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La Tunisie ne va pas respecter ses engagements envers le FMI

 

Dimanche 13 novembre, le président de la République plante un olivier à Boukornine à l’occasion de la fête de l’arbre. Il en profite, devant la caméra, pour prononcer ses habituels monologues. Dans une vidéo de huit minutes diffusée par la présidence, il accuse des parties occultes d’avoir incendié Boukornine cet été. « Ils brûleront par le même feu qu’ils ont déclenché, déclare le président. Ils veulent détruire l’État, mais l’État est fort, eux ils brûlent et nous, nous plantons. Ils parlent de dictature, alors que ceux qui appellent aux assassinats sont libres de se déplacer comme ils veulent, en Tunisie et à l’étranger. » Aux côtés du président, le gouverneur de Ben Arous, figé comme un gorille (regardez la vidéo, je n’exagère pas), pérore : « Jamais dans l’Histoire de la Tunisie, l’État n’a été aussi fort ».

Le président et son protégé vivent dans le déni, dans une bulle. Une bulle depuis laquelle ils ne voient pas les dizaines de pénuries de produits de consommation courante, le déficit commercial, les difficultés pour l’État de souscrire des crédits pour financer son budget, l’inflation à 9,2% (la réelle serait bien plus importante), le dinar dégringolant, la faible croissance, le chômage galopant et le taux de pauvreté grandissant.

C’est quoi cet État fort qui ne subvient pas aux besoins de sa population ? C’est quoi cet État fort qui laisse libres ceux qui brûlent les forêts et appellent aux assassinats ?

La vérité est que les incendies de forêt sont courants dans les saisons estivales sèches partout dans le monde et que les appels aux assassinats sont de purs mensonges proférés pour attendrir trois millions de Tunisiens crédules.

 

Vendredi 11 novembre, le président de la République reçoit Didier Reynders, commissaire européen à la Justice. Le chef de l’État a indiqué à son invité que de nombreux concepts de la pensée politique occidentale nécessitaient une relecture critique évoquant plusieurs expériences actuellement objets de débat en Occident.

Le président pense qu’il faudrait de nouvelles approches pour diriger le monde, la politique et l’économie. Il l’a dit à M. Reynders, il l’a dit il y a quelques semaines devant des chefs d’État étrangers lors du sommet de la Ticad, il l’a dit des dizaines de fois dans les monologues devant ses ministres et il le dira, sans aucun doute, en fin de semaine lors du sommet de la Francophonie.

C’est une évidence, Kaïs Saïed est convaincu que la planète entière, notamment les pays occidentaux, ont de mauvaises approches et adoptent une mauvaise politique et qu’il est temps de les changer pour que les populations vivent mieux.

C’est un peu le même discours (dans le principe du moins) Kim Jong-un, président de la Corée du Nord, Miguel Díaz-Canel, président de Cuba, Nicolás Maduro, président du Venezuela ou encore Daniel Ortega, président du Nicaragua. C’était aussi à peu près les discours de feus Mouammar Gueddafi, Hugo Chávez et Fidel Castro.

Tous ces présidents s’estiment supérieurs à l’Occident, tous estiment que l’Occident se trompe et tous estiment que l’Occident devrait changer d’approche et de politique.

La question s’impose d’elle-même, les pays de ces différents présidents sont-ils meilleurs que ceux de l’Occident ? Non !

Notre pays, dirigé avec les nouvelles approches de Saïed depuis trois ans, est-il meilleur que la France, l’Italie ou la Belgique ? Non ! 

Chers présidents, vos pays servent de labos à vos propres approches. Si celles-ci sont meilleures que celles de l’Occident, on verra le fruit de ces approches, d’abord et avant tout dans vos propres pays.

En attendant, et à défaut de pouvoir prouver sur terrain que vos approches sont meilleures que celles prônées par l’Occident, on garde nos anciennes approches de l’économie de marché, de démocratie, de droits, de libertés et d’indépendance de la justice.

 

Jeudi 10 novembre, Kaïs Saïed reçoit son ministre de l’Intérieur à qui il dit qu’il est impératif de lutter contre la spéculation et la cherté inacceptable des prix. En quoi la cherté des prix concerne le ministre de l’Intérieur ? Ça doit être la nouvelle approche de gouvernance de Saïed. Passons.

