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M. Hachani, le tribun

 

On découvre, avec contentement et satisfaction, les dons cachés de notre chef du gouvernement. Des dons souvent occultés en raison de la prédominance de l’aura et du charisme présidentiel qui jettent d’habitude de l’ombre sur ses plus proches collaborateurs.

La visite en France du chef du gouvernement/Premier ministre était donc pour lui une occasion de déployer ses ailes et de faire ses preuves ; et pour nous, de découvrir un aspect de sa personnalité et l’étendue de son génie qui a motivé sa nomination à la primature par le président en personne.

 

C’était fort édifiant. Il n’y a pas eu erreur de casting, incontestablement. Le climax de la visite était bien évidemment la déclaration conjointe avec son homologue français. Que dire ? Ce fût une bien belle surprise. M. Hachani a pu déployer tout son talent d’orateur rompu au maniement du verbe. Une digne émanation d’un Cicéron ou, pour être modeste et plus proche de la réalité tunisienne, d’un Bourguiba se lançant dans des joutes pleines d’esprit. Un digne descendant des plus grands rhéteurs et des tribuns, je vous dis ! Par ailleurs, il révélait à son homologue être un fan de Jacques Brel. Il est possible qu’il ait été imprégné de la verve et de l’éloquence bréliennes.

Notre chef du gouvernement confirme aussi, avec sa prestation, qu’il ne s’inscrit pas seulement dans la tradition oratoire séculaire, mais également dans la modernité. Il a fait ainsi montre d’une ingénieuse maîtrise des codes de la communication contemporaine : un exposé structuré qui ne laisse aucune place à l’aléatoire, fluide et efficace, pas décousu pour deux sous.

 

Mais malheureusement, il a bousillé son effet et la forme brillante de son discours avec un fond auquel on pourrait faire quelques reproches. Les théories du complot se sont invitées dans l’exposé de M. Hachani comme un cheveu sur la soupe. Devenues idéologie d’Etat, ces théories s’exportent donc désormais et s’imposent dans les rencontres officielles. Notre chef du gouvernement a déployé un étonnant champ lexical météorologique pour analyser l’état des relations entre la Tunisie et la France. « Il y a eu un petit refroidissement… c’est en hiver qu’on l’attrape… mais j’ai comme l’impression que c’est le printemps », a-t-il lancé en invoquant qu’il y a eu des quiproquos et des incompréhensions avec l’ami français. Et ces malentendus sont du fait de « certaines partie malfaisantes » qui ont « colporté des contrevérités ».

On retrouve ainsi, les éléments de langage auxquels on s’est habitués. On en est abreuvés à longueur de discours présidentiels et il semble que le chef du gouvernement a bien retenu la leçon et qu’il a donc tenté de la développer sous les cieux parisiens. S’il a voulu renvoyer une image d’un régime équilibré, sain et irréprochable, il a bien échoué en adoptant le complotisme comme approche. Ça ne marche pas. Cela discrédite le propos.

 

Par ailleurs, et étonnement, le chef du gouvernement s’est abaissé à commenter une émission qui s’intéresse à la Tunisie et qui sera diffusée dans quelques jours par une chaîne privée française. Quelle mouche a piqué M. Hachani pour se lancer dans l’évocation d’une enquête journalistique lors d’une rencontre de haut rang ? En plus, il fait le lien entre cette émission et les complots ourdis pour, dit-il « essayer d’enrayer la machine qui s’est bien remise en marche entre la France et la Tunisie » ! Ce comportement interroge vraiment. Qu’espérait-il ? Que les autorités françaises fassent pression pour censurer le magazine ? Impossible. Anticiper ce qui va être montré pour dire que ce n’est pas vrai, qu’il n’y a pas de misère et de dictature dans notre pays ? Eh ben, en mentionnant la chose, ça a donné l’effet inverse.

La perception est celle d’un pouvoir qui craint une simple enquête journalistique et qui n’accepte aucune critique. Cela, malheureusement pour monsieur Hachani, confirme une partie du postulat. Ici en Tunisie, on n’a pas besoin d’une émission française pour poser le diagnostic de la situation politique et économique du pays. Et puis vient l’aplatissement « non, non et non, la France notre amie n’a rien à voir avec toute cette histoire. Ce sont les parties malfaisantes ». Ça fait mal à la dignité.

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