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Le tardif réveil de l’UGTT


« Mieux vaut tard que jamais » . Un simple dicton qui peut se transformer en un véritable message politique symbolique ! Un dicton qui pourrait, pour certains, résumer le discours prononcé par le secrétaire général de l\’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Noureddine Taboubi à l\’occasion de la commémoration du 70ème anniversaire de l\’assassinat du syndicaliste et leader de l\’UGTT et de la résistance tunisienne Farhat Hached à la date du 3 décembre 2022. On n\’avait pas vu Noureddine Taboubi gueuler et taper sur un gouvernement depuis belle lurette ! Attendait-il le moment opportun ? Était-il plus patient que la majorité des acteurs de la scène politique ? Ou alors, en a-t-il marre de garder ses réflexions pour lui comme l\’avaient si bien fait ses « amis » de l\’Union tunisienne de l\’industrie, du commerce et de l\’artisanat (Utica) ?

Que des questions depuis cette annonce des mesures exceptionnelles du 25 juillet 2021. L\’UGTT avait en ce temps-là salué l\’entame d\’un nouveau « processus » ou d\’une nouvelle « voie ». Avant cela, la centrale syndicale avait exprimé, par le biais des déclarations et d\’apparitions médiatiques de son secrétaire général, son inquiétude quant à la crise politique et à la situation de blocage dans laquelle le pays s\’était retrouvé. L\’UGTT avait même présenté, fin 2020, une initiative de dialogue national au président de la République, Kaïs Saïed, afin de trouver une issue au conflit l\’opposant au mouvement Ennahdha et au gouvernement de Hichem Mechichi. Bien évidemment, le président s\’est contenté de balancer le dossier de proposition au fond d\’un tiroir. Plusieurs politiciens et personnages publics sont allés jusqu\’à affirmer qu\’il préparait, depuis ce temps-là, son coup de force afin de s\’emparer du pouvoir et neutraliser le parlement. 


Durant les mois suivants le 25 juillet 2022, l\’UGTT s\’était limitée à un rôle purement social et syndicaliste. Finis les jours de l\’organisation nationale ayant joué un rôle majeur en 2014 ou en 2011, celle qui disait non au gouvernement, celle qui s\’exprimait au sujet de toutes les décisions émanant du pouvoir exécutif et critiquait continuellement les membres du gouvernement ! Face à la promulgation unilatérale de la Loi de finances 2022 de façon unilatérale, la réaction de l\’UGTT était assez diplomatique ! Idem pour le programme de réformes annoncé depuis janvier 2022 ! La centrale syndicale s\’était limitée à quelques critiques dociles si l\’on se rappelle l\’attitude de la centrale syndicale depuis la révolution de 2011 et au temps de la Troïka. On commençait même à s\’interroger : où est passée l\’UGTT ? Essayant de ne pas entraver ce qu\’elle croyait juste, l\’UGTT a légitimé le processus entamé par le chef de l\’Etat et ses décrets parachutés. Le gouvernement s\’est, lui aussi, adonné aux mêmes pratiques. Des décisions et des décrets insensés traduisant un manque de vision et d\’imagination tel que celui censé rationaliser les importations ou encore le plafonnement des marges de bénéfices de certains produits déjà objet de réglementations.

