Un député n’est pas une source fiable, c’est Hager Ben Cheikh Ahmed qui le dit
La députée Hager Ben Cheikh Ahmed s’est livrée à un exercice intéressant ce matin sur les ondes de Jawhara FM. Elle avait publié sur Facebook une information selon laquelle la mère de l’un des bébés morts au centre de maternité de La Rabta serait également décédée. Puisque cette information s’est avérée fausse, l’élue en question a présenté ses excuses tout en se jetant quelques fleurs en disant que c’est bien d’avouer sa faute et que peu de personnes le font.
Toute cette histoire serait sans grand intérêt si elle s’était arrêtée là. Mais Hager Ben Cheikh Ahmed n’a pas pu s’empêcher de donner des leçons aux journalistes et de clamer, sans sourciller, que la page personnelle d’un élu ou d’un député n’est pas une source fiable pour un journaliste. Selon l’ancienne présentatrice radio, les journalistes d’aujourd’hui se basent sur les publications Facebook pour faire leur travail ce qui est une « grave faute professionnelle ». Elle sombre ensuite dans des explications obscures en faisant une distinction entre la page personnelle et la page officielle oubliant au passage qu’un certain Donald Trump, président de la première puissance du monde, utilise Twitter pour communiquer.
Si nous, pauvres journalistes incapables de bien faire notre travail, avons bien compris ce qu’elle a tenté de dire, la page officielle est une source fiable, mais la page personnelle n’en est pas une. En fait, il a été difficile de distinguer cette explication puisque l’élue en question l’a accompagnée de phrases du genre « j’ai publié l’information mais ce n’est pas une information » ou « j’ai d’abord exprimé mes sentiments » ou encore « je ne suis pas une source d’information ». Elle poursuit en disant que les journalistes auraient dû appeler l’hôpital pour vérifier l’information. Mais Hager Ben Cheikh Ahmed ne semble pas familière avec le métier de journaliste puisqu’il est ridicule de parler d’hôpital dans l’absolu, rien ne dit que cette mère a été admise à la Rabta ou ailleurs. Pire encore, puisque l’élue s’est refusée à donner les coordonnées de la dame en question, il devient risible d’appeler le fameux « hôpital » pour lui demander si une femme est morte.
Tout le monde peut se tromper, y compris les élus et les journalistes sur bien des sujets. Mais donner des leçons et se draper de vertu pour dénoncer la prolifération des fake news ou le manque supposé de professionnalisme chez les journalistes n’est pas très courageux. D’autant plus que dans le statut d’excuse qu’elle a publié (Devrions-nous le reprendre celui-là ou pas ?), Mme Ben Cheikh Ahmed dénonce l’exploitation des peines des gens pour avoir le scoop journalistique et un grand nombre de « j’aime » sur Facebook. Il me semble que ce ne sont pas les journalistes qui cherchent à se créer une influence mesurable au nombre de « j’aime ».
En fait, l’attitude et la ligne de défense de l’élue Hager Ben Cheikh Ahmed augure de ce qui va se passer durant les 7 mois qui nous séparent des élections. Les journalistes seront accusés de tous les maux dans la grande tradition tunisienne qui consiste à blâmer le miroir quand notre reflet ne nous plait pas. Les politiciens vont se saisir des nouveaux concepts du genre Fake News pour remplacer le fameux : « mes déclarations ont été sorties de leur contexte ». Comme si la crise de confiance entre les citoyens et leurs politiciens avait besoin d’être approfondie. C’est à cause de ce genre de pratiques que l’ARP se retrouve, à longueur de sondages, comme étant l’institution en laquelle les Tunisiens ont le moins confiance. Et ça ne semble pas être près de changer…










