La Direction générale de la douane a annoncé, mercredi 12 novembre 2025, de nouvelles prises « significatives » et un cap clairement assumé vers la dématérialisation des procédures. Invité de la Radio nationale, le colonel-major Chokri Jabri, porte-parole de la douane, a détaillé deux opérations coup sur coup et fait le point sur les chantiers numériques en cours.
Des millions de dinars interceptés aux frontières
Deux saisies de devises ont été réalisées récemment aux postes frontaliers de Ras Jedir et Dhehiba. Dans le premier cas, les agents ont intercepté un véhicule immatriculé à l’étranger et découvert plus de 400.000 euros dissimulés dans une cache aménagée, soit environ 1,5 million de dinars.
À Dhehiba, une fouille similaire a permis de mettre la main sur environ 984.000 euros, l’équivalent d’un million d’euros et près de 3,5 millions de dinars. Les sommes ont été saisies et des procès-verbaux pour exportation de devises sans autorisation ont été établis, avec transmission aux services compétents sur instruction du parquet. D’autres opérations, « du même type », ne seront communiquées qu’à l’issue des investigations.
Cap sur la douane 4.0 : quand le numérique remplace le papier
Au registre des réformes, Chokri Jabri a rappelé que la douane a engagé depuis 2018 la numérisation de ses services avec Smart Gate (information et démarches pour les Tunisiens à l’étranger), le procès-verbal électronique, la transaction en ligne et le paiement électronique dans plusieurs bureaux. L’application « Rokhsati » pour l’autorisation de circulation a, selon lui, fluidifié les passages cet été en réduisant files d’attente et délais. Le visa export et sa confirmation se généralisent également en mode digital.
Cœur du dispositif à venir : le nouveau système d’information « Sinda 2 », lancé en 2021 et appelé à remplacer l’actuel Sinda. La phase de tests doit débuter fin 2025 pour une montée en charge jusqu’en 2026. Objectif : interopérabilité avec l’ensemble des administrations et organismes impliqués (banques, ministères, Banque centrale, intermédiaires, transporteurs…), afin de supprimer les allers-retours papier, accélérer le traitement, renforcer la traçabilité et la lutte contre la corruption.
Conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale des douanes, la Tunisie déploie en parallèle des décisions contraignantes préalables sur l’origine et le classement tarifaire. Les opérateurs pourront ainsi obtenir, avant l’importation ou l’exportation, une position officielle de la douane et éviter les erreurs coûteuses et les procès-verbaux.
Le porte-parole a insisté sur la formation continue assurée à l’École nationale des douanes, l’actualisation des compétences (réglementation, contrôles voyageurs, lutte contre la contrebande, outils numériques, IA) et les recrutements réalisés ces dernières années, appelés à se poursuivre. Il a évoqué des acquisitions d’équipements (véhicules, unités canines, scanners à rayons X, matériels spécialisés) destinées à renforcer les capacités aux frontières terrestres et maritimes.
Procès-verbaux en ligne : la réconciliation numérique avec la douane
Lors de la même intervention, Chokri Jabri a lancé un appel direct aux Tunisiens résidant à l’étranger contre lesquels des procès-verbaux douaniers ont été établis. Il les a invités à engager sans délai une procédure de conciliation électronique, désormais disponible sur le site officiel de la douane tunisienne.
Le porte-parole a expliqué que cette démarche permet aux personnes concernées de régler leur situation à distance, en remplissant un formulaire en ligne. Il a insisté sur la nécessité de vérifier l’exactitude des données, en particulier le numéro du procès-verbal (et non celui du dossier), la date, le service émetteur, ainsi que l’adresse e-mail et le numéro de téléphone.
Il a par ailleurs averti que tout dépassement du délai légal de trois mois sans régularisation entraîne la transmission du dossier à la justice. Les intéressés risquent alors d’être placés sous le coup de poursuites judiciaires, avec des amendes alourdies et, dans certains cas, des peines d’emprisonnement.
« Les résultats en matière de stupéfiants, de devises et de lutte contre la contrebande sont le fruit du travail et des sacrifices de nos agents, de jour comme de nuit », a conclu Chokri Jabri, adressant ses vœux aux équipes à l’approche de la fête de la Douane, le 6 décembre.
M.B.Z










