécialement à Khedija Arfaoui, maman de « Dali » et militante de l’ATFD. Pensée à leur enfant Shyrine, née le 18 juillet 2016.

    Une année qui s’en va, une autre qui commence, meilleurs vœux à tous les lecteurs de Business News et à tout Tunisien qui aime et respecte la vie d’autrui quelles que soient sa croyance, sa tendance et ses idées.

     

    Le drame d’Istanbul et la mort du couple Azzabi ont fait rejaillir, encore une fois, la cruauté de certains de nos compatriotes avec qui nous partageons cette même terre et ce même drapeau. Il reste cependant que nous ne partageons pas les mêmes valeurs. Les uns respirent la vie, les autres ne pensent qu’à ce qu’il y a après la vie… Leur cruauté face à la mort va jusqu’à l’absence de toute compassion, voire jusqu’à éprouver de la joie, parce que leurs compatriotes sont morts dans une boîte de nuit. Pour eux, ce sont deux débauchés qui sont décédés et, à ce titre, il ne saurait y avoir de compassion. Encore un peu et on dirait « bien fait pour leurs gueules ».

    Il vaut mieux peut-être mourir dans une mosquée ou à la Mecque ? Oui, plusieurs l’ont dit ! A les entendre, le paradis attend ceux qui meurent à la Mecque et l’enfer ceux qui meurent en boîte de nuit.

    C’est avec ce type de compatriotes et c’est avec ce genre de bêtise incommensurable que nous allons attaquer l’année 2017… Pour gouverner une telle « race », il en faudrait du courage à nos gouvernants !

     

    A l’actualité cette semaine, une collision entre un train et un bus fait cinq morts et 52 blessés. Paix à leurs âmes. La faute à l’absence de signalisation. Ce n’est pas le seul croisement sans signalisation, il y en a à la pelle. Quand bien même il y en aurait, tu trouveras toujours un chauffard pour ne pas la respecter, la signalisation. Ça ne rate jamais, c’est un sport national chez nous. Les accidents de la route font bien plus de dégâts et de morts que les attentats terroristes et, pourtant, la lutte contre le terrorisme nous occupe bien davantage.

    Cinq morts et 52 blessés, c’est cinq morts et 19 blessés de trop. Il faut donc prendre des mesures. Le gouvernement a pris des mesures immédiatement. Spectaculaires les mesures du gouvernement. On a limogé la PDG de la SNCFT. Il faut bien un bouc émissaire après tout. Ce sera donc la PDG. Et pourquoi pas le ministre, le secrétaire d’Etat ou le gouverneur ? Non, cette fois, on a décidé que ce soit la PDG. Au prochain accident, quand il y aura plus de morts, on limogera le gouverneur. Et au suivant, peut-être, le ministre. A condition que le ministre ne soit plus des « nôtres » bien entendu. Sinon, on limogera le nouveau PDG. Et ainsi de suite…

     

    Plus triste que la mort, c’est cette politique anachronique et hypocrite de chercher un bouc émissaire et de le limoger afin de cacher l’absence de politique et sa véritable responsabilité.

    Dans un pays normalement constitué, un pays où les gouvernants respectent leurs citoyens, c’est une batterie de mesures immédiates qu’on aurait prises pour éviter ce type d’accidents à l’avenir. D’autant plus que le problème est identifié, qu’il est récurrent et que la solution efficace existe.

    Contrairement au terrorisme, la solution pour ce type d’accidents mortels est une question de volonté politique. Il suffit que le gouvernement décrète la guerre contre les chauffards pour que l’on réduise drastiquement les accidents de la route et les accidents mortels. Aux élections de plusieurs pays, on fait de ce sujet un slogan de campagne, voire le cœur même de la campagne. En Algérie voisine, où la circulation routière était pire que la nôtre il y a quelques années, on a réussi à dépasser ce stade et à imposer à tous le respect du code de la route. Chez nous, mis à part quelques campagnes de deux-trois jours (généralement en périodes de fêtes), on continue à jouer l’autruche et à limoger les PDG pour éviter d’attaquer le problème de front.

    Pour parer aux accidents de la route, il faut frapper là où ça fait mal, c’est-à-dire au portefeuille. Que le gouvernement investisse dans l’achat de radars fixes et mobiles et d’une centaine de motos pour équiper la Police de circulation et la Garde nationale routière. Des motards feront le tour des différents carrefours pour verbaliser ou dresser des amendes exorbitantes aux chauffards. J’insiste sur exorbitantes, car il faut que ça fasse mal à celui qui grille un feu rouge, qui circule en sens interdit, qui double par la droite, qui ne respecte pas les files d’attente au feu (en doublant la file pour couper brusquement par la droite ou par la gauche), qui dépasse les lignes continues, qui dépasse les limites de vitesse, qui stationne à double file en créant des embouteillages monstres…

    A noter que l’incivisme routier ne génère pas que des morts, il est également un frein pour l’investissement, car on ne saurait investir dans un pays où l’on a peur de circuler en voiture ou de marcher à pied.

    Ce n’est qu’en faisant mal au portefeuille que l’on peut éradiquer ce mal mortel. L’efficacité de cette politique a été prouvée partout dans le monde et ne souffre pas d’exception. En dépit de cela, et bien que 100% de nos gouvernants aient fait le tour du monde ou presque, on préfère continuer à mentir à la population en cherchant des boucs émissaires à chaque accident spectaculaire. On se fout de nos gueules ? Un peu, oui !

     

    L’autre actualité de la semaine est un autre mensonge de nos gouvernants qui est passé hélas inaperçu. Le DG de l’Institut national de la Statistique a organisé vendredi dernier une conférence de presse pour annoncer que le taux de pauvreté en Tunisie est passé de 20,5% en 2010 à 15,2% en 2015

    Les néophytes apprécieront. Les « révolutionnistes » applaudiront, la révolution de la dignité a du bon, elle a fait reculer la pauvreté. On se fout de nos gueules ? Un peu, oui !

    Voici en lien un document officiel élaboré en octobre 2012 par l’INS en collaboration avec la Banque mondiale et la Banque Africaine de Développement qui indique, en page 14, que le taux de pauvreté en Tunisie est de 15,5% en 2010, de 23,5% en 2005 et de 32,4% en 2000.

    Le même INS qui dit, en 2012, que le taux de pauvreté en 2010 était de 15,5% revient en 2016 pour dire que ce taux était de 20,5% en 2010 ! On se fout de nos gueules ? Un peu, oui !

    Houcine Ben Achour abordera, jeudi prochain dans sa chronique économique hebdomadaire, le sujet et ses enjeux dans les détails.

    En attendant, je ferai juste remarquer que jouer avec les chiffres est très dangereux. Pire que le terrorisme et l’incivisme routier réunis. Si l’on commence à falsifier les chiffres, on ne s’en sortira plus. La Grèce a fait pareil et ne s’en est pas sortie bien qu’elle appartienne à l’UE. Que dire de nous ?

    Pour faire taire la masse et la satisfaire, on qualifie un terroriste de martyr, on limoge un PDG, on cache notre pauvreté par un tour de passe-passe, on retire la cravate et on met une jebba (ou burnous). Cette politique (ou plutôt non-politique) porte un nom, elle s’appelle populisme. Le dernier à l’avoir essayée est devenu une risée et a reçu une claque électorale qui l’a éjecté du palais de Carthage.

    Cher Béji Caïd Essebsi, cher Youssef Chahed, ne faites pas pareil ! 

     

     

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