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Constitution, Carthage vs Bardo

 

Emballée dans un joli papier cadeau, la nouvelle constitution de 2022 a été livrée hier au chef de l’Etat.

On ignore, pour l’instant, le contenu de ce nouveau texte, hormis le fait qu’il a été rédigé beaucoup trop vite pour constituer cette base qui servira de fondement aux générations à venir.

Que sait-on aujourd’hui de la nouvelle constitution ? Tout ce que l’on sait pour l’instant, c’est qu’elle fera, en apparence du moins, tout pour trancher avec la constitution de 2014, celle du Bardo, la « meilleure constitution du monde » (sic). L’enjeu est donc très simple, que Carthage gagne la guerre et batte à plate couture Bardo dans une guerre politique qui fait tout pour se faire passer pour une croisade de valeurs et de principes.

 

Après avoir annoncé que l’article premier de la Constitution n’existera pas dans la nouvelle, laissant la porte ouverte à ceux qui nourrissaient depuis 2011 l’espoir d’un Etat laïc (non, ce n’est pas une insulte) dans lequel TOUS auraient leur place, l’islam est désormais consacré religion de la Umma.  On n’aura donc plus « la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain: sa religion est l\’islam, sa langue l\’arabe et son régime la république », mais un Etat qui veillera à consacrer les objectifs de l’Islam et de la chariaa.

D’accord, l’Etat n’a pas de religion mais c’est la Umma qui en a. La religion – l’islam donc, religion de la majorité – devra donc régir les fondements de l’Etat, de ses institutions. L’Etat – qui en théorie n’a pas de religion (sic), devra donc « œuvrer pour l’accomplissement des objectifs de l’Islam et de la « Chariâa » ».

 

Kaïs Saïed qui avait longtemps dénoncé la fourberie et le double-discours des islamistes, se dit donc que, finalement, il ferait bien comme eux. Le peuple – attaché à sa religion – n’y verrait que du feu. Qu’est-ce que ceci changerait au fond ?

Ce qui change c’est que la religion n’est plus une question identitaire mais pratique. Elle ne définit plus l’identité du peuple mais les grandes orientations de ses institutions. Et là, le champ des possibles est infini et illimité.

Ceux qui – comme moi – en ont marre que le haram-halal régisse les décisions les plus basiques du commun des mortels, lève le doigt. Je sais que vous êtes plus nombreux que ce qu’on dit dans la salle.

 

Il faudra attendre fin juin pour connaitre ce que cette constitution a à offrir aux Tunisiens. Pas moyen, à l’heure actuelle, de connaitre ce que le « brouillon » contient, puisqu’il est sujet à modifications diverses et variées. Il faudra donc faire une confiance aveugle à Kaïs Saïed qui se chargera, de ses blanches mains, d’apporter les dernières modifications qui feront la version finale. Mais il faudra aussi faire confiance à ceux qui l’ont élaborée et qui nous ont promis qu’ils ne manqueront pas de dénoncer toute éventuelle déviation. Pas d’autre choix que de les croire sur parole.

Celui qui avait souvent craché sur « ceux qui opèrent dans l’ombre » et « ceux qui fomentent des plans dans les chambres closes », s’est finalement dit qu’il ferait bien comme eux. Le peuple – habitué aux messes basses – n’y verrait là aussi que du feu.

 

En définitive, aux Tunisiens habitués d’être maintenus à l’écart et de servir de dindons de la farce, on leur ressert le même plat. Même pas réchauffé. Ils n’auront ni l’occasion de participer à l’élaboration de leur nouvelle constitution ou d’émettre un avis, ni d’en connaitre le contenu suffisamment en avance pour avoir la latitude de décider quoi voter.

 

Nous avions longtemps spéculé et fondé des espoirs sur le changement de l’article premier et la consécration d’un Etat parfaitement laïc. Il semblerait que la guerre entre l’Etat-nation et l’Etat-Umma a finalement été close. La guerre Bardo-Carthage sera, elle aussi, bientôt scellée. Comme pour tout ailleurs, toutes les bonnes choses ont une fin…

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