Par Houcine Ben Achour
Il ne faut pas s’en cacher. Le bras de fer engagé entre les deux têtes de l’Exécutif risque de plonger le pays dans une profonde crise dont les conséquences seront incalculables parce qu’imprévisibles. L’hypothèse d’un dangereux blocage institutionnel n’est nullement à écarter. Bien au contraire, compte tenu des exigences actuelles et de l’extrême sensibilité des dossiers à traiter par les décideurs politiques du pays, au premier desquels les projets de loi de finances et de budget de l’Etat.
Actuellement, le pays vit une situation inédite, surréaliste même. En effet, on assiste à un démarrage de l’examen du projet de loi de finances par la commission des Finances de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) alors même que le gouvernement chargé de la présenter n’est pas constitutionnellement habilité à le faire. On pourrait certes signaler que le portefeuille des Finances n’a pas changé de titulaire garantissant en quelque sorte une certaine continuité de l’action du gouvernement de Youssef Chahed. Mais qu’en sera-t-il des nouveaux ministres qui auront à défendre le budget de leur département si le besoin est exprimé par la commission des Finances et éventuellement d’autres commissions parlementaires, alors qu’ils ne sont pas juridiquement, et donc officiellement, investis pour le faire, n’ayant pas encore prêté serment, ni obtenu la confiance d’une majorité au sein de l’ARP ?
Les manœuvres politiques d’un côté comme de l’autre de l’Exécutif, les arguments juridico-constitutionnels avancés par les uns et les autres n’ont servi, au demeurant, qu’à cristalliser des ambitions de pouvoirs, devenues du coup, obsolètes et vaines. A quoi sert-il de viser la magistrature suprême si le prestige et l’aura qui l’entourent se trouvent implicitement dégradés et ternis et que, dans le même temps, les véritables enjeux du parachèvement de la transition démocratique et du redressement de la situation socioéconomique et financière du pays, sont totalement occultés.
Nous sommes à la fin d’un mandat et d’une législature. Or, des institutions constitutionnelles-clés n’ont pas encore vu le jour. La Cour constitutionnelle n’en est que l’exemple le plus illustratif. Sa création dans les délais fixés par la Constitution aurait pu éviter au pays ses déboires politiques actuels, ne laissant ni au président de la République d’affirmer être le garant du respect du texte fondateur de la 2e République, ni au chef du gouvernement d’emprunter des sentiers tortueux pour éviter les procédures les plus contraignantes.
Nous sommes à la fin d’un mandat et d’une législature. Or, elle est propice à tous les dérapages clientélistes risquant d’anéantir les maigres acquis d’une reprise économique encore balbutiante. Les dépenses du budget de l’Etat atteindraient 40,7 milliards de dinars, un record historique absolu, représentant près de 35% du PIB, un record inégalé, sans que cela n’infléchira sensiblement la courbe du chômage, ni de dynamiser fortement le développement régional. Au mieux, stopperaient-elles la première et impulseraient-elles la deuxième, si tout serait égal par ailleurs, à savoir un taux de croissance de plus de 3% contre 2,6%, une moyenne annuel du cours du baril de pétrole à 72 dollars, une évolution des importations de 7,4% contre 13,2% et un taux d’endettement de 70,9% contre 71,7%. Ce qui est loin d’être évident, sans un réel et vaste mouvement de réformes structurelles qui ne caressent pas dans le sens du poil l’électorat.
Pourquoi ne pas laisser Youssef Chahed jouer cette carte, à ses risques et périls ?










