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Maxula Bourse classe les banques tunisiennes selon leur pérennité et solidité financières

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    Le retour au protectionnisme, la forte disparité et concentration des revenus mondiaux, la croissance financée de plus en plus par l’endettement et les bulles spéculatives sont les prémices d’une prochaine crise financière mondiale plus prononcée que celle des subprimes. Face aux craintes des experts mondiaux, il devient ainsi primordial d’entamer les restructurations qui s’imposent en consolidant les fondamentaux des banques de la place et en mettant à niveau leur solidité financière. Mais comment les évaluer et sur quels critères ?

     

    C’est ce qu’a tenté de faire le département recherches et analyse de Maxula Bourse dans une étude qu’il a réalisée et qui classe les banques selon le score Z et Camel Model, deux modèles qui tiennent compte de la stabilité et la robustesse des banques cotées. 

     

     

    Les banques tunisiennes semblent défier ce contexte grisâtre et dégageant de plus en plus de bénéfices records. Or, en retenant le ratio du levier (FP/Actifs) comme mesure de solvabilité, les analystes Maxula Bourse estimant que cet indicateur est le plus approprié à la conjoncture actuelle du pays et les risques souverains inhérents, parviennent à un résultat sidérant : un besoin supplémentaire de 3 milliards de dinars en fonds propres a été constaté pour l’ensemble des banques cotées !

     

     

    L’état des lieux est aussi stupéfiant. Les crédits accordés par les banques aux ménages tunisiens sont passés de 10,7 milliards de dinars en décembre 2010 à 22,5 milliards de dinars en décembre 2017. Ils ont plus que doublé en à peine 7 ans. Ces emprunts représentent à peu près 29% du total des crédits octroyés par les banques à l’économie nationale. 2,9 milliards de dinars de ces crédits sont orientés vers la consommation des produits importés. En contrepartie, les investissements directs étrangers ont connu une régression de 6,4% en moyenne annuelle, passant de 4,4 milliards de dinars en 2006 à 2,13 milliards de dinars fin 2017.

    Autre constat, les banques de la place dégagent des marges bénéficiaires de plus en plus importantes, en discordance pure et parfaite avec ce contexte général maussade. Les bénéfices des banques cotées sont passés de 418 millions de dinars (MD) en 2010 à 1.120 MD en 2017. Soit une croissance annuelle de l’ordre de 15%.

    Depuis 2014, il y a une tendance accrue vers le financement du trésor public. Le stock total en bons du trésor, pour l’ensemble des banques cotées (excepté Wifack Bank), a été marqué par un saut, passant de 5,3 milliards de dinars en 2014 à plus de 9 milliards de dinars à fin 2017. Leur volume totalise désormais 11% de l’actif total des banques à fin 2017. Leurs revenus ont grimpé à près de 700 MD au terme de 2017, contre seulement 371 MD trois années auparavant. Ainsi, les banques préfèrent acquérir des BTA qu’octroyer des crédits à des agents risqués, comme les PME et les microentreprises. C’est l’effet d’éviction. Ainsi, leurs marges d’intérêt augmentent – notamment avec les taux bonifiés sur ces BTA – ce qui permettra une amélioration de leurs résultats à la fin de l’exercice.

    Cette stratégie est triplement profitable : elle leur procure sans doute des gains importants mais aussi, des refinancements intéressants auprès de la BCT et des risques faibles étant donné que les BTA sont présumés être l’actif le plus sûr. Le hic, c’est qu’avec la baisse de la note souveraine du pays, notamment à cause des problèmes budgétaires, les BTA sont jugés désormais comme étant des Junk Bonds, c’est-à-dire des obligations comportant un haut taux de risque).

     

    Ainsi, les analystes Maxula pensent qu’il y a une urgence dans le renflouement du capital des banques tunisiennes en numéraire : il y a un enjeu crucial dans la recapitalisation du dispositif bancaire, pour se prémunir contre le risque systémique menaçant, non seulement le système bancaire, mais aussi toute l’économie tunisienne.

    En effet, le ratio du levier ((FP/Actifs)>10%) fait ressortir un besoin pressant en fonds propres additionnels que la majorité des banques éprouvent (excepté la Banque de Tunisie et la BTE). Selon le classement établi par l’intermédiaire en bourse, la BH devrait lever 574 MD de capitaux additionnels afin de conformer son assise financière. Contre toute vraisemblance, la Biat et Attijari Bank, considérées comme des banques d’importance systémique, rejoignent la BH et forment ainsi le tiercé de tête de ce classement avec des besoins additionnels respectifs de 547 MD et 397 MD.

