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Le ministre au service de Yamina Zoghlami

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    Par Ikhlas Latif

     

    L’énoncé revient fréquemment sur les lèvres des Tunisiens, notre pays est-il une République bananière ? Un ersatz de République ? Ou alors une représentation, seulement une image de République à l’instar de la célèbre pipe ?

     

    Nous serait-il venu à l’esprit que la présidence de l’Assemblée des représentants du peuple fasse une telle bourde ? Alors qu’on pensait le mandat de l’Instance Vérité et Dignité terminé, voilà qu’on apprend le contraire ! L’indéboulonnable Sihem Ben Sedrine peut encore exercer dans la légalité. Pourquoi donc ? Après les séances houleuses au parlement, au mois de mars dernier, à la suite desquelles les députés ont voté contre la prolongation du mandat de l’instance, il se trouve que la présidence de l’ARP ne s’est pas dérangée pour communiquer la décision à la présidence du gouvernement. Cela a fait que cette décision n’a pu être publiée dans le Jort et que la fin de mission de l’IVD n’a pas été officialisée. Mais encore, l’assemblée n’a pas jugé nécessaire d’adresser une correspondance à l’instance l’informant des résultats du vote comme le dispose la loi.

    Et voilà que Sihem Ben Sedrine rouvre d’anciennes affaires dont celle de Ahmed Friâa, une affaire pour laquelle il a obtenu un non-lieu. Toute la place s’est indignée du traitement réservé à l’ex-ministre de Ben Ali, en faisant valoir comme argument l’illégalité de l’action de notre prêtresse de la justice transitionnelle. Eh ben, non ! SBS avait toute la latitude de traiter des dossiers puisque sa mission n’était pas encore finie. Entre temps, personne n’a jugé utile de mentionner ce vice de forme. Et c’est là que la récupération politique intervient entre le camp de Nidaa qui accuse la présidence du gouvernement d’avoir failli et celui de Chahed qui révèle, preuves à l’appui, l’erreur commise par Mohamed Ennaceur. République bananière me direz-vous ?

     

    Jeudi, apparaissait sur les réseaux sociaux une vidéo partagée massivement par les internautes tunisiens. On y voyait la députée du peuple, nahdhaouie, Yamina Zoghlami hystérique, gueulant à tout-va à l’aéroport Tunis-Carthage. La scène est incongrue. Madame la députée, très en colère, tentait d’intervenir en faveur d’un individu interdit de quitter le territoire tunisien. L’homme étant fiché S17 la police des frontière lui a signifié qu’il ne pourra pas embarquer en dépit de son visa d’entrée en France.

    Yamina Zoghlami ne l’entendait pas de cette oreille. Elle menace d’entamer un sit-in dans le hall de l’aéroport. Elle criait à l’injustice et fustigeait les autorités qui ont brimé les pauvres gens sans histoires.

    Sauf que le monsieur est loin, très loin, d’être ce doux agneau que défendait la députée. Il est concerné par une procédure frontalière (S17) mise en place dans le cadre de la lutte antiterroriste. Celui qui menaçait de s’immoler si on ne le laissait pas partir, l’ami de Yamina Zoghlami, est en fait soupçonné d’appartenir à une cellule terroriste (en l’occurrence Ansar Chariaa). Les autorités frontalières avaient donc toute la latitude de le bloquer à l’aéroport. Il aura finalement la permission d’embarquer après les multiples coups de fils passés par notre députée, mais sera ensuite refoulé par les autorités françaises.

     

    Au-delà du fait scandaleux qu’une élue défende ouvertement un présumé terroriste, c’est son attitude revancharde et de bravade. La dame criait à qui voulait l’entendre qu’elle fera intervenir le chef du gouvernement ou le ministre de l’Intérieur pour résoudre le problème et elle aura gain de cause, après les multiples appels passés.

    Les députés, élus par le peuple, sont censés donner l’exemple en matière de droiture et de respect de l’Etat, de ses institutions, mais encore, c’est la moindre des choses, le respect des lois ! Cependant dans ce semblant de République, notre députée islamiste fait ce que bon lui semble et se joue de sa position pour servir ses intérêts et ceux de ses proches. Récemment, un ministre évoquait le fait qu’il ne recevait des députés dans son bureau que lorsqu’ils avaient besoin d’un service d’ordre personnel ! Profitant de leur statut d’élus du peuple, certains se permettent de se comporter avec irrespect, de contourner les usages pour arriver à leur fin quitte à porter atteinte à l’image de l’Etat.  

     

    Dans cette scène politique aux relents tragi-comiques, en prise à des luttes intestines, à des turpitudes sans fin, du plus haut sommet de l’Etat à ses soubassements, comment s’attendre à ce que les citoyens respectent les lois et aient confiance en leurs représentants ? Ceci s’annonce ardu, parce que ceci n’est pas réellement une République.

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