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Et si c’était ça, la véritable révolution ?

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    Par Hédi BEN ABBES 


    Tout observateur attentif pourra constater à loisir que l’écrasante majorité de la classe politique tunisienne actuelle est très décevante tant elle est gangrénée par l’opportunisme, l’obsession du gain facile et immédiat, le manque de patriotisme et de générosité envers son pays. La déception des Tunisiens est à la hauteur de la médiocrité de l’offre politique et de cette écrasante majorité de personnel politique obnubilé par leurs petites personnes, se disputant ce qui reste d’une Tunisie exsangue et fatiguée.

    Et quand on tire le niveau vers le bas, on élargit inévitablement l’assiette des prétendants au « maigre festin ». Certains se considèrent alors plus à même que les autres pour prendre en main les affaires publiques. Parmi tous ces prétendants, parfois cupides, incompétents ou avides de reconnaissance, certains n’y voient que les avantages immédiats qu’ils peuvent retirer de pareille situation. Or, si ceux-là même qui déshonorent la fonction politique avaient la moindre conscience du poids de la responsabilité que l’exercice de la fonction engendre, on aurait en réalité bien peu de candidats. N’ayant aucun sens du devoir, tous ces prétendants convoiteux comptent sur leurs combines et des alliances de circonstance pour parvenir à leurs fins, tout en étant coupés des véritables préoccupations de la population tunisienne.

     

    Parallèlement à ce constat accablant, une lueur d’espoir et d’optimisme m’a cependant été offerte cette semaine par de jeunes étudiants et étudiantes, lors d’une rencontre prise sous la forme d’un entretien professionnel. En effet, ne dit-on pas que la maturité d’un peuple se mesure à sa capacité à se prendre en charge, à assumer sa part de responsabilité et à sa prise de conscience de ce que recouvre comme sens le concept de « citoyenneté » ?

    Ces jeunes gens m’ont agréablement surpris, tant par leur maturité que par leur capacité à se prendre en charge. Ils ont compris qu’il était temps d’opérer une véritable rupture paradigmatique par rapport à leurs ainés en comptant sur eux-mêmes et en assumant, du moins en partie, leur part de responsabilité. L’objectif consiste pour eux à ne plus croire en un Etat providence pour subvenir à leur besoin ou pour fournir des emplois, mais qu’il s’agit plutôt de se donner les moyens de créer son propre avenir professionnel par l’acquisition de compétences techniques et culturelles.

     

    Représentants d’une association (Junior Entreprises of Tunisia) qui regroupe 1500 adhérents, ces apprentis ingénieurs m’ont donné la preuve que la Tunisie restera toujours debout et qu’elle ne pourra être sauvée que par sa jeunesse et par ses femmes. Une jeunesse fière, digne et sensible à ce qui passe ailleurs dans le monde et qui possède la distance nécessaire pour mieux appréhender l’avenir. Quelle grandeur d’esprit et quelle belle leçon de vie ! Leur démarche consiste à acquérir les techniques de création de startups et à se constituer un « networking » susceptible de faciliter leur insertion dans le monde du travail.

    Par désespoir de cause ou par prise de conscience du véritable rôle de l’Etat, ces jeunes ont compris que l’initiative personnelle alliée à la volonté de s’en sortir, en mettant à profit tout ce que l’Etat peut fournir comme encadrement et comme structures, sont les conditions de la réussite personnelle et collective. Cette nouvelle mentalité est en rupture totale avec l’esprit d’assistanat qui sévit depuis 60 ans en Tunisie. Et si c’était ça, la véritable révolution en Tunisie, celle qui a lieu dans les têtes ?

     

    Depuis le soulèvement de 2011 jusqu’à ce jour, les différentes réponses des gouvernements successifs à la forte pression sociale, consistaient à chercher des solutions de facilités en recrutant massivement dans la fonction publique. Par lâcheté ou par opportunisme politique, ou les deux à la fois, cette politique est devenue une véritable bombe à retardement car elle alourdit les charges de l’Etat, paralyse les services publics, abaisse le niveau, renforce l’esprit d’assistanat et sape les conditions du véritable développement. Un tel constat n’a pas échappé à ces jeunes qui n’attendent plus rien de l’Etat, ou du moins, ont compris que nous sommes arrivés à la fin d’un système et que, dans leur cas, l’entreprenariat est la seule voie possible pour mettre à profit les compétences acquises.

    La véritable citoyenneté réside dans l’égale prise de conscience de ses devoirs et de ses droits. Ces jeunes issus d’une école d’ingénieurs publique, donc d’une structure étatique, ont compris que le rôle de l’Etat consiste à fournir les structures nécessaires à l’épanouissement personnel et doit permettre l’acquisition de compétences. Il leur incombe ensuite, à cette jeunesse motivée et moderniste, de se prendre en charge et d’assumer sa part de responsabilité pour contribuer à son développement personnel et à celui de son pays. C’est dans cet équilibre entre rôle de l’Etat et rôle du citoyen que réside le secret d’un développement sain et durable.

     

    En l’absence de courage politique pour dire la vérité, entreprendre les réformes nécessaires et en assumer les conséquences, des jeunes se sont mis au travail et commencent à redessiner les contours d’un autre rapport à l’Etat. Quand les politiques se défilent et évitent de mettre des mots sur les véritables maux qui rongent la société et l’économie, le seul espoir qui demeure provient de cette jeunesse ambitieuse et patriotique. C’est elle qui fixera la marche à suivre pour contourner tous les lobbies et neutraliser tous les opportunistes. C’est elle qui dictera aux politiques les conditions de leur accès au pouvoir. C’est elle qui redéfinira les principes fondateurs de la valeur travail.

    Si les nouveaux barons de la mauvaise gouvernance ne se mettent pas au diapason de cette jeunesse désireuse de changements, ou s’ils continuent à s’enferrer dans leur aveuglement, ils auront à rendre des comptes devant cette jeunesse et devant la cour suprême de l’Histoire. Celle-là même qui a jeté aux orties leurs prédécesseurs, cupides et arrivistes.

     

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