Depuis l’instauration des mesures exceptionnelles le 25 juillet 2021, le président Kaïs Saïed a mené quatre combats essentiels. Le dernier en date est le combat contre la spéculation des produits alimentaires et pour le bon ravitaillement du marché. Dans ce combat, déclaré à la veille du mois de ramadan, la marge de manœuvre du président de la République est très réduite. Pour être plus proche de la réalité, cette marge est quasiment inexistante : ou bien il gagne cette bataille ce qui ouvre pour lui de larges perspectives pour renforcer son pouvoir politique, ou il dilapide son capital sympathie et se met l’ensemble de la population sur le dos.
Le premier combat mené par le président de la République a été contre l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le soir même du 25 juillet dernier. Il l’a gagné haut la main et avec une aisance déconcertante. Il faut avouer que les députés tunisiens ont passé une année et demi à convaincre les Tunisiens de leur incompétence, leur arrogance et leur apport néfaste pour la démocratie. Ils ont confondu l’intérêt public avec leurs propres intérêts. Comme des bêtes de foire, ils se sont donnés en spectacle devant les caméras et ont fini par lasser la galerie. Convaincus qu’ils ne méritaient pas leur statut de représentants du peuple, ils n’ont eu presque pas de réaction à l’annonce du gel des activités du parlement, ni même à l’annonce du gel de leurs indemnités. Les quelques députés qui avaient assumé convenablement leur rôle étaient trop peu nombreux pour donner une image respectable de l’ARP et changer le cours des événements.
Le deuxième combat du président Kaïs Saïed a été mené contre les magistrats et l’appareil judiciaire. Ce combat a nécessité un peu plus de six mois de préparatifs et s’est soldé par l’annonce de la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et la mise en place d’un conseil provisoire. Ce dernier est désigné par le président de la République et composé par des magistrats qui occupent les postes clés au sein de la magistrature ainsi que par des juges à la retraite. Là encore, l’issue de la bataille était en faveur du président de la République qui a trouvé un large soutien au sein de l’opinion publique. L’instrumentalisation de l’appareil judiciaire, qui a pris des dimensions alarmantes durant la dernière décennie, a sapé la confiance des Tunisiens dans leur justice. Les informations fuitées dans le cadre d’une confrontation fratricide entre deux gros bonnets de la magistrature, Bechir Akremi et Taieb Rached, ont mis à nu l’ampleur du désastre.
Le troisième combat du président de la République depuis l’instauration des mesures d’exception est contre le mouvement islamiste Ennahdha. Mais contrairement aux autres combats, le président de la République ne l’a jamais déclaré explicitement. Il s’est toujours contenté de faire des allusions, utiliser les prenons indéfinis, les figures de style et les tournures indirectes, dans un discours « ikhchidien » qui lui est propre. Pour l’instant, ce combat continue mais ce sont les islamistes qui mènent aux points. En effet, depuis le 25 juillet dernier, aucun cadre du mouvement islamiste n’a été poursuivi et incarcéré. Même Anouar Maârouf et surtout Noureddine Bhiri, qui ont été mis en résidence surveillée, ont gagné haut la main leur bras de fer contre le président de la République qui a été contraint de les libérer. Les quelques procédures judiciaires en cours contre les nahdhaouis ne sont pas l’œuvre de l’administration Kaïs Saïed. C’est le fruit d’un effort colossal du collectif de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, des investigations de la cour des comptes, ou encore le fruit d’une plainte pour lobbying politique déposée contre eux par leur ancien allié Mohamed Abbou. Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent si le président de la République a eu réellement l’intention de s’attaquer aux islamistes ou c’est juste une interprétation erronée du discours évasif du président par une frange de Tunisiens rêveurs.
Le dernier combat, celui qui s’annonce et qui concerne le ravitaillement du marché au cours du mois de ramadan, n’admet pas les interprétations équivoques. C’est un combat qu’on gagne ou que l’on perd. Les Tunisiens le décideront chaque soir à l’heure de la rupture du jeûne. Leur verdict déterminera l’avenir politique du président de la République qui ne le sait que trop. C’est pourquoi toutes les structures de l’Etat se trouvent en alerte depuis deux semaines et que des moyens colossaux sont mis à contribution pour traquer les spéculateurs. Espérons que l’Etat sortira vainqueur de cette confrontation. Il y va de l’intérêt des Tunisiens, tous les Tunisiens.










