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Tu dis oui, tu es idiot ; tu dis non, tu es corrompu ; tu boycottes, tu es islamiste

 

J-7 avant le référendum pour une nouvelle constitution. Dans les démocraties établies, cette période est synonyme de débats de haute voltige. Les politiciens argumentent et défendent leurs idées, les médias analysent, décryptent et checkent les propos et les citoyens écoutent les uns et les autres pour se faire leur propre opinion.

Ça, c’est dans les pays avancés. Dans un pays comme le nôtre, la majorité semble désintéressée du scrutin. Il est à parier que le taux d’abstention avoisine les 80%.

Les analystes sont inaudibles et/ou discrédités et préfèrent, dans leur majorité, se taire question d’éviter les agressions de la meute. Sous le coup ou par crainte de procédures judiciaires abusives, il en est de même pour les politiciens. Quant aux médias main stream, ils sont passés en mode vacances, y compris pour leurs journalistes-chroniqueurs vedettes.

Cette ambiance électorale est bizarre. Si « l’élite » des journalistes montre un tel désengagement de la chose publique, que dire alors pour le commun des mortels.

 

À défaut de vrai débat sur la place publique, et comme la nature a horreur du vide, on assiste à une salve d’invectives sur les réseaux sociaux.

Abstentionnistes, approbateurs et promoteurs du rejet s’entredéchirent à coups de noms d’oiseaux.

Si tu critiques le processus et appelles au boycott, on t’assimile aux islamistes. Si tu es favorable au « oui », on t’assimile à un esclave de la dictature et adepte de l’hégémonie. Si tu appelles à voter « non », tu es systématiquement catalogué comme corrompu qui refuse l’assainissement que serait en train d’opérer le président de la République.

On est en train d’assister à un énième clivage des Tunisiens dans un climat où l’émotion prend le dessus avec une disparition totale du dialogue et du bon sens.

Ne peut-on donc pas débattre normalement, comme des êtres civilisés ? Ne peut-on pas respecter l’opinion de l’autre, quelle qu’elle soit, en opposant les idées aux idées et les contre-arguments aux arguments ? Pourquoi se catalogue-t-on systématiquement les uns les autres ? Pourquoi considère-t-on systématiquement que l’on est les plus intelligents et que les autres, forcément, sont idiots, corrompus ou extrémistes ? Pourquoi ce besoin d’accoler une étiquette ou un bonnet d’âne à l’autre ?

 

Si les islamistes et les CPR sont indéniablement les premiers responsables des clivages observés durant les années 2011-2021, il n’y a aucun doute que le clivage observé présentement est de la seule responsabilité du président Kaïs Saïed.

C’est lui qui n’a fait que distribuer des étiquettes aux uns et aux autres. Si tu n’es pas d’accord avec lui, tu es obligatoirement un corrompu, un opportuniste, un voleur, un spéculateur ou un affameur du peuple. C’est lui qui distribue les missiles et les ogives contre les « ennemis du peuple ». C’est lui qui parle de patriotes et de traîtres, comme s’il détenait un baromètre du patriotisme.

Dans sa conduite, Kaïs Saïed est dans une parfaite continuité de la politique des islamistes et des CPR. Dans sa politique également, puisque la constitution qu’il propose est tout simplement intégriste. Dans ses propos, le chef de l’Etat a remplacé les « azlem » par les « traîtres », les « corrompus » par les « affameurs », les « voleurs » par les « spéculateurs » et « ancien régime » par la « décennie noire ».

Comme un chef d’orchestre, il a donné le La et c’est pour cela qu’on assiste durant cette campagne aux pires invectives des uns contre les autres, de tout le monde contre tout le monde.

Cette stratégie du clivage et du « diviser pour mieux régner » n’est pas sans conséquences. Elle empoisonne, dans un premier temps, la vie politique et empêche de s’occuper de l’essentiel. Ensuite, elle amène les gens à s’entretuer les uns les autres. Le « takfirisme » de la décennie noire nous a menés droit aux attentats terroristes. Et il y en a eu un bon paquet.

Kaïs Saïed et ses adeptes ne s’en rendent pas compte, mais on va droit vers ça. Il suffit juste de regarder notre propre Histoire et ce qui se passe, en pareils cas, un peu partout dans le monde.

 

Au clivage opéré par le président de la République est venu s’ajouter une division extraordinaire des différents camps politiques. On assiste à une redistribution insensée des cartes, des alliances contre nature et des positions aberrantes.

Ahmed Néjib Chebbi est dans le même camp que les islamistes extrémistes !

La très laïque et féministe Maya Ksouri appelle à voter pour la constitution la plus islamiste de l’Histoire du pays et défend un président pour qui l’égalité de l’héritage est une hérésie !

Les avocats, historiquement grands défenseurs de la démocratie, sont officiellement soutiens d’un pouvoir hégémonique et totalitaire.

Les constitutionnalistes les plus chevronnés vous disent la chose et son contraire en l’espace de quelques jours.

Les journalistes et chroniqueurs vedettes qui rappellent tout au long de l’année les principes de la démocratie et du devoir citoyen ont quitté le bateau sous prétexte de vacances, comme s’ils ne pouvaient pas reporter au mois d’août leur congé. 

Comment, avec tout cela, voulez-vous que le citoyen lambda s’y retrouve ? Si l’élite tourne le dos à ses propres valeurs et si elle se tait au moment où elle doit être audible, on ne peut plus reprocher à la masse de remplir l’espace public et à la racaille de polluer le débat avec les invectives et les étiquettes.

 

Pour contrer ce climat nauséabond, c’est à l’élite de prendre les choses en main et d’assumer pleinement son rôle. À la tête de cette élite, figure inévitablement le président de la République en personne. C’est à lui, et uniquement à lui, de calmer les esprits et de rappeler que les Tunisiens, quels qu’ils soient, ont le droit de s’exprimer sans être agressés et de s’opposer sans être menacés.

Sans un président fédérateur, on n’aura pas de climat politique paisible. Sans climat politique paisible, on n’aura pas d’économie florissante. Sans économie florissante, on n’a pas de paix sociale. Et sans paix sociale, on aura du terrorisme au mieux et une guerre civile au pire.

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