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Infrastructure et inondations : ce qu’en disent les experts

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    Les inondations de Nabeul, fin septembre, et les fortes pluies qui ont touché différentes régions de la Tunisie, la semaine dernière, ont fortement endommagé l’infrastructure tunisienne. Pour les Tunisiens, le scénario est tristement familier et les mêmes problèmes continuent de se poser à chaque intempérie. Est-ce uniquement la faute à l’infrastructure ? Voici ce qu\’en disent les experts.

     

    Des routes inondées et bloquées, un pont effondré, des maisons ravagées par les pluies… Autant de dégâts qui suscitent l’éternelle question de savoir qui est responsable des ravages de l’infrastructure tunisienne à chaque intempérie.

    Business News a fait appel à un expert hydraulicien afin de répondre aux interrogations des Tunisiens après les pluies torrentielles qui ont touché le pays ces dernières semaines. L’expert, qui a préféré garder l’anonymat, explique que les inondations de Nabeul sont réellement exceptionnelles. « L’importante quantité de pluies enregistrée était inattendue et il est impossible qu’une aussi grande quantité d\’eau épargne l’infrastructure. A ce stade, on n’y pouvait pratiquement rien» a-t-il expliqué.

    Est-ce aussi simple ? Il semblerait que non. En effet, l’hydraulicien poursuit en expliquant que la Tunisie a déjà enregistré de très importantes quantités de pluies et que les dégâts qui ont suivi ne sont pas ordinaires. Sur le plan technique, il a indiqué que l’aménagement du territoire tunisien pour évacuer les eaux n’a pas été fait convenablement dès le départ mais qu’il n’a pas aussi été entretenu depuis sa construction. « Nous avons gardé les mêmes systèmes d’évacuation des eaux depuis plusieurs années. L’infrastructure qui était suffisante pour, par exemple, mille habitants ne l’est plus pour 10 mille habitants », a-t-il expliqué. L’infrastructure n’a donc pas suivi l’évolution démographique.

     

    L’expert précise aussi que la Tunisie ne prend pas le plan d’aménagement urbain au sérieux. Un document qui, selon ses dires, devrait être suivi par chaque municipalité pour localiser les zones inondables et éviter aux citoyens d’acheter et d’investir dans ces terrains à risque. Selon ses dires, il n’y a aucune loi imposant aux municipalités d’établir ce genre de plans et donc il n’y a aucune forme d’obligation, même si certaines municipalités ont pris l’initiative et commencent déjà à le faire. « Ce simple plan qui n’est pas très coûteux pourrait éviter à la Tunisie de nombreuses pertes matérielles après chaque pluie », a-t-il souligné. «Nous sommes actuellement en train de payer le prix de plusieurs mauvaises décisions qui datent d’avant la révolution, le problème est que la situation ne cesse de se détériorer, et pas que sur le plan technique» a-t-il ajouté par ailleurs.

     

    Les problèmes d’infrastructure en Tunisie ne datent pas d’hier. Ces problèmes ont cependant été aggravés étant donné que très peu de choses a été fait ces dernières années. L’expert explique que les problèmes d’infrastructure sont également dus au fait que les autorités se trouvent souvent dans l’obligation d’accepter les offres les moins coûteuses de bureaux d’études et que les compétences tunisiennes sont en train de quitter le pays, appâtées par des salaires plusieurs fois supérieurs.  «Il ne reste plus personne, imaginez si l’ont vous proposait d’être payé 6 ou 7 fois plus dans votre domaine alors que vous feriez beaucoup moins d’efforts, allez vous refuser?» a-t-il conclu.

    L’expert ajoute, par ailleurs, que certaines terres doivent être reprises par l’Etat afin de servir des projets d’infrastructure, tout en dédommageant leurs propriétaires bien évidemment. Il pointe également du doigt les problèmes de corruption qui sévissent dans le secteur et le fait que les bureaux de contrôle acceptent des pots-de-vin de la part des entrepreneurs pour fermer les yeux sur l\’absence de certaines normes. 

    Pour lui, la Tunisie souffre d’un manque de volonté politique mais aussi d’un problème de gouvernance. Il explique ceci en affirmant que « après ces nombreux conflits politiques et les changements fréquents de gouvernements, il est très démotivant pour les responsables de s’engager sur des chantiers qui durent plusieurs années ou qui nécessitent de gros investissements» a-t-il déclaré ajoutant que la situation au ministère de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire se dégradait de plus en plus.

     

    Business News a essayé de prendre contact avec un responsable au sein du ministère, mais notre demande a été déclinée. Nous savons cependant contacté un spécialiste des ponts et chaussées afin d’en savoir plus sur les raisons de l’effondrement du pont reliant Feriana à Majel Bel Abbès. Le ministre Mohamed Salah Arfaoui avait déclaré que cet effondrement n’était nullement la faute de l’entrepreneur chargé des travaux et affirmant que les normes ont été respectées dans la construction dudit pont.

    Le spécialiste en pont et chaussées, interrogé par Business News, a expliqué de son côté « qu’un dalot doit être constitué de plusieurs couches, de différents matériaux et non d’une fine couche de goudron recouvrant plus d’un mètre de terre. Ceci dit, compte tenu du nombre d’intervenants (bureau d’études, entrepreneur, bureau de contrôle…) sur pareil projet, il demeure difficile de déterminer les différentes responsabilités et de savoir à qui incombe la faute dans pareil accident », explique-t-il. 

     

    Les intempéries soulèvent chaque année les mêmes interrogations. Le nombre d\’intervenants permet toujours aux coupables de se jeter la balle et de renvoyer le tort sur les autres. En l\’absence d\’enquêtes sérieuses, les responsables demeurent inconnus et, avec, les solutions susceptibles d\’arranger les choses…ou d\’éviter le pire. 

     

      

     

    Fedia Jebali

    Photo d’illustration

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