Le cabinet Oxford Business Group spécialisé dans la recherche et le consulting des renseignements économiques sur les différents marchés du Moyen-Orient, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine, en association avec le réseau international de cabinets d’audit et de conseil, KPMJ ont tenu une conférence de presse, ce vendredi 2 février 2018, à Tunis. Une rencontre organisée afin de présenter les résultats de leur sondage (OBG Business Barometer) auprès des dirigeants des sociétés tunisiennes concernant des questions d’ordre économique, notamment le niveau de la transparence requis pour faire des affaires en Tunisie par rapport aux autres pays de la région, au type des compétences dont la Tunisie a le plus besoin, à l’environnement fiscal, à l’accès aux crédits, aux prévisions de ces dirigeants de la croissance du PIB au cours des 12 prochains mois ainsi que leur lecture du Plan de Développement Stratégique (PDS) 2016-2020 comme outil pour relancer l’économie tunisienne.
Cette conférence, présentée par Jaime Pérez-Seoane de Zunzunegui d’Oxford Business Group, s’est déroulée en présence de Dhia Bouzayen, interlocuteur international de KPMG, Moncef Boussannouga Zammouri, associé principal à KPMG, Mehdi Ben Abdallah, président de TBCC (Chambre de Commerce tuniso-britannique) et Directeur Général d’EXIA, Ibrahim Debache, président d’AHK et PDG d’Ennakl, Ahmed El Karm, président du directoire d’Amen Bank et président d’APTBEF, Hassène Feki, directeur général de Star Assurances, Nabil Smida, PDG de SNDP-AGIL, Zied Guiga, fondateur de Wallyscar, Sara Masmoudi, présidente de la CNIP et Directrice Générale de Teriak et Sabri Ben Guirat, Directeur Général de la pépinière Mabrouka.
La conférence a commencé sur une note positive où 49% des dirigeants des sociétés interrogés ont prévu une croissance du PIB de 2 à 3% au cours des 12 prochains mois, soulignant néanmoins la nécessité de développer davantage les compétences et les ressources afin de réaliser ce taux.
Interrogés sur le PDS (Plan de développement stratégique), 70% des répondants ont jugé que le PDS 2016-2020 était insuffisant ou très insuffisant comme moyen pour relancer l’économie tunisienne.
Sur cette question, M. El Karm a affirmé qu’afin de réaliser la relance économique, 5 facteurs importants doivent exister, notamment en ce qui concerne la législation, la privatisation, la décentralisation des activités, la réhabilitation des secteurs, et l’ouverture sur de nouveaux marchés émergents.
«Il incombe à l’Etat de faciliter les procédures de la législation actuellement en état de blocage, il s’agit d’une responsabilité politique pour accélérer les projets en arrêt. Sans cela, les investissements publics ainsi que les investissements privés seront bloqués. L’Etat devrait aussi encourager la privatisation car c’est un vecteur qui a permis de revitaliser l’économie. On a déjà privatisé 103 établissements alors pourquoi mettre des lignes rouges sur cette mesure ? », s’est-il-exprimé.
M. El Karm, a par ailleurs ajouté que chaque gouvernorat doit avoir un projet phare pour créer une certaine dynamique dans les régions et y rentabiliser les terrains, et que la Tunisie doit réhabiliter les secteurs compte tenu de la reconnaissance du marché et de sa proximité de l’Europe. La Tunisie doit aussi s’intéresser aux nouvelles puissances économiques comme la Chine et s’ouvrir sur d’autres marchés comme le continent africain.
Pour sa part, M. Ben Abdallah a souligné l’importance du déblocage de l’administration et d’alléger les procédures relatives à l’investissement ainsi qu’apporter des réformes pour que les investisseurs trouvent un climat propice pour leurs activités.
M. Smida a focalisé sur le même problème de complexité des procédures administratives, indiquant que « si on veut accélérer les projets, il faut simplifier et moderniser l’administration, et ce à travers la simplification du code des marchés publics et la suppression de la bureaucratie et les entraves réglementaires et juridiques ».
Il a également ajouté qu’il faut créer une certaine synergie sous forme de partenariats publics et privés afin de faire de grands projets structurants.
M. Ben Guirat a déploré la non exploitation du potentiel ainsi que les grands problèmes au niveau des ressources hydrauliques ainsi qu’au niveau de la logistique (transport aérien, maritime), dans le secteur de l’agroalimentaire, ce qui fait que la marchandise arrive en mauvais état.
Mme. Masmoudi est intervenue, par ailleurs, sur la question de la transparence affirmant que ce qui se passe au niveau de l’Etat notamment le changement des ministres influe négativement sur cette transparence et qu’il faut procéder à des réformes sectorielles et instaurer un dialogue public-privé pour créer plus de concurrence et pour que ces secteurs deviennent plus compétitifs.
Le manque de vision, l’absence d’un plan stratégique ainsi que le manque d’exécution étaient également deux problèmes majeurs influençant la transparence selon M. Feki.
En ce qui concerne le leadership, les PDG ont soutenu que la Tunisie a un grand besoin de leadership (42%) par rapport aux autres besoins comme la recherche et le développement, la vente, la comptabilité, le service à la clientèle ou encore l’administration des affaires.
Dans ce sens, M. Guiga, a souligné qu’il faut avoir un leadership au niveau de la prise des décisions politiques ainsi qu’au niveau des chefs des entreprises qui doivent assumer leurs responsabilités, faire des sacrifices et investir même dans des projets risqués ou qui ne sont pas rentables à court terme, mais qui permettent de se mouvoir dans le système et s’intégrer dans une globalisation accélérée.
Pour les problèmes des impôts et de la taxation ainsi que la difficulté d’accès aux crédits, les dirigeants ont souligné qu’une révision des politiques fiscales et de la Loi de finances 2018 était nécessaire dans la mesure où il faut baisser les impôts pour encourager l’investissement, ainsi que créer une stabilité qui permettra aux investisseurs de se projeter dans l’avenir.
En outre, il faut simplifier le financement bancaire ainsi que les procédures complexes requises pour obtenir un crédit et diminuer le taux d’intérêt excessif, ainsi qu’assurer un accompagnement du projet après l’étape de son financement.
Pour conclure sur une note positive, 77% des dirigeants sondés ont des attentes positives ou très positives quant aux conditions commerciales locales des 12 prochains mois. En effet, les dirigeants ont jugé que la Tunisie est pleine de potentialités et qu’il est possible d’augmenter le taux de croissance et de développer l’exportation.
Il faut ainsi, qu’il y ait une volonté politique pour évoluer et ne plus imposer des restrictions sur les hommes d’affaires. La Tunisie doit, au final, se réinventer et créer son propre écosystème, son propre business model.
B.L