Tout au long de cette mascarade, l\’UGTT et son secrétaire général, Noureddine Taboubi, étaient dans un autre monde, celui du soutien au processus politique du chef de l\’Etat. Pour ce qui est du côté social, économique et syndical, on aurait cru que l\’UGTT s\’était transformée en think tank ou en unité académique. Pas de prise de position concrète ou de forme de protestation palpable ! A l\’évidence, une structure pareille dotée d\’un tel héritage ne pouvait pas se limiter à un rôle de force de proposition. Le clash devait avoir lieu tôt ou tard. Pour ce qui est du volet politique, l\’UGTT a souvent temporisé et évité le clash jusqu\’à publiquement refuser, fin mai 2021, de participer au dialogue national tel qu\’envisagé par le président de la République. Il s\’agissait du premier grand coup porté publiquement par la centrale syndicale au projet politique de Kaïs Saïed. Les choses se sont par la suite calmées puisque l\’UGTT avait choisi de ne pas prendre position face à la publication du projet de la nouvelle constitution, sa modification en pleine campagne référendaire le faible taux de participation à cet événement. Plusieurs analystes ont estimé que ce silence résultait de l\’envie du secrétaire général d\’éviter un schisme au sein de l\’organisation et un conflit interne avec les proches et adhérents au projet de Kaïs Saïed. Les pseudo-réactions et prises de position, qui n\’en étaient pas vraiment, de la centrale syndicale se poursuivront jusqu\’à l\’annonce d\’un accord entre le Fonds monétaire international (FMI) et le gouvernement de Najla Bouden. L\’organisation avait même accepté un simulacre d\’accord portant sur des augmentations salariales d\’en moyenne 3,5% alors que l\’inflation avait dépassé la barre des 9%. 

Suite à certaines révélations portant sur l\’accord, l\’UGTT avait découvert le projet gouvernemental portant sur la levée des compensations et la privatisation de certaines entreprises. Il était temps de réagir ! Après toutes ces déficiences, l\’UGTT avait enfin décidé de riposter ! Finalement, la centrale syndicale a considéré qu\’il était temps de se dresser contre toutes ces injustices alors que l\’opinion publique avait estimé que l\’exécutif avait remis l\’organisation à sa place ! C\’est d\’ailleurs ce qu\’à tenu Noureddine Taboubi à réfuter durant son discours du 3 décembre 2022 en s\’écriant : « Permettez-moi de m\’adresser à ceux affirmant que le système actuel avait remis l\’UGTT à sa place. Ni ce système, ni celui qui l\’avait précédé, ni même le prochain ne sont capables de remettre l\’UGTT à sa place. Personne ne le peut ! Celui qui cherche à gouverner le pays doit d\’abord lire son histoire. Malheureusement, certaines personnes se sont retrouvées à la tête du pays de façon parachutée et par le fruit du hasard ». Le ton était donné ! Noureddine Taboubi ouvre le feu sur le gouvernement et sur sa présidente Najla Bouden. Il a affirmé lors de son allocution qu\’il était temps d\’envisager un remaniement ministériel et que l\’équipe de Bouden était sous-qualifiée, défaillante et incapable de gouverner. Il l\’a même tenue responsable des nominations des gouverneurs, notamment celui de Sfax, Fakher Fakhfakh. Ce dernier, désormais personnage connu pour ses déclarations comiques et insensées, est entré en conflit avec les structures syndicales régionales depuis sa nomination. Il a, aussi, critiqué la centrale syndicale lors d\’une visite de la maison dans laquelle résidait Farhat Hached. Celle-ci était en ruine.


Noureddine Taboubi a, donc, pris conscience de l\’importance de stopper ce gouvernement dans son élan et de barrer la route à son programme de réformes qui pourrait s\’avérer, selon les fuites, n\’être qu\’un ensemble de nouvelles taxes et charges fiscales dans le but de remplir les caisses de l\’Etat quel qu\’en soit le prix. Afin d\’atteindre cet objectif, le secrétaire général a décidé de faire porter le chapeau au gouvernement à lui seul car tout le monde sait que les gouverneurs sont nommés par le chef de l\’Etat et non pas par la locatrice de la Kasbah. Noureddine Taboubi, serait-il prêt à continuer à collaborer avec Kaïs Saïed et à soutenir ce processus malgré tout ? Considère-t-il le gouvernement comme unique fautif de la dégradation de la situation et de la crise majeure que traverse le pays ? Une réaction aussi tardive, est-elle suffisante ? La réponse est malheureusement un grand « non » puisque le président de la République a goûté à l\’élixir du pouvoir absolu et a compris qu\’il pouvait avoir tout par la force de ses décrets devenus désormais les textes des plus sacrés ! Mieux vaut tard que jamais en matière économique et sociale, certes, mais pas au prix de la République, de la démocratie et de l\’Etat de droit.


Sofiene Ghoubantini

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