Non, il ne s’agit pas d’un article concernant les coupures d’approvisionnement en eau potable annoncées par la Sonede dans certains quartiers du Grand-Tunis à partir de jeudi 24 décembre. Outre une possible détérioration de l’atmosphère olfactive de Noël, il s’agit seulement de réparations de routine qui doivent avoir lieu sur une canalisation à Ksar Saïd.
Le problème de l’eau et de son approvisionnement est bien plus dangereux et bien plus pérenne que des coupures intermittentes. Selon le dernier rapport de l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur la situation mondiale en 2020, les ressources hydriques renouvelables par habitant sont en baisse de 32% en Afrique du Nord, sur la période 1997-2017. La situation en Tunisie est très alarmante dans le sens où 2,12 millions de personnes en milieu rural, et 3,68 millions en milieu urbain seront exposées au problème de pénurie d’eau.
Ces chiffres font peur, tant l’eau est importante dans la vie de chacun. D’ailleurs, une partie non négligeable du conflit israélo-palestinien repose sur cette question de gestion des eaux. L’Egypte et l’Ethiopie sont en bisbille à cause de la construction du barrage d’Ennahdha sur les eaux du Nil. La problématique de l’approvisionnement en eau potable est une problématique de sécurité nationale dans bien des contrées.
En Tunisie, les travaux effectués sur le spectre de la sécheresse et de la soif qui guette notre pays, ont été trop peu pris en considération. Du temps où notre pays comptait des planificateurs et des personnes qui anticipaient les choses, la Tunisie avait construit des barrages à des emplacements stratégiques dans le cadre d’une politique complète de grandes infrastructures. Ce plan était si bien élaboré qu’il a constitué une source d’apprentissage et de benchmarking pour d’autres pays qui devaient, déjà, faire face au problème de la rareté de l’eau. Aujourd’hui, ces mêmes barrages souffrent d’envasement puisqu’ils n’ont pas été « nettoyés » depuis belle lurette. Par conséquent, nous n’exploitons que 20% ou 30% de leur potentiel réel. N’en déplaise à une large frange de la population tunisienne, les prix de l’eau sont dérisoires en Tunisie, ce qui favorise le gaspillage en tout genre. Les canalisations de la Sonede perdent beaucoup trop d’eau dans son acheminement.
Mais il est temps de se rendre compte que nous ne pouvons plus nous permettre un tel gâchis et une telle légèreté dans le traitement d’un sujet aussi important. Nous ne pouvons plus traiter de cette manière une problématique de sécurité nationale. Et puis, il faut bien le dire, nous n’avons pas besoin de cela. Il faut savoir que l’eau a fait son entrée dans le club très select des matières premières objet de spéculations boursières et de marchés internationaux, comme l’or, le bois ou le pétrole.
Michael Burry, un nom qui ne dira probablement pas grand-chose à la majorité. C’est normal, il n’a jamais aimé les lumières. Toutefois, il s’agit de l’un des rares traders de Wall Street qui ont vu venir la crise des Subrpimes aux Etats-Unis en 2008. Un personnage assez étrange qui a été interprété par Christian Bale au cinéma. Cet homme, qui a vu venir une crise mondiale, a ensuite détourné toutes activités du fond d’investissement qu’il dirigeait vers la spéculation sur l’eau. Si un tel flair voit une opportunité dans la spéculation sur l’eau c’est qu’il s’agit d’un vrai enjeu mondial. Certaines études prospectives disent même que les guerres du futur se feront, non plus pour le contrôle de l’approvisionnement en pétrole, mais pour l’approvisionnement en eau.
Y a-t-il besoin de preuves ou de démonstrations supplémentaires pour se convaincre de l’importance de la question hydrique pour notre pays. Faut-il s’épancher encore sur une problématique que nos pères fondateurs ont détecté, compris et tenté de résoudre il y a de cela cinquante ans ou presque. Devant la négligence actuelle, la réponse est positive. Les gouvernements successifs de pompiers, parfois pyromanes, n’ont pas eu la latitude nécessaire pour penser au stratégique et pour voir au-delà des quinze prochains jours. Mais tant que cette problématique fondamentale sera cantonnée à un dossier parmi des centaines d’autres dans l’hyper-ministère de l’Agriculture, et qu’elle ne fera pas l’objet d’une stratégie nationale de défense, nous aurons des raisons de nous inquiéter.










