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Le pays est bien trop important pour le confier aux politiciens

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    Par Marouen Achouri

     

    Dans plusieurs années, le cas tunisien fera certainement partie des cursus de sciences politiques du monde entier tellement il est insolite et n’obéit qu’à une logique très approximative. Avec le dernier remaniement, nous sommes devant une bizarrerie inédite. Le seul composant de ce nouveau gouvernement qui existait en 2014, date des élections, est le parti Ennahdha. Toutes les autres n’existaient pas politiquement à cette date. Jamais un paysage politique n’a si profondément changé en cours de mandat.

     

    En face, on retrouve une autre bizarrerie. La fusion entre Nidaa Tounes et l’Union patriotique libre, en elle-même, n’est pas exceptionnelle. Ce qui l’est par contre c’est que le patron de l’UPL, catapulté secrétaire général de Nidaa, disait à propos de ce même parti il y a quelques années qu’il s’agissait d’une arnaque. En guerre ouverte après le chef du gouvernement, Nidaa Tounes se retrouve donc dans l’opposition, avec à sa tête l’actuel président de la République. Donc, nous avons, en Tunisie, instauré une cohabitation en cours de mandat.

    Aujourd’hui, Carthage et la Kasbah sont en guerre ouverte. Béji Caïd Essebsi ne semble pas trouver le moyen de contenir Yousef Chahed qu’il avait initialement nommé pour être son Premier ministre. Par ailleurs, le chef du gouvernement se trouve obligé de jouer à l’équilibriste en essayant par tous les moyens de se constituer une majorité parlementaire dans laquelle Ennahdha joue un rôle central. C’était pourtant cette même « ceinture politique » que devait offrir le président de la République à travers l’accord de Carthage 2.

    Il est évident qu’il s’agit d’une guerre de positionnement dont la finalité est les élections de 2019. Nidaa Tounes aura beaucoup de mal à exister sans la figure emblématique de son président d’honneur, Béji Caïd Essebsi. Au vu des sondages d’opinion, les leaders de Nidaa Tounes ont du souci à se faire. Pour l’instant, ils se drapent d’une prétendue préoccupation pour le pays et tentent de rejouer la comédie anti-islamiste de 2014. Ils se prêtent également à un jeu régional dangereux en allant se pavaner dans les bureaux de l’ambassadeur saoudien en Tunisie, par opposition à l’axe Ankara-Doha, supposé soutenir le camp islamiste en Tunisie.

     

    Pendant ce temps-là, les problèmes structurels graves de la Tunisie ne trouvent pas de résolution. Les caisses sociales, l’endettement, le pouvoir d’achat, l’éducation, la situation des entreprises publiques… autant de questions qui resteront en suspens vraisemblablement jusqu’aux élections de 2019. Les répercussions directes de cet état de fait sur les citoyens tunisiens continuent à conforter ces derniers dans l’animosité, de plus en plus grande, qu’ils entretiennent envers la chose politique dans son ensemble. La scène politique tunisienne devient le théâtre d’une bataille rangée dans laquelle on cherche à marquer des points sur le dos de son rival politique. Aucune grandeur, aucune hauteur, aucune vision nationale pour le pays sur le moyen et le long terme. Nous sommes empêtrés avec des politiciens esclaves de la petite phrase et de leurs propres intérêts, prêts à toutes les alliances, à toutes les acrobaties et à toutes les bassesses.

    Certains clament que c’est le système politique tunisien qui est la cause de cette situation. Mais en fait il n’en est rien. Comment blâmer le système alors que l’ARP est incapable de faire son travail en élisant, par exemple, les membres de la cour constitutionnelle ? Comment blâmer le système alors qu’il est amputé des instances constitutionnelles qui n’existent pas encore ? Comment blâmer le système alors que l’on ne cesse d’inventer des circuits parallèles du genre de la commission des consensus ou de l’accord de Carthage ? En réalité, la cause se trouve dans les politiciens que nous avons, hormis quelques exceptions. La plupart d’entre eux n’ont pas les moyens intellectuels et éthiques de se hisser au niveau de la grandeur de l’expérience unique que vit la Tunisie. Espérons qu’ils ne réussissent pas à la gâcher complètement.  

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