Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Slim Riahi et Lassad Yakoubi sur les pas de Moncef Marzouki

 

Le dernier passage du secrétaire général de l’enseignement secondaire, Lassad Yakoubi sur la chaîne France 24, a déclenché une vague d’indignations et ce n’est pas uniquement à cause de ses propos. Etaler des problèmes locaux sur une chaîne étrangère n’est pas moins scandaleux que de prendre les élèves en otage à travers la décision de boycotter les examens. Un incident pareil nous renvoie vers d’autres précédents qui sont aussi nuisibles à l’image de la Tunisie à l’étranger.

 

La crise qui plombe actuellement l’enseignement secondaire, attisée par le blocage des négociations entre le syndicat et le ministère de l’Education est censée être un problème local qui ne concerne que la Tunisie. Ainsi, exporter la polémique et le différend entre la partie syndicale et celle gouvernementale sur une chaîne étrangère n’est pas uniquement une exhibition des conflits internes, ce qui est immoral en soi, mais également une atteinte à l’image du pays à l’extérieur.

Une image qui a été déformée à maintes reprises auparavant, notamment de la part du secrétaire général de Nidaa Tounes et homme d’affaires, Slim Riahi, ainsi que de l’ancien président de la République et fondateur de Harak Tounes Al Irada, Moncef Marzouki, qui ont jugé acceptable d’exposer les affaires internes de la Tunisie sur des chaînes étrangères à l’instar de France 24 et de la chaîne qatarie Al Jazeera.

 

Si les dégâts du passage de Lassad Yakoubi sur France 24 n’étaient pas trop ressentis, ce n’est point le cas des passages télévisés de Slim Riahi et de Moncef Marzouki. Les répercussions sont, certes, bien plus retentissantes et leurs conséquences sont proportionnelles au poids de l’intervenant ainsi que de la délicatesse de la question débattue.

Pour sa part, Slim Riahi, en sa qualité de premier responsable du parti au pouvoir, n’a pas hésité à opter pour une chaîne étrangère pour s’adresser au public et lancer des accusations directes de tentative de putsch à l’encontre du chef du gouvernement, Youssef Chahed et d’autres personnalités à savoir Mofdi Mseddi, Slim Azzabi, Lazhar Akremi et Raouf Mradâa.

Slim Riahi est revenu sur la plainte qu’il avait déposée, au Tribunal militaire contre les susnommés mais le vrai problème ne se pose pas à ce niveau. C’est, en effet, la gravité des accusations qui leur sont adressées qui donne à ce passage sa dimension honteuse.  Un coup d’Etat militaire suivi d’un autre visant le parti Nidaa Tounes sera, par la suite, appuyé par une tentative de renversement du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi avant la fin du mois de mars 2019. Un plan B serait également prévu et ferait intervenir des parties armées. Tels étaient les propos de Slim Riahi sur France 24. Des propos pour le moins, choquants, d’autant plus qu’il s’agit ici d’accuser des parties dont certaines sont toujours en exercice. Ces accusations ont, en outre, valu à Slim Riahi des contestations de la part d’un nombre de députés à l’instar de Karim Helali, Sabrine Ghoubantini et Walid Jalled qui ont condamné l’attaque perpétrée contre les symboles de l’Etat notamment le chef de l’Etat et le chef du gouvernement, jugée inacceptable et susceptible de déstabiliser le pays.

 

A vrai dire, il n’est pas étonnant d’assister à de tels débalages car ce n’est ni Lassad Yakoubi ni Slim Riahi qui ont ouvert le bal. Avec ses apparitions récurrentes sur les chaînes étrangères, notamment Al Jazeera, Moncef Marzouki n’a pas cessé de commettre des bourdes lors de ses passages et ne ratait aucune occasion pour s’en prendre au peuple tunisien. Envie de provocation, mauvais jugement ou amertume, rancune et frustration, Marzouki n’a pas agi en tant qu’ancien haut responsable soumis à l’obligation de réserve.

Lors de son passage en février 2017 sur la chaîne qatarie, Marzouki a proféré des insultes et des injures visant les Tunisiens et les traitant de tous les noms. Fourbes, malhonnêtes, déloyaux, corrompus, menteurs, hypocrites et sournois sont certains de ces qualificatifs qui sont encore plus poignants prononcés sur le plateau d’une chaîne qui sert des agendas suspects.

Marzouki a ensuite précisé sur France 24 que, suite à la polémique suscitée par son apparition sur Al Jazeera, qu’il était visé par des campagnes de dénigrement et de diffamation orchestrées et commanditées par des hommes d’affaires et des politiciens corrompus et exécutés par certains journalistes qui manquent de professionnalisme. Il a aussi dit qu’il n’y a que les chaînes étrangères qui lui accordent un espace d’expression libre.

Lors d’un autre passage sur la même chaîne qatarie en juillet de la même année, Moncef Marzouki a accusé le général à la retraite, Rachid Ammar ainsi que l’ancien chef du gouvernement, Hamadi Jebali d’avoir une part de responsabilité dans le cafouillage commis lors de l’attaque de l’ambassade américaine du 14 septembre 2012. Un mois après, Moncef Marzouki a fait une révélation étonnante quand il avait abouti à la conclusion que les assassinats des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi avaient été « planifiés dans la salle d’opérations chargée de faire avorter la Révolution ». Et d’ajouter qu’il était presque certain que des parties étrangères étaient impliquées dans ces deux assassinats politiques.

 

De son côté, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi n’est pas tombé dans ce piège, d’autant plus que ses apparitions médiatiques sur des chaînes étrangères se comptent sur les doigts d’une main. Dans une récente interview accordée à France 24 à la marge des travaux du 17ème sommet de la francophonie ayant eu lieu les 11 et 12 octobre 2018 à Erevan en Arménie, le journaliste avait tenté de soutirer des déclarations de BCE à propos de l’actuelle rupture entre Nidaa Tounes et Ennahdha.

A cela, le président de la République a rapidement réagi en invitant le journaliste à venir en Tunisie s’il souhaitait avoir une réponse sur cette question. Il a, de surcroît, indiqué que le cadre n’était pas propice pour en débattre, esquivant avec tact la question du journaliste pour ne pas évoquer les affaires internes du pays sur une chaîne étrangère.

 

Quoi que l’on puisse lui reprocher, la classe politique pourrait très bien apprendre une chose ou deux de Béji Caïd Essebsi pour faire en sorte que le prestige de l’Etat soit préservé et que les affaires locales soient traitées en interne et en discrétion. Toutefois, certaines pratiques malsaines comme celles de Slim Riahi et de Moncef Marzouki ne feront que dissuader les investisseurs étrangers, bloquer la relance économique et fragiliser le pays allant même jusqu’à porter atteinte à la souveraineté nationale. Ainsi, faut-il que nos politiciens réfléchissent à deux fois avant d’étaler les failles sur les chaînes étrangères et donner une image d’une Tunisie faible, vulnérable et susceptible de devenir une proie facile pour ceux qui lui veulent du mal.

 

Boutheïna Laâtar

 

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *