Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Il dit non au FMI, il fait un pied de nez à l’UE, Kaïs Saïed veut compter sur lui-même, mais sans dire comment

 

Une délégation de la commission européenne devait se rendre en Tunisie les tous prochains jours. Sauf que le président a décidé, unilatéralement, de faire reporter la visite à une date ultérieure. Pourtant, le régime a fortement besoin de l’aide que l’UE s’apprêtait à lui offrir. « Nous devons compter sur nous-mêmes », rétorque le président. La réponse aurait été parfaite, si le président disait comment il envisage de procéder.

 

Si l’on devait mesurer la pénibilité du travail des ministres, Sihem Nemsia, ministre des Finances, remporterait haut la main le triste trophée. Chaque fois qu’elle préconise une solution pour remplir les caisses vides de l’État, son patron de président la poignarde dans le dos.

C’était ainsi le cas avec le Fonds monétaire international avec qui il était question d’obtenir un prêt de 1,9 milliard de dollars depuis fin 2021. C’est écrit noir sur blanc dans les lois de finances de 2022 et 2023. L’État a besoin de cet argent pour faire face à ses obligations extérieures en devises, que ce soit pour payer les crédits antérieurs ou payer ses importations. En contrepartie de cet argent, et afin d’équilibrer son budget, l’État a projeté une série de réformes douloureuses, qu’il s’est engagé à réaliser, dont notamment la privatisation d’entreprises publiques, le blocage voire la réduction de la masse salariale et la réduction des interventions de la caisse de compensations.

Refusant net de réduire le train de dépenses de l’État, de se départir de son rôle social et toute privatisation, le président Kaïs Saïed a fait capoter le dossier du FMI, désavouant ainsi son propre gouvernement et ce qu’il a lui-même signé dans les lois de finances.

Attitude immédiatement sanctionnée par les agences de notation internationale qui ont dégradé la note souveraine de la Tunisie à la classe C (CCC- et Caa2). C’est-à-dire la Tunisie est devenue un pays à risque spéculatif.

Quel est le plan B de Mme Nemsia ? Il n’y en avait pas, de son propre aveu. Pour renflouer les caisses, et face au refus de la piste FMI, la dame a dû lancer des emprunts obligataires nationaux, des crédits bancaires intérieurs en devises (ce qui a nécessité préalablement un changement de la loi) et des crédits extérieurs à des taux élevés. Elle a également compté sur les pays amis, dont l’Algérie qui a octroyé un crédit de 200 millions de dollars et un don de cent millions de dollars et l’Arabie saoudite avec un crédit de 400 millions de dollars et un don de cent millions de dollars.

Très peu comparativement au déficit prévisionnel d’autour de huit milliards de dinars à la fin de l’année en cours.

Tellement peu que l’on a dû réduire les dépenses en devises, ce qui explique les nombreuses pénuries (pain, café, sucre, riz, médicaments) subies par les citoyens tout au long des derniers mois.

La ministre des Finances s’est remise à espérer la signature d’un mémorandum d’entente en juillet dernier avec l’Union européenne qui devait se conclure par un appui budgétaire de 127 millions d’euros.

Mais c’était sans compter les coups de tête colériques du président de la République qui s’apparentent, une nouvelle fois, à un poignard dans le dos.

Le 14 septembre, la Tunisie refuse la visite d’une délégation de parlementaires européens faisant partie de la commission des affaires étrangères. Or, sans le vote du parlement, la commission européenne ne peut ni concrétiser le mémorandum d’entente, ni verser les 127 millions d’euros promis. Les parlementaires interdits de visite en Tunisie auraient-ils une forte influence sur leurs collègues ? C’est probable et Kaïs Saïed a pris un sérieux risque en leur interdisant de venir.

Nouveau coup de théâtre lundi 25 septembre. À 23h07, un communiqué de la présidence de la République annonce la décision du chef de l’État de faire reporter une prochaine visite d’une délégation de la commission européenne. C’est-à-dire la commission que préside Ursula von der Leyen, celle-là même qui est venue en Tunisie à deux reprises l’été dernier, avec qui il a convenu le mémorandum d’entente et qui lui a trouvé l’appui budgétaire de 127 millions d’euros.

Alors qu’elle s’attendait certainement à cette somme, Sihem Nemsia doit une énième fois réviser ses comptes.

Comment faire ? Le président l’a justement dit ce lundi 25 juillet au cours de la réunion du conseil de la sécurité nationale : « Nous devons compter sur nous-mêmes ! ».

La phrase est bien ambitieuse et dénote d’un président qui veut que son pays soit autonome, ne dépendant d’aucune partie étrangère.

Sauf que le chef de l’État est dans un monde théorique car, en pratique, il n’a pas de quoi payer ses obligations et subvenir aux besoins de son peuple. Les solutions concrètes qu’il préconise sont soit irréelles soit fantasmagoriques.

Il mise sur les revenus que devrait lui apporter la commission de conciliation et table sur la somme de 13,5 milliards de dinars. Une commission sans président dont les travaux s’achèvent dans deux mois et qui n’a apporté aucun dinar jusque-là, après dix mois d’exercice. Le président pense faire pression sur les hommes d’affaires véreux pour passer par cette commission et lui verser l’argent indu qu’ils auraient amassé avant la révolution. Le montant de 13,5 milliards de dinars est tiré d’un rapport très approximatif et fortement exagéré réalisé en 2011 par Abdelfattah Amor.

Les avoirs de plusieurs hommes d’affaires impliqués ont déjà été confisqués. Plusieurs autres ont préféré se diriger vers la justice pour prouver que leurs biens ne sont pas mal acquis et qu’ils ont été injustement cités dans le rapport.

Peu importe, le président balaie d’un revers ces explications et tient à son idée fixe. Pour bien montrer qu’il ne rigole pas, des poursuites ont été lancées ces dernières semaines contre des chefs d’entreprise de renom, dont certains sont en prison. Tout cela ressemble fortement à du racket d’État.

L’autre solution-miracle du président consiste à lancer des entreprises communautaires, comme si ces dernières pouvaient remplir le déficit de l’État et relancer la croissance. À ce jour, seules quelques-unes ont été créées et aucun investisseur de renom n’y a souscrit.

C’est une évidence, le gouvernement est aux abois et a du mal à remplir ses obligations. Le président de la République n’en a cure, cependant, il continue à n’en faire qu’à sa tête en rejetant la main qui lui est tendue.

 

Raouf Ben Hédi

 

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *