Du théâtre, l’Italie sait en jouer depuis Jules César et peut-être plus loin dans le temps. Faut-il le prouver encore ? Giorgia Meloni, présidente du conseil italien, a estimé que si. C’est ce qu’elle a fait tout au long de la semaine dernière en invitant à Rome et à l’île de Lampedusa des dizaines de journalistes et d’hommes et de femmes politiques européens (notamment de l’extrême droite) pour voir d’eux-mêmes les flux records de migration clandestine (joliment appelée irrégulière dans le nouveau jargon politico-médiatique). Il n’en fallait pas plus pour que les Européens, en chœur, se disent menacés par ces « invasions » d’Africains et que les médias (notamment positionnés à droite) assurent le relais. Pas un média en Europe qui n’a pas abordé, la semaine dernière, le sujet de Lampedusa. Pas un média qui n’a pas essayé, de quelque manière que ce soit, de transmettre la peur de cette « invasion ». On a montré des centaines de Noirs et de basanés assis à même la terre, comme pour dire « ceux-là, vous allez bientôt les voir dans vos rues en train de voler ou de faire la manche ». Grâce au pouvoir de l’image, on a joué à fond sur l’émotion et la peur.
La peur, la peur et encore la peur. C’est une spécialité de l’extrême droite, de toutes les extrêmes droites et ils ont bien surfé dessus. Bravo Mme Meloni, votre théâtralisation a bien fonctionné, notamment avec la scène finale en accompagnant Ursula von der Leyen, dimanche 17 septembre sur l’île !
Durant cette scène finale, la présidente de la commission européenne a dévoilé un plan en dix points dont l’objectif principal est de montrer que Bruxelles est aux côtés de Rome.
Dans ce plan, il y a des mesures vouées à faciliter les retours, à prévenir les départs et à renforcer les voies migratoires légales. Une attention particulière est accordée à la Tunisie, principal pays de transit d’Africains vers l’Italie.
Les extrêmes droites européennes, et à leur tête Mmes Von der Leyen et Meloni, peuvent essayer de manipuler autant qu’elles veulent les opinions des âmes sensibles de leurs concitoyens, on voit les choses autrement de ce côté-ci de la Méditerranée.
Ce dont on se rappelle c\’est qu’il y a à peine un siècle, c’était les Italiens, les Maltais et les Français qui émigraient vers la Tunisie et l’Afrique pour chercher du travail. Certains y ont même fini leurs vieux jours à l’instar de feu Bettino Craxi.
C’était la France, l’Espagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et l’Angleterre qui colonisaient l’Afrique, après avoir envahi et occupé (jusqu’à aujourd’hui) les Amériques, l’Asie, l’Australie, l’Atlantique et le Pacifique.
Ce dont on se rappelle, c’est que les Européens ne doivent leur développement et leur essor qu’aux richesses pillées (jusqu’à aujourd’hui) en Afrique. Sans ce dont regorgent les terres africaines, les Européens n’auraient jamais pu développer leurs industries et leurs sciences.
Ce que l’on constate, c’est que les Européens continuent, jusqu’à aujourd’hui, à piller les matières grises africaines. Sans les Tunisiens et les Marocains, les hôpitaux français cesseraient de fonctionner.
Ce que l’on constate, c’est que sans les Africains, les restaurants, les fermes, les usines en Europe mettraient la clé sous la porte.
Ce que l’on voit, ce sont des centaines de milliers d’Africains ambitieux qui ne demandent rien de plus que de voyager librement sur cette terre, comme voyageaient jadis les Européens et de vivre là où bon leur semble, comme l’ont fait jadis les Européens.
Le comble du comble, c’est que les Africains sont même à l’origine d’une certaine extrême droite européenne. Exemple parmi d’autres, Éric Zemmour (président du parti français Reconquête, présent la semaine dernière à Lampedusa) est un émigré algérien et son grand ami chroniqueur Jean Messiah est un émigré égyptien.