La vérité est que la cherté est étroitement liée aux nombreuses augmentations des prix des carburants (leur effet se produit en cascade sur l’ensemble des produits) et à la peur des grossistes et intermédiaires d’être accusés de spéculation.

Kaïs Saïed ne se rend pas compte qu’il a perturbé tout le circuit de distribution, ce qui a causé pénuries et inflation. Il ne se rend pas compte que le gouvernement est en train d’essayer de suivre une politique d’austérité qui crée, elle aussi, pénuries et inflation.

 

Mercredi 9 novembre, Kaïs Saïed reçoit sa cheffe du gouvernement. Il lui dit (une énième fois) qu’il faut adopter de nouvelles approches pour réaliser les équilibres budgétaires et qu’il est hors de question que l’État abandonne son rôle social et privatise ses entreprises publiques, comme l’affirment certains.

Merci pour cet éclaircissement Kaïs Saïed, car on navigue en pleines intox depuis des mois.

De quelle intox parle-t-on ? De cette question des privatisations.

Qui a propagé l’intox ? Certainement ces journalistes qui ont été reçus par des membres du gouvernement il y a quelques semaines et à qui on a expliqué le plan de réformes envoyé au FMI. Mais il n’y a pas qu’eux. 

Il y a également Kristalina Georgieva directrice générale du FMI, qui propage l’intox. Dans un entretien accordé à Sky News, en octobre, elle a affirmé que les accords avec la Tunisie stipulent, entre autres, que le gouvernement tunisien s’engage à réduire la participation de l’État dans l’économie et à encourager l’investissement privé, et que la Tunisie se dirigerait vers la privatisation de certaines entreprises publiques.

Il y a donc les propos des journalistes et de la directrice générale du FMI d’un côté et ceux du président de la République de l’autre. Ils sont clairement diamétralement opposés.

Les premiers parlent de privatisation, le second rejette catégoriquement l’approche.

Les premiers ont pour interlocuteur le gouvernement. Le second est le supérieur de ce gouvernement et celui qui doit valider, en dernier, tout accord avec le FMI.

Le gouvernement adopte les mêmes approches de tous les pays endettés et en crise, le président n’a de cesse de répéter qu’il faut de nouvelles approches.

 

Qui doit-on croire alors ? Les propos du gouvernement et du FMI ou ceux du président ?

Concrètement, le gouvernement est parachuté et n’a aucune assise politique ou populaire. Il n’a pas été adoubé par un parlement et il est à la merci d’une saute d’humeur du président.

Le président de la République est élu au suffrage universel, il demeure à la tête des sondages et son projet de constitution a été adopté, il y a trois mois, par 94,6% des électeurs.

Le gouvernement peut s’engager sur ce qu’il veut, c’est le président de la République qui décide au final.

Or le président n’a pour devise que « nouvelles approches ». Il critique ouvertement la politique de l’Occident. Il l’a fait à la Ticad et répété cette semaine devant Didier Reynders.

À moins que le président ne renie ses propres propos, répétés à de multiples reprises, on ne voit pas comment le gouvernement va pouvoir honorer ses engagements avec le FMI.

Ça n’a rien d’une première, les derniers engagements de la Tunisie envers ce même FMI ont été reniés par les gouvernements précédents.

Si la Tunisie n’a pas respecté ses engagements antérieurs, alors qu’elle avait des gouvernements légitimes et évoluait en démocratie, pourquoi devrait-elle respecter ses engagements actuels, alors qu’elle a un gouvernement parachuté et évolue en dictature néo-bolivarienne ?

Pour rappel, la révolution bolivarienne, telle que définie par Wikipédia, est un mouvement de masse initié par Hugo Chávez après son arrivée au pouvoir au Venezuela, pour mettre en place une « démocratie populaire participative », une indépendance économique du Venezuela, une distribution équitable des revenus et en finir avec la corruption du pays.

Hugo Chávez a envoyé balader l’Occident et se croyait messager d’une mission divine pour servir toute l’humanité.

Kaïs Saïed est sur cette voie mégalomane et il s’est bien dit détenteur d’approches capables de sauver toute l’humanité.

Le FMI peut aller se rhabiller. En Tunisie, c’est le président qui décide et non le gouvernement. Viva la revoluçion.

 

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