Mais, c’est quoi ce charivari autour de la récente augmentation du prix des carburants ? Curieusement, il ressemble à celui qui a fait suite au relèvement du taux directeur de la Banque centrale de Tunisie. Tout le monde avait, alors, déploré cette décision, non sans avouer qu’elle était, au demeurant, la plus logique des décisions, du point de vue de la Banque centrale, pour lutter contre tension inflationniste dont l’origine serait monétaire. On s’est rendu à l’évidence que la BCT anticipait les augmentations de salaires dans la fonction publique. L’autorité monétaire signifiait implicitement au gouvernement qu’il ne fallait pas trop compter sur la planche à billets pour financer ces augmentations. Le coup a fait mal. Chez les entreprises comme chez les ménages. Sans que cela ait fourni une réponse à la question qui demeure, somme toute, fondamentale : avec quelles ressources le gouvernement financera-t-il les augmentations de salaires dans la fonction publique ?
Et bien, la réponse vient d’être apportée avec le relèvement du prix des carburants. Tout comme la décision de la BCT de relever son taux directeur, la décision du gouvernement d’augmenter le prix à la pompe des carburants était logique compte tenu des choix en présence. Elle est de loin préférable à un recours supplémentaire à l’endettement ou pire, à une réduction du budget d’investissement de l’Etat qui, en termes réels, enregistre une préoccupante régression ces dernières années. En fait, l’augmentation du prix du carburant revient à un nouveau rééquilibrage entres les différents postes du budget de l’Etat qui préserve l’objectif de limiter le déficit budgétaire à 3,9% du PIB et le taux d’endettement à 70,9% du PIB en 2019.
Le gouvernement y était de plus en plus enclin qu’une augmentation du prix de l’énergie aurait dû normalement intervenir à la fin de l’année dernière selon le calendrier d’engagement du gouvernement avec le Fonds monétaire international. Les autorités ont préféré surseoir à cette décision après la bourrasque de contestation contre l’augmentation surprise du tarif de l’électricité et du gaz opérée en octobre 2018. D’autre part, l’orientation favorable des cours internationaux de l’énergie – au cours du 1er trimestre, le cours du Brent a oscillé autour d’une moyenne de 61 dollars environ – par rapport au scénario du gouvernement qui pour établir ses prévisions économiques et budgétaires s’est fondé sur une moyenne annuel du cours du Brent de 75 dollars le baril. Tout étant égal par ailleurs, cette différence de cours, c’est autant de gagner sur le budget de subvention de l’énergie qui pourrait être affecté ailleurs, dans le budget des rémunérations par exemple. C’est ce que le gouvernement semble avoir entrepris. Maintenant, il faut espérer qu’il n’y ait pas de renversement de conjoncture. Ce qui pour l’heure n’est pas le cas. On craint au contraire un ralentissement plus accentué que prévu de la croissance mondiale cette année et donc une demande moins forte de sources d’énergie parallèlement au développement de part le monde des énergies renouvelable. Une perspective qui devrait être confirmée ou infirmée lors des Assemblées générales de printemps du FMI et de la Banque mondiale et la publication de données actualisées sur les perspectives de l’économie mondiale.
Ce qui est curieux, c’est la réponse du gouvernement. Face à la grogne, aussi disproportionnée soit-elle, n’aurait-il pas mieux valu employer le langage de la vérité au lieu et place de faux-semblant : la détérioration du taux de change et le déficit de la balance énergétique ? Cela lui aurait évité la salve des critiques sur la rapidité avec laquelle la décision fut prise, ayant surpris tout le monde.
A cet égard, on ne peut s’empêcher de mettre en relation cette hâte du gouvernement à ajuster les prix publics à la pompe avec la présence à Tunis ou plutôt à Hammamet de la mission du FMI chargé de faire le point avec le gouvernement sur l’état d’avancement de son programme de maitrise des finances publiques et de réformes économiques en contrepartie du décaissement de la 5e tranche du crédit d’appui budgétaire du FMI. Y aurait-il eu « une injonction » du FMI à opérer immédiatement un relèvement du prix des carburants, sans cela, il n’y aurait point de décaissement et plus encore, un arrêt pur et simple du programme de soutien du Fonds, jusqu’à nouvel ordre ? C’est loin d’être improbable. Surtout que l’équipe du FMI n’a pas semblé apprécier le fait d’être installé à Hammamet en raison de la tenue du Sommet de la Ligue arabe à Tunis, alors que ce round de discussion était prévu depuis longtemps. Par ce biais déjà, la mission du FMI a dû apprécier le niveau de préparation des pouvoirs publics avec leur principal bailleur de fonds. Aurait-on oublié de réserver à l’avance l’hébergement de la délégation que cela renseigne sur le degré de préparation des interlocuteurs du Fonds à cette rencontre. Interlocuteurs, ministres et directeurs généraux, dont la délégation exigera qu’ils se déplacent à Hammamet pour les discussions. Il faut imaginer la valse des navettes entre Tunis et Hammamet, de consommation de dizaines de litres de carburant….Indigne et humiliant.
Et ce n’est pas fini. Pour la première fois, l’équipe du FMI conduite par, Björn Rother, Chef de la mission, est appuyée par la présence, en cours de route, de Mme Taline Koranchelian, Directrice adjointe du département MENA et Asie centrale au FMI. Les retombées financières de l’ajustement du prix des carburants, ainsi que celles de l’amnistie fiscale ne semblent pas suffire au FMI comme assurance préventive à tout dérapage budgétaire.
Franchement, qui a eu l’idée de ce séjour du FMI à Hammamet ?