Ce que l’on conclut, c’est que les Européens regardent de haut une certaine partie de la planète et veulent lui imposer leur diktat. Ils s’accordent le droit de s’installer où ils veulent, mais ils refusent que d’autres aient ce droit. Ils s’accordent le droit de piller les richesses des autres, mais ils ne veulent pas que ces autres rouspètent et réclament des miettes de ce qu’on leur a pillé et qu’on leur pille encore. Ils veulent l’émigration choisie en prenant la crème de la crème des Africains, qui ont tant coûté aux contribuables de leurs pays, mais refusent que les moins lotis aient des faveurs.
Comme on ne choisit pas ses poissons quand on va à la pêche, les Européens n’ont pas à choisir leurs migrants. Ils n’ont pas à accepter nos médecins et nos ingénieurs et rejeter nos chômeurs et nos médiocres.
Sans l’Afrique et les Africains, l’Europe n’aurait jamais été ce qu’elle est aujourd’hui. C’est une évidence moult fois prouvée tout au long des siècles.
Entre l’Afrique et l’Europe, il y a une réelle et historique (sur des millénaires) relation d’interdépendance, quoique disent les extrêmes droites européennes.
Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen balaient, bien entendu, toutes ces considérations d’un revers et n’ont qu’un dada, empêcher les « mauvais » Africains de venir en Europe.
Leur point faible s’appelle la Tunisie, puisque c’est par là que transite l’essentiel des migrants africains vers Lampedusa et c’est pour cela qu’il y a une attention particulière pour la Tunisie, dans le plan de dix points, et qu’il y a précédemment eu un mémorandum d’entente signé avec le président Kaïs Saïed. C’est pour cela aussi qu’elles font les yeux doux à l’autocrate tunisien et sont prêtes à lui accorder tout ce qu’il veut.
Sauf que voilà, Mmes Meloni et Von der Leyen ne président pas l’Europe et ne décident pas ce qu’elles veulent.
Pour que le mémorandum d’entente soit validé et que leur politique anti-migratoire soit acceptée, elles doivent passer par le parlement. Et dans ce parlement, il y a des députés qui connaissent l’Histoire et regardent les peuples d’abord et avant tout. Des députés qui ont de l’intelligence et ne se laissent pas embobiner par les cris d’orfraie des deux blondes.
Pour ces députés, il est hors de question de valider un mémorandum d’entente très vague et aux termes très généraux, convenu avec un régime autoritaire et putschiste accusé de multiples violations envers ses citoyens et les migrants subsahariens.
Cherchant à apporter de l’eau à leur moulin, des députés membres de la commission des Affaires étrangères ont planifié une visite à Tunis durant laquelle ils allaient discuter avec des officiels tunisiens, des journalistes, des hommes politiques de l’opposition et des représentants de la société civile.
Autocrate qu’il est, et comme s’il tenait à apporter une preuve supplémentaire, le régime de Kaïs Saïed a interdit l’entrée sur le territoire de ces députés. Une bêtise à marquer dans les annales, soit dit en passant.
Par cette interdiction, Kaïs Saïed sabote tous les efforts de Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen, pensant qu’il pouvait outrepasser les voix du parlement, comme il le fait en Tunisie.
Bien fait pour vous mesdames ! C’est ce qui arrive quand on négocie avec les despotes non éclairés qui ne respectent pas les constitutions, les lois et les Droits. Vous avez soutenu un autocrate au détriment de son peuple, le peuple vous répond en vous envoyant massivement ses ressortissants les plus ambitieux et en aidant ses frères africains en transit à venir s’imposer chez vous.
Comme l’a dit l’ancien président français Nicolas Sarkozy, les vrais problèmes migratoires n’ont pas encore commencé. Attendez de voir quand le Nigeria aura 400 millions d’habitants et que l’Afrique dépassera les deux milliards de personnes.
Pour résoudre le problème migratoire, la solution n’est pas de construire des murs terrestres et maritimes, la solution est de laisser les richesses africaines aux Africains. La solution est d’encourager la démocratie et le développement.
Tant que vous pillez les richesses naturelles et humaines d’Afrique, tant que vous aurez des Africains qui voudront piller vos richesses !
Tant que vous soutenez les dictateurs et les putschistes, tant qu’il y aura des Africains qui voudront quitter leurs pays pour chercher ailleurs les bienfaits de la démocratie !










