La haine est dans l’air du temps. Et derrière cette haine, une polarisation extrême du débat, des opinions et même des sentiments. Ceci n’a jamais été aussi vrai que dans le monde d’aujourd’hui. Le monde est submergé, étouffé, d’images d’enfants sous les décombres, de parents endeuillés, de corps ensanglantés, de secours désemparés.
Après l’opération déluge d\’Al-Aqsa » du Hamas, le 7 octobre – qui a fait près de 1.400 morts du côté israélien – l’étau ne cesse de se resserrer sur les Palestiniens. Le bilan humanitaire s’alourdit de jour en jour à Gaza avec près de 3.000 personnes tuées dans les frappes israéliennes et plus de 12.000 personnes blessées.
Sur les plateaux TV, dans la presse et sur les réseaux, la haine bat son plein. Tout est prétexte pour s’insulter et se haïr. Le conflit en Palestine n’a pas créé une haine nouvelle, il en a réveillé une, pas très enfouie, qui s’est nourrie de l’horreur.
Des journalistes jouent aux équilibristes face à un génocide qui les met mal à l’aise et dont ils n’osent prononcer le nom. L’on s’interroge pour savoir si ces victimes sont « aussi humaines » que d’autres et pour déterminer qui mérite d’être reconnu « mort » ou « assassiné ». Surréaliste dans une époque où l’on n’a jamais autant parlé de droits de l’Homme, de liberté d’expression, d’honnêteté intellectuelle. L’humanisme se retrouve perdu face à des considérations qui ne lui font plus beaucoup de place et qui préfèrent privilégier la haine, plus immédiate et plus fédératrice.
La haine rassemble, en effet, les personnes qui partagent les mêmes moteurs, les mêmes arguments. Elle est alimentée par le sensationnalisme, les raccourcis et l’ignorance et permet de justifier l’injustifiable, de créer des groupes, des communautés, des effets de masse. Les résultats sont parfois terribles comme nous l’enseigne l’Histoire.
Les réseaux sont un parfait théâtre de ces manifestations. Tout est prétexte pour s’insulter et se haïr.
Une jeune internaute juive avait déclaré sur Instagram aujourd’hui qu’elle ne s’était jamais sentie aussi menacée qu’avec ses amis ces temps-ci…depuis le jour où elle a affirmé soutenir la Palestine. Des pages entières et des comptes se retrouvent suspendus, censurés ou restreints, dès lors qu’ils expriment une opinion impopulaire.
Lundi soir, 16 octobre, deux Suédois ont été tués par arme automatique dans le centre de Bruxelles (Belgique). L’assaillant, demandeur d’asile tunisien, a été tué ce matin après son interpellation. Dans une vidéo (non encore authentifiée), l’assaillant affirme appartenir à l’État islamique et viser trois supporters suédois « en raison de leur nationalité », et ce dans le but de « venger les musulmans » suite aux autodafés du Coran enregistrés en Suède ces derniers mois.
Dimanche 15 octobre, « un acte de haine horrible » [ndlr, Joe Biden] a été perpétré près de Chicago (États-Unis). Un jeune enfant palestino-américain âgé de seulement six ans est violemment assassiné chez lui après avoir subi 26 coups de couteau. Sa mère aussi a été poignardée mais a réussi à s’en sortir. Les deux sont musulmans. Un septuagénaire américain a été inculpé pour « crimes de haine ». Avant de commettre son acte, il aurait dit à la mère : « vous, les musulmans, vous devez mourir ».
Vendredi 13 octobre, un homme muni d’une arme blanche, tue un enseignant et fait trois blessés dans la cité scolaire Gambetta-Carnot d’Arras (France). Avant de commettre son acte, l’assaillant – un ancien élève radicalisé – a réalisé une vidéo d’allégeance à l’État islamique.
La poudrière est alimentée, elle multipliera les explosions de parts et d’autres du monde pour mettre à nu cette haine qui agite des citoyens, dont certains sont, en apparence, bien ordinaires.
Elle ne se matérialisera pas uniquement à travers les actes terroristes visant une population, une religion ou une nationalité bien déterminée, elle explosera aussi dans les insultes, sur les plateaux TV, dans les commentaires postés sur les réseaux mais aussi dans la rue et à l’intérieur des foyers.
Les retombées de cette haine, violente et immédiate, sont encore inconnues. Il faudra du recul et du temps pour arriver à comprendre et à mesurer. Pour l’instant, elle est ce moteur qui rassemble des personnes se nourrissant de la même animosité et qui les sépare de tous les autres qui ne partagent pas le même ressentiment…










