Le renseignement a évolué si rapidement en Tunisie que désormais, quand on fomente un assassinat, c’est tout le Facebook qui l’apprend avant que l’assassin présumé ne passe à l’acte ! C’est quand même extraordinaire, le MI5, le Mossad et la CIA devraient nous jalouser devant de telles capacités !
Aux dernières nouvelles facebookiennes, on apprend ainsi que le lobbyiste Kamel Letaïef est (et non serait) en train de préparer l’assassinat Lassâad Bouazizi. C’est qui ? Un grand révolutionnaire, activiste et militant proche des LPR et Irada et membre du CPR. A l’origine de cette information (on ne dira pas intox) l’ancien député et avocat Samir Ben Amor et actuel premier dirigeant du parti CPR. M. Ben Amor a ainsi adressé une lettre ouverte au gouvernement le prévenant qu’il a « des informations de sources sûres, ainsi que les preuves, que le dénommé Kamel Letaïef est en train de préparer la liquidation et l’assassinat (quelle différence entre les deux noms ?) du militant CPR Lassâad Bouazizi ».
Bien sûr, aussitôt publiée par Samir Ben Amor, l’information a circulé sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre. Et bien sûr aussi, tous ses amis ont pris pour de l’argent comptant ce qu’il a dit sans l’interroger sur ses prétendues preuves ou sur les raisons qui l’ont poussé à publier cela sur sa page Facebook, plutôt que de se diriger illico presto vers le procureur, comme l’exige le bon sens.
A vrai dire, cela fait longtemps que plus personne ne parle de Samir Ben Amor ou ne l’invite à des plateaux de télévision et de radio. Le filon du fantôme Kamel Letaïef demeure intact auprès d’une population crédule parmi les fans du dirigeant CPR, et cela marche parfaitement pour s’attirer de la sympathie et, peut-être, des voix pour les prochaines élections.
Avant la révolution, il y a comme cela, un bon nombre d’opposants qui n’existaient que par la présence de Zine El Abidine Ben Ali. Depuis son départ, ces « politiciens » n’ont pas réussi à s’imposer sur la scène faute de crédibilité et d’efficacité. Et c’est ainsi qu’on a créé de toutes pièces le fantôme Kamel Letaïef pour l’accabler de tous les maux et en faire le bouc émissaire idéal pour expliquer tout et n’importe quoi. Et quand ce n’est pas Kamel Letaïef, c’est le Mossad (spécialité de Raouf Ayadi) et les antichambres noires (spécialité de Moncef Marzouki).
Faut-il en parler ou s’étaler sur ce genre de posts ? En théorie non, mais pour rigoler de temps en temps en ces temps maussades, le Tunisien a quelques fois besoin de ces Samir Ben Amor, Moncef Marzouki et Raouf Ayadi, ça divertit un peu en attendant de les voir un jour participer sérieusement dans le Festival du rire. A défaut d’avoir réussi sa carrière de politiciens, peut-être qu’ils réussiraient leur carrière d’humoristes.
R.B.H











