Quelques jours nous séparent de l’une des rentrées scolaires les plus « lourdes » qu’ont connues les Tunisiens depuis des dizaines d’années. L’inflation galopante fait que les prix des fournitures scolaires et des cartables atteignent des sommets. Certains évoquent le chiffre astronomique de 500 dinars au moins pour un élève dans le primaire. Les responsables de l’Etat multiplient les réunions infructueuses et passent des heures à assurer que la rentrée scolaire va bien se passer. On nous dit également que le cahier subventionné sera disponible pour tout le monde et en quantités suffisantes. Mais personne n’arrive à trouver ce cahier sur le marché. Conséquence de tout cela : une partie non négligeable de Tunisiens se rue sur les étals anarchiques et achètent les fournitures scolaires de leurs enfants au marché parallèle, avec tous les risques, y compris sanitaires, que cela comporte. Ont-ils un autre choix ? En tout cas, l’Etat ne leur en donne pas.
Autre nouvelle importante pour les Tunisiens, l’inflation qui repart à la hausse après cinq mois de légère baisse. D’après l’Institut national de la statistique, cette hausse de l’inflation est poussée principalement par les groupes « produits alimentaires » et « boissons alcoolisées et tabac ». Il faut rappeler dans ce cadre que l’Etat, avide d’argent et de ressources supplémentaires, a décidé d’augmenter le prix des cigarettes de manière substantielle, ce qui a eu un impact direct sur l’inflation. Quant aux produits alimentaires, l’INS parle de l’augmentation des prix des œufs, des légumes, des huiles alimentaires et des fruits frais. Chapeau donc au ministère du Commerce et à sa politique d’imposer des prix que personne n’applique. Si en plus, on ajoute à l’équation le fait que l’alimentation pèse lourdement sur le portefeuille du Tunisien, il est aisé de comprendre que ces augmentations sont subies de plein fouet et sont réellement douloureuses.
On ne peut parler d’alimentation sans évoquer les différentes pénuries auxquelles les Tunisiens font face. Aujourd’hui, on fait la queue pour acheter du pain, chose complétement surréaliste il y a encore quelques années. Mais on est priés de croire que ce n’est pas la faute de l’Etat et que les méchants spéculateurs sont responsables. Les mêmes qui sont responsables des pénuries d’huile subventionnée, de café, de thé, de semoule, de sucre. Ils sont certainement responsables également du manque de médicaments. En tout cas, c’est ce que le chef de l’Etat dit et répète à chaque occasion. Les spéculateurs, les lobbies et les parties obscures sont responsables de la situation désastreuse des Tunisiens, en aucun cas ce n’est l’Etat ou ses représentants.
Oui, car devant les difficultés quotidiennes que vivent les Tunisiens, l’Etat est occupé à régler ses comptes et à faire diversion. Des arrestations spectaculaires et des polémiques inutiles sur des enregistrements fuités devraient être susceptibles de détourner l’attention des Tunisiens. La polémique autour des enregistrements prêtés à Mondher Ounissi, président par intérim d’Ennahdha, lors de conversations avec la journaliste, Chahrazed Akacha, ne concernent les Tunisiens en rien. De manière plus générale, les Tunisiens en ont fini avec Ennahdha et ce qui concerne ce parti que l’Etat empêche de péricliter naturellement. Toutefois, mettre quelques leaders en prison et s’acharner contre le parti islamiste continue de rapporter en termes populistes, ça fait des sujets de conversation dans la queue devant les boulangeries.
Les régimes qui échouent à solutionner et à traiter les problèmes des Tunisiens ont toujours ce réflexe de se tourner vers le passé et de régler des comptes dans l’espoir d’obtenir quelque reconnaissance. C’est ce qu’avait fait la Troïka en s’acharnant sur ceux qui ont travaillé sous le régime de Ben Ali, et c’est ce que fait le régime actuel avec cette lubie d’« épuration » de l’administration et de révision des recrutements et des concours. Le président prépare même un projet de décret pour faire réviser l’ensemble des recrutements effectués dans l’administration depuis 2011. Dans ce même cadre, l’ancien chef du gouvernement, Hamadi Jebali, a été interrogé pendant des heures sur les recrutements quand il était à la Kasbah. A quoi tout cela servira-t-il finalement ? A justifier de manière indirecte l’échec total de ce régime au moins en ce qui concerne l’économique et le social. Par la même occasion, cela permettra de livrer, à un large pan de la société, sa dose de joie mauvaise. Aujourd’hui, le régime réussit, petit à petit, à ancrer l’idée selon laquelle c’est la faute de l’administration tunisienne si l’hôpital de Kairouan n’a pas été construit ou que les grands projets n’ont pas encore été réalisés. La même administration serait infiltrée par des éléments nocifs dont il faut se débarrasser. Après les opposants politiques, les forces étrangères, les lobbies et les parties obscures, c’est maintenant à l’administration de jouer le rôle de bouc émissaire pour justifier l’échec et l’incompétence. Quoi qu’il en soit, ça reste une bonne diversion, encore une fois, pour détourner les yeux des Tunisiens des questions qui impactent directement leur quotidien.










