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Habib Bourguiba, Zine El Abidine Ben Ali, paix à vos âmes !

 

Il y a 35 ans, jour pour jour, le Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Zine El Abidine Ben Ali se retournait contre son président Habib Bourguiba pour le destituer et le renvoyer en résidence surveillée jusqu’à la fin de ses jours. Ce 7 novembre 1987 a été marqué comme une journée historique. Les gens sont sortis klaxonner fêter la chute du guide suprême et l’arrivée de la nouvelle ère. La date fut célébrée par la suite, jusqu’au vomissement. 

Vint le tour du 14 janvier 2011 vécu sans klaxons, certes, mais avec beaucoup de soulagement. Lui aussi a été célébré jusqu’au vomissement.

Et puis est arrivé le 25 juillet 2021 avec son lot de klaxons et de promesses de lendemains meilleurs. Plusieurs le vomissent déjà. 

Bourguiba a chassé les Français puis les beys, a instauré la République et a mis en place une constituante pour ériger une nouvelle constitution. Il a promis une nouvelle ère, la liberté et la démocratie. Promesse non tenue. 

Ben Ali a chassé Bourguiba et a fait modifier la constitution. Il a promis une nouvelle ère, la liberté et la démocratie. Promesse non tenue.

La révolution a chassé Ben Ali et ses autoproclamés porte-paroles ont mis en place une constituante pour ériger une nouvelle constitution. Libertés, démocratie, dignité et justice ont été promises, mais c’était, une nouvelle fois, des promesses en l’air. 

Saïed a chassé les gouvernants de la révolution et a modifié, à son tour, la constitution. Lui aussi, il a promis démocratie et justice et lui aussi ne tiendra pas ses promesses. 

 

La récurrence des événements historiques avec, systématiquement, des klaxons, du soulagement, des promesses, des déceptions et un putsch démontre que les Tunisiens ne retiennent rien de leurs propres expériences et ne tirent aucune leçon de leur propre Histoire. 

À chaque fois, on festoie avec le même enthousiasme, à chaque fois on nous fait les mêmes promesses, à chaque fois on tourne le dos aux anciens gouvernants, à chaque fois on vote avec la même crédulité et à chaque fois on ressort avec les mêmes déceptions. 

Le 25 juillet 1957, le 7 novembre 1987, le 14 janvier 2011 et le 25 juillet 2021 sont des dates identiques. Elles représentent toutes des tournants dans notre Histoire récente avec des injures pour les hommes du passé et des promesses par ceux du futur. Chaque nouveau régime dit du mal de son prédécesseur et promet le paradis si on vote pour lui. Chaque nouveau régime se présente en messie sauveur de la Tunisianité (voire de l’Humanité comme avec Saïed) et casse du sucre sur le dos de son prédécesseur. Chaque nouveau régime casse ce qui a été construit avant lui et recommence la bâtisse de nouveau. 

Aucun de ces régimes n’a dit que son prédécesseur a fait quelque chose de bien qui va servir de socle pour poursuivre la construction. Même pas un chouia de gratitude. Tout ce qui précède est bon pour la casse ! Tous ceux qui précèdent sont voués aux gémonies.

 

Ces dates sont là pour témoigner de notre crédulité, de notre bêtise, de notre ignorance et de notre entêtement. Nous ne faisons que tourner en rond depuis 1956 et nous ne faisons que répéter les mêmes erreurs.  Et chaque fois qu’il y a eu des voix sensées pour nous alerter de la dangerosité de l’exercice et de la manipulation grotesque des nouveaux gouvernants, il y eut des meutes pour les faire taire. 

À ce jour, 66 ans après l’indépendance, on ne retient que la ségrégation, les injustices et les pillages de la période coloniale française. 35 ans après le départ de Bourguiba, on ne retient que son despotisme. Près de douze ans après la chute du 7-Novembre, on ne retient que la corruption de Ben Ali. Plus d’un an après le putsch de Saïed, on ne retient que la cupidité des islamistes et la haine des CPR. 

Par calcul politique et par populisme électoraliste, les gouvernants ont, à chaque fois, sali leurs prédécesseurs. Sans cela, ils ne pouvaient pas exister. Que serait Bourguiba sans les Français, que serait Ben Ali sans Bourguiba, que serait Marzouki sans Ben Ali et que serait Saïed sans les islamistes ? 

Ce n’est pourtant pas ça l’Histoire de la Tunisie. À chacune de ces périodes, il y eut du bien, du moins bien et du mal. Forcément, inévitablement, indéniablement. 

À un moment, il faudrait nous réconcilier avec notre Histoire et regarder les événements avec détachement et objectivité. C’est à nous et uniquement à nous de le faire. 

Aux mensonges racontés dans les histoires intéressées de nos gouvernants, nous devons rétablir la vérité. Nous n’avons pas à falsifier cette Histoire pour faire plaisir aux chefs du moment. 

C’est la condition sine qua non pour avancer et sortir de ce cercle vicieux dans lequel nous sommes depuis 1956. 

 

Cet exercice ne se fera pas avec Kaïs Saïed et ses délires messianiques, c’est évident. Mais je suis déjà dans l’après-Saïed, convaincu que l’actuel président ne va pas perdurer. L’espoir est que ce soit avec son départ qu’on brise le cercle et qu’on se réconcilie avec notre mémoire nationale et la vérité. 

Commençons par le commencement en mettant en application les devises de notre culture méditerranéenne modérée et de notre tradition islamique pacifiste qui exigent de rendre hommage aux aïeux et à ceux qui ont fait du bien, un tant soit peu, à ce pays. 

En ce 7 novembre 2022, 35 ans après le putsch médical de Zine El Abidine Ben Ali contre Habib Bourguiba, je dis « paix à vos âmes Bourguiba et Ben Ali ».

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