Retour aux sources, en 2019 on va faire comme en 2011, les accords secrets ne se concluent plus à Carthage, à la Kasbah ou à Montplaisir, mais à Sidi Bou Saïd au domicile du lobbyiste notoire Kamel Letaïef.
L’accord en question touche les prochaines élections législatives et présidentielle à la fin de cette année et il a été fomenté par M. Letaïef en étroite coordination avec les deux « cheïkhs » Béji Caïd Essebsi, président de la République, et Rached Ghannouchi, président du parti islamiste Ennahdha.
Le principe de l’accord secret est identique à celui conclu à Paris en 2013, la Tunisie ne peut pas être gouvernée par les modernistes seulement ou par les islamistes seulement, il faut les deux. C’est ce qu’ont d’ailleurs « conseillé » tous les partenaires étrangers de la Tunisie, qu’ils soient européens ou américains. Cela risque de déplaire à la Turquie et au Qatar qui veulent que la Tunisie ne soit gouvernée que par les islamistes ou encore aux Emirats Arabes Unis et l’Arabie saoudite qui veulent rayer les islamistes de la terre. La réalité du pays, son économie et la real politik ont fait que ce soient les préférences américano-européennes qui priment.
D’après les informations obtenues par Business News, puisées chez l’entourage proche de Youssef Chahed, Béji Caïd Essesbi a fini par se rendre à l’évidence : son fils Hafedh Caïd Essebsi n’a aucune popularité et n’a aucune chance de briguer un mandat présidentiel, ni même un strapontin aux législatives. Les résultats catastrophiques de Nidaa à l’élection partielle en Allemagne et aux Municipales de 2018 devaient à eux seuls convaincre Béji Caïd Essebsi, mais ce n’était pas le cas. Il lui a fallu être à l’écoute de plusieurs personnes éloignées de sa famille et du palais présidentiel et totalement désintéressées. Parmi les personnes interrogées par le président de la République, on trouve deux diplomates européens, un diplomate arabe, un homme politique arabe, un diplomate maghrébin et des leaders d’opinion dont trois animateurs TV célèbres ainsi que le directeur d’un journal électronique francophone et de ses actionnaires influents sur la scène politique.
Conscient de cette réalité, Béji Caïd Essebsi a invité chez lui, fin février, à son domicile dans l’annexe du palais présidentiel, Rached Ghannouchi pour lui exposer son idée. Il lui a également demandé de l’aider à convaincre son fils Hafedh de cette issue. Ce n’est un secret pour personne que de dire que Béji Caïd Essebsi a du mal à calmer son fils qui estime qu’il a le droit, comme tout un chacun, de faire de la politique. Sauf que là, on ne parle plus de simple politique, mais de l’intérêt suprême du pays.
L’idée en question est simple, Youssef Chahed se présente à la présidentielle avec l’appui d’Ennahdha et de Nidaa Tounes et, pourquoi pas, des autres partis modernistes comme Machrouû et Afek. Ennahdha finit premier aux législatives avec un léger écart devant une coalition qui regroupera Tahya Tounes et Nidaa. Une fois Ennahdha vainqueur des législatives, le parti aura droit de nommer un chef du gouvernement et ça sera Zied Laâdhari.
Rached Ghannouchi a adhéré à l’idée et a promis de s’occuper de Hafedh, mais il avait également une demande à faire, celle de convaincre son fils spirituel Lotfi Zitoun de cette idée. En bisbilles ces derniers temps, Rached Ghannouchi n’arrive pas non plus à convaincre Lotfi Zitoun de réintégrer le parti (qu’il n’a jamais quitté officiellement) et de l’aider à calmer les bases et à accepter cet incontournable accord avec les modernistes. Lotfi Zitoun fut donc reçu en catimini à Carthage par le président de la République le 7 mars.
Une fois les grands principes arrêtés, il fallait passer à l’action et mettre en place le plan d’exécution de la stratégie de Béji Caïd Essebsi et de Rached Ghannouchi dans les détails. C’est là que Kamel Letaïef entre en jeu pour organiser les rencontres entre les différents intervenants et les rapprocher entre eux. Ce qui fut fait tout au long de ces 15 derniers jours. Le va et vient nocturne au domicile de M. Letaïef n’a pas arrêté. Nous apprenons ainsi qu’il a reçu à trois reprises Zied Laâdhari et à quatre reprises Youssef Chahed. A chaque fois, il y avait des « permanents » qui ont assisté à toutes les rencontres, à savoir Mehdi Ben Gharbia et Iyed Dahmani (tous les deux proches de Kamel Letaïef), Mofdi Mseddi, Lotfi Zitoun et Noureddine Bhiri. Tout a été discuté pour assainir parfaitement le climat politique. Ils ont traité des dossiers secrets, des dossiers en instance devant la justice, des affaires privées des uns et des autres, des adversaires politiques, des partenaires étrangers et bien sûr de la composition gouvernementale. Il était également question des candidats potentiels qui peuvent créer un « danger » ou fausser la donne dont notamment Samia Abbou et Kaïs Saïed. Quant à Moncef Marzouki, qui continue à occuper une bonne place dans les sondages, les « invités » de Kamel Letaïef ont convenu de lui faire sortir ses tricheries dans les élections de 2014 (établies par la Cour des comptes et l’ISIE) pour l’écarter totalement des prochaines élections. « Il ira pleurnicher à El Jazeera et France 24, mais les faits qu’on lui reproche et l’opacité financière de son parti sont sans appel. Les Tunisiens ne sont pas bêtes et on peut compter sur nos médias pour bien l’achever comme en 2014 », s’est amusé à dire Kamel Letaïef.
Ce qui a filtré de la composition gouvernementale, c’est que les ministères de souveraineté échoiront tous aux modernistes. Selim Azzabi devrait obtenir les Affaires étrangères, Nedra Tlili celui de la Justice et Riadh Mouakher celui de l’Intérieur. On ignore qui va avoir le ministère de la Défense, mais on sait que les portefeuilles économiques devraient échoir à Ennahdha, celui de la Santé à Saïd Aïdi, celui de l’Industrie à Mehdi Jomâa, celui du Commerce à Mondher Zenaidi, celui de la Culture à Lotfi Zitoun, celui de l’Education à Noureddine Bhiri, celui de l’Enseignement supérieur à Imed Hammami et celui de la Femme à Mohsen Marzouk.
Business News ne manquera pas d’ici le 1er avril 2020 de trouver d’autres poissons d’avril pour piéger, comme chaque année, ses fidèles lecteurs avec des scénarios de politique-fiction montés de toutes pièces, aussi improbables malgré leur réalisme apparent.










