« À l\’hôpital, le docteur de mon fils m\’a dit qu\’il restait de l\’espoir… Je suis reparti … Je suis revenu … Mon fils, le docteur et l\’hôpital avaient tous disparu ». Cette déclaration a été reprise des milliers de fois sur les réseaux sociaux après le bombardement par les Israéliens de l’hôpital Al Ahli Arabi dans la soirée du 17 octobre 2023. Elle cristallise à elle seule toute la douleur, tout le dépit et toute la barbarie dont font preuve ceux qui n’hésitent pas, depuis des décennies, à bombarder des hôpitaux et à assassiner des enfants.
Toute la rhétorique israélienne et occidentale sur le terrorisme, la condamnation des actes du Hamas, la justification de la pseudo-réponse de l’agressé à l’agresseur, toute cette logorrhée a été balayée hier soir par le sang de centaines de victimes civiles qui pensaient trouver un abri au sein d’un hôpital. L’image de la conférence de presse organisée par des médecins au milieu des cadavres et des corps meurtris de civils et d’enfants coupe court, à elle seule, à tous les mensonges et toutes les justifications que même de célèbres auteurs arabes se sont échinés à élaborer.
L’horreur dans toute sa brutalité s’est déployée hier soir sur Gaza. Les images terribles transmises par les chaînes satellitaires ont immédiatement provoqué des manifestations dans plusieurs capitales arabes et dans les villes européennes qui autorisent encore de porter un drapeau palestinien. D’ailleurs, puisqu’on parle d’images, il faut rendre hommage à tous les journalistes qui ont été tués à Gaza et à ceux qui continuent encore à travailler en Palestine. Pensée sincère au reporter d’Al Jazeera, qui était hier soir devant ce qui restait de l’hôpital bombardé, et qui demandait à son cadreur de filmer de loin les cadavres, pour tenter de préserver un peu de dignité.
C’est en deuil que la Tunisie s’est réveillée ce matin. Une atmosphère lourde comparable à celle que l’on avait vécu un soir de ramadan, quand nos soldats avaient été attaqués et égorgés au mont Châambi. Là pour le coup, c’était vraiment du terrorisme. Une grande majorité de Tunisiens ressent cette gueule de bois faite d’un mélange entre colère, impuissance et profonde tristesse. Ce n’est pas dans les positions et les déclarations des gouvernants arabes que l’on trouvera le moindre réconfort. Hormis la position tunisienne, absolument exemplaire concernant la cause palestinienne, les dirigeants arabes se sont illustrés par leur couardise et leur hypocrisie. Le communiqué final de la réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des pays composant la Ligue Arabe restera gravé dans l’histoire comme l’expression la plus abjecte de la lâcheté. Malgré tout ce qui s’est passé durant la dernière décennie, ces régimes arabes ne comprennent toujours pas qu’aller à l’encontre du ressenti de leurs peuples, particulièrement concernant la cause palestinienne, est très dangereux pour leur pérennité.
Il ne faut pas non plus s’attendre à quoi que ce soit de la part des auto-proclamés leaders du monde libre. L’Américain Joe Biden, grand fan de John Wayne, qui a atterri aujourd’hui dans la zone, a déclaré qu’il était triste et en colère après « l’explosion » en s’adressant à Netanyahu et il a ajouté qu’il parait que c’est l’autre côté qui en est responsable. De son côté, le président du pays des droits de l’Homme, ou de certains hommes plutôt, Emmanuel Macron, a au moins eu la décence d’évoquer une « attaque » contre l’hôpital, et non une simple explosion comme son vieux compère américain. Mais attention, il ne faut pas en espérer plus, puisque le président français écrit « toute la lumière devra être faite ». On peut, évidemment, compter là-dessus et boire de l’eau fraiche comme on dit.
Toute cette hypocrisie et tous ces trésors de double discours déployés en faveur des Israéliens n’empêcheront pas ces gens de nous bassiner encore, pendant des années, avec le droit international, la légitimité internationale, le droit des peuples, la cour pénale internationale et autres stupidités du genre. L’aplomb avec lequel ces notions sont fièrement brandies par des pays et des leaders qui soutiennent et justifient une opération d’épuration ethnique force l’admiration. Des notions uniquement applicables aux Palestiniens, aux dictateurs africains et à quelques militaires serbes. Autrement, aussi bien les Américains que les Israéliens ont la liberté de faire absolument ce qu’ils veulent. Il faut juste fournir l’effort d’envelopper ça dans ce qu’ils appellent légitime défense.
Au final, ce sont bien les valeurs humaines et les principes de démocratie et de liberté, fièrement agités par les Occidentaux depuis la fin de la deuxième guerre mondiale qui ont été bombardés par les Israéliens hier. Le massacre se poursuit en toute impunité, devant les yeux du monde entier, tant qu’il y a encore de l’électricité et une connexion internet. Les leaders du monde assistent à ce spectacle sans rien faire. Qu’ils aient au moins la décence de ne pas, en plus, nous donner des leçons.










