Le 13 novembre 2015, un enfant de 16 ans a été décapité par un groupe terroriste au mont Mghilla à Sidi Bouzid, alors qu’il gardait les moutons. Mabrouk Soltani, est devenu très vite le symbole de la Tunisie profonde, qui paye le tribut d’une politique jugée laxiste et d’une coalition « contre nature » entre les modernistes et les islamistes.
La vidéo publiée le 22 novembre 2015 par « Jond Al Khilafa » [ndlr : les soldats du Califat], et contenant les dernières déclarations, insoutenables, de Mabrouk Soltani avant son exécution, a mis les Tunisiens devant l’horreur de l’évènement et suscité une vague de soutien à la famille Soltani.

Avant cela, le président de la République, Béji Caïd Essebssi, avait reçu le 17 novembre 2015, le frère et le cousin du martyr. Le président avait alors décrété une aide urgente à apporter à la famille du défunt et a demandé à ses conseillers de suivre immédiatement et de près la situation des concernés.

Béji Caïd Essebsi avait ordonné un suivi psychologique et matériel pour les habitants de la région et appelé, en coordination avec les services gouvernementaux centraux et régionaux, à fournir à cette zone rurale les conditions de vie décente.
Malheureusement ces mesures n’ont pas épargné à la famille Soltani un second drame. Le 2 mai 2017, le frère de Mabrouk Soltani, Khalifa Soltani, a été kidnappé au Mont Mghilla alors qu’il gardait, comme son frère, le troupeau de moutons. Les opérations de ratissage se sont intensifiées, avec l’aide des habitants de la région et des hélicoptères militaires pour retrouver le jeune disparu.
Les Tunisiens retiennent leur souffle, mais au matin de ce samedi 3 juin 2017, la nouvelle tombe… glaçante. Le corps de Khalifa Soltani a été retrouvé dans un endroit très difficile d’accès. Il aurait subi, selon les premières informations dont nous disposons, le même sort que son frère.
« Les pauvres et les faibles paient comme d’habitude de leur sang pour que perdure la coalition avec l’origine du terrorisme et sa source.. » écrit l\’universitaire Olfa Youssef sur sa page Facebook réagissant à la triste nouvelle.
La Tunisie perd encore un jeune sacrifié sur l’autel de l’obscurantisme. Un jeune berger qui avait, il y a deux ans, gardé dans un frigidaire la tête de son frère lâchement assassiné. La mort de Khalifa Soltani a provoqué un tollé d’indignation sur les réseaux sociaux.
« Elle perd ses deux fils aux mains des terroristes… Certains donnent leurs enfants pour le pays et d’autres donnent le pays à leurs enfants.. » peut-on lire sur la page de l’activiste politique Ahlem Hachicha Chaker.
Des personnalités publiques, des médias, journalistes et artistes ont exprimé leur chagrin, leur soutien, leur dégout mais aussi leur exaspération, devant ce sort qui s’acharne sur la famille Soltani, sur une mère qui a perdu, de la plus horrible des manières, deux de ses fils.
Le sécuritaire Ahmed Hamdouni écrit : « Le jeu politique est fini, le mariage catholique qui n’admet pas le divorce entre les deux Cheikhs a été mis à jour et il apparait clair que la dote de cette union est la Tunisie. Nous sommes un peuple sans nation et sans souverain et nous avons malheureusement participé à ce crime… »
Le blogueur Mehrez Belhassen publie : « C’est un des moments où on se demande sérieusement : quel sens est-il resté de la nation ? … » avec le hachtag #pardonne-nous.Khalifa.Soltani
Mohamed Ali Louzir, très actif sur les réseaux sociaux écrit : « Des légendes arabes : Au mois de Ramadan les diables sont enchaînés. Ceux qui ont tué Soltani, qui donc leur a soufflé l’idée ??!! »
L’assassinat de Khalifa Soltani intervient en pleine polémique sur les droits et les libertés individuelles. En ce mois de Ramadan, la traque des non-jeûneurs s’est poursuivie dans de nombreuses régions du pays. L’arrestation de quatre jeunes à Bizerte, pour avoir fumé en public, avait suscité ce week-end un débat houleux sur les droits constitutionnels qui semblent ne pas être garantis par les autorités publiques. Le lien entre une jeunesse opprimée dans ses droits les plus élémentaires et une jeunesse marginalisée et donnée en pâture aux terroristes a vite fait d’apparaitre dans les réactions des internautes tunisiens.
« Appel aux forces de l’Ordre : on note la présence de non jeuneurs au Mont Mghilla » a publié Bassem Bouguerra, entrepreneur connu sur les réseaux sociaux.

Synda Tajine, rédactrice en chef à Business News, a estimé que la jeunesse tunisienne est vouée à être assassinée dans un pays qui ne fait que tuer sa jeunesse, ses rêves et ses libertés.
Nombreux autres ont estimé que les forces de l’ordre sont plus préoccupés à chasser les non-jeûneurs et les homosexuels que les terroristes.
D’autres encore, comme le médecin et syndicaliste, Aymen Bettaieb, ont affiché leur résignation face aux crimes répétitifs qui ne font que provoquer, très ponctuellement, une vague d’indignation avant de tomber dans les oubliettes… jusqu’au prochain.. .

La toile tunisienne est aujourd’hui marquée par la rage, la tristesse et un sentiment d’impuissance face au drame subi par la mère Soltani. Mahmoud Baroudi, membre du Front du salut et du progrès, a déclaré dans un post Facebook être capable, s’il en avait les moyens, de brûler la montagne [le mont Mghilla] « afin que brûlent ceux qui ont allumé le feu dans le cœur de cette maman ».
Le journaliste Khemaies Khayati s’est demandé, pour sa part, si les télévisions tunisiennes vont porter un signe de deuil à la mémoire du défunt..

« Ce qui est arrivé n’aurait jamais dû se produire », « c’est une honte pour la Tunisie », « cela nous rappelle qu’il faut prendre soin des familles de nos martyrs », se sont exclamés aujourd’hui Mohsen Marzouk, secrétaire général du MPT, Said Aïdi, ancien ministre de la Santé et fondateur du parti centriste, Bani Ouatani et Mehdi Jomaa, ancien chef du gouvernement et président du parti Al Badil Ettounsi.
Des partis et personnalités politiques ont également condamné l’assassinat de Khalifa Soltani. Si Nidaa Tounes a choisi de publier un communiqué ayant recours à des généralités sur la lutte contre le terrorisme qui menace le pays, d’autres à l’instar d’Afek Tounes ont clairement appelé à une riposte qui soit à la hauteur de l’horreur du drame subi par la famille Soltani.