     

    La revue bancaire de Maxula a donc pour objectif de classifier les banques tunisiennes cotées selon deux modèles qui sont loin des modèles classiques de rating «Score Z Altman» et «Camel», qui tiennent compte de la stabilité, la durabilité et la robustesse des fondamentaux des banques de la place pour pouvoir faire face à tout risque susceptible de survenir à tout moment, dans ce contexte actuel aussi maussade.

    Le Score Z Altman correspond à une méthode d’analyse financière qui vise à synthétiser un certain nombre de ratios sous forme d’un seul indicateur, lequel sera retenu comme mesure de la solidité financière des établissements de crédits (Score-Z Altman = (Moyenne(ROA) + (FP/A))/Ecart type (ROA)). Le rating Score-Z Altman effectué sur une période de 6 ans, allant de 2012 à 2017, fait ressortir un énorme écart entre les banques de la place dont les scores oscillent entre 55,5 et 4,6. La palme d’or revient à la Banque de Tunisie (BT) avec un score de 55,5, suivie de l’Arab Tunisan Bank (ATB) cumulant un score de 45,4. En 3ème position figure l’Union Internationale des Banques (UIB) avec un score de 40,2. De surcroît, la BTE, et les banques publiques BNA, STB et la BH figurent en bas du classement, étant les banques les plus volatiles avec des écarts types respectifs de 0,6% ; 0,6% ; 0,8% et 1,3% cumulant ainsi les plus faibles scores.

     

     

    Pour sa part, le modèle Camel est un système de notation international qui contribue à diagnostiquer la santé financière d’une banque en prenant les mesures préventives pour sa durabilité. Le système Camel permet d’évaluer les banques en s’appuyant sur cinq domaines pour les catégoriser, dont notamment : l’adéquation des fonds propres, la qualité des actifs, l’efficacité de la gestion, la qualité des bénéfices et la liquidité.

    Se référant à ce modèle, la BT tire son épingle du jeu avec un score de 69,4, suivie par Attijari Bank avec un score de 66. La Biat clôture le trio de tête avec un score de 63,6. En bas du classement, on retrouve la STB (46,1), l’UBCI (45,8) et la BTE (37,1).

     

     

    L’analyse fondamentale des banques de la place, en relation avec la solidité financière (Modèle Camel), corrélée à la durabilité et la pérennité des banques (Score-Z Altman) a permis de dévoiler le risque systémique auquel est affrontée l’industrie bancaire tunisienne. La BT gagne haut la main le pari avec un score de 115,3. En deuxième position, on retrouve la Biat avec un score de 102,1, suivie de l’UIB avec un score de 101,1. En bas du classement, on retrouve deux banques publiques : la STB (55,8) et la BH (56,4).

     

     

    «Si quelques banques font figure de pouvoir résister face à cette conjoncture, d’autres peinent à retrouver leur solidité financière, la vraie, basée sur un niveau confortable de fonds propres plutôt que sur des actifs (BTA) censés être sûrs, mais qui ne le sont réellement pas. La recapitalisation du système bancaire est si importante et urgente, sans quoi, l’Etat ne pourrait échapper à une crise financière beaucoup plus brutale qu’elle ne l’est actuellement», estiment les analystes de Maxula à la lecture des résultats.

    «Il est primordial pour une banque d’assurer une bonne qualité de son bénéfice tout en respectant les réglementations édictées par la BCT», ont-ils affirmé. Ils conseillent les banques tunisiennes : à adopter une politique de distribution de dividendes plus restrictive ; à renforcer leurs fonds propres par des augmentations de capital en numéraire ; à assurer une meilleure gestion du bilan en renversant le gain sur les lignes BTA détenu par les banques, et se concentrer davantage sur l’activité bancaire ; à respecter les règles de conformité ; à maîtriser les risques opérationnels, à améliorer le ratio de couverture des actifs improductifs ; à rationaliser le nombre et la taille des banques via des opérations de fusion entre les banques ; et à structurer le ratio crédits/dépôts.

     

    En cette conjoncture difficile, engager les réformes qui s’imposent n’est plus un choix mais une nécessité. Il en est de même pour le secteur banquier tunisien. Des chantiers ont certes été engagés, notamment par la publication de la nouvelle loi bancaire, le durcissement de certaines normes ou la création de nouvelles. Mais, il reste beaucoup à faire, à travers la création d’une banque tunisienne de dimension internationale et sur laquelle pourraient s’adosser les entreprises tunisiennes dans leur conquête de nouveaux marchés.

     

    Imen Nouira

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