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Yassine Mami : l’État ruine ses propres partenaires, les entrepreneurs

Par Nadya Jennene

Le député Yassine Mami a tiré la sonnette d’alarme sur la crise de confiance croissante entre les entreprises tunisiennes et l’État. Autrefois avides de collaborer sur les projets publics, les entrepreneurs se détournent désormais des appels d’offres à cause des retards de paiement et de la lourdeur administrative, selon le parlementaire.

« Les entrepreneurs se précipitaient autrefois pour participer aux appels doffres publics, quil sagisse de construire une école, daménager une route ou même de réparer un ascenseur dans un hôpital », a rappelé le député dans son intervention, lors de la plénière du mercredi 12 novembre 2025. « Même avec une marge bénéficiaire faible, ils acceptaient parce quils savaient que largent de l’État était garanti et quils seraient payés à temps », a-t-il ajouté en s’adressant à la ministre des Finances, Michket Slama Khaldi.

Mais ce temps-là semble révolu. Aujourd’hui, les appels d’offres lancés par les ministères et les établissements publics ne trouvent plus preneur. « L’État publie des appels doffres sur TUNEPS, ils restent affichés pendant des semaines sans quaucune entreprise ne participe. Pourquoi ? Parce que l’État ne paie plus les entrepreneurs ni les fournisseurs à temps », a-t-il déploré.

Selon Yassine Mami, les retards de paiement s’étendent désormais sur « des mois, voire des années », mettant en péril l’équilibre financier de nombreuses sociétés. « Des entreprises se sont retrouvées étranglées, dautres ont fait faillite à cause de la lenteur de ladministration et du manque de liquidités publiques », a-t-il insisté.

Le député a averti la ministre des Finances du risque d’un effondrement complet du système des marchés publics : « Si cette situation continue, demain, quand l’État lancera un appel doffres, personne ny participera. » Il a ajouté : « Les entreprises qui ont travaillé avec l’État ont été ruinées, et celles qui y pensent encore préfèreront traiter avec le secteur privé, où les paiements sont rapides et garantis. »

Appelant la ministre à plus d’équité, il a déclaré : « De la même manière que l’État sempresse de rembourser les banques et les institutions étrangères, il devrait se soucier autant de payer lentrepreneur tunisien, le jeune porteur de projet et les entreprises locales. »

Fraude fiscale : des milliards de dinars non déclarés

Le parlementaire a également salué le travail de la brigade de recherche et de lutte contre la fraude fiscale, tout en réclamant un suivi concret. Il a révélé, à l’occasion, que les descentes récentes de cette unité dans plusieurs secteurs avaient mis au jour « 1 800 milliards (1,8 milliard de dinars, ndlr) de chiffre daffaires non déclaré dans la fabrication et le commerce de lalcool et de la bière, dont près de 1 000 milliards (1 milliard de dinars, ndlr) pour une seule grande entreprise ».

Dans le domaine du commerce électronique, « les services de contrôle ont découvert 1 700 milliards (1,7 milliard de dinars, ndlr) de transactions non déclarées ». Plus inquiétant encore, « 7 569 personnes physiques travaillent dans ce domaine sans patente, totalement inconnues de ladministration fiscale », selon le député.

Cependant, il a insisté sur la nécessité d’une réforme en profondeur du système fiscal. « Ces chiffres montrent quil existe en Tunisie une grande opacité fiscale : les gens ne déclarent pas correctement et la législation est trop compliquée. »

S’adressant directement à la ministre, il a demandé : « Quelles mesures allez-vous prendre pour que ces entreprises et ces personnes commencent à déclarer correctement ? »

Entre contrôle et incitation

S’il reconnaît l’importance du contrôle et des sanctions, le député estime qu’il faut aller plus loin en simplifiant la déclaration et en instaurant un climat de confiance. « Le contrôle et la sanction sont nécessaires, certes, mais il faut aussi comprendre pourquoi ces personnes déclarent mal, et leur simplifier les démarches pour quelles puissent faire leurs déclarations dans les règles », a-t-il expliqué.

Il a souligné que la réussite d’un État social dépend avant tout de sa capacité à soutenir l’investissement et la création de richesse. « Nous parlons dun État social, mais un État social ne peut réussir sans être aussi un État qui encourage linvestissement et la création de valeur », a-t-il martelé.

Selon lui, la Tunisie souffre encore de lois « obsolètes et rétrogrades » qui freinent la dynamique économique. « Comment créer de la richesse aujourdhui, Madame la ministre, alors que nous avons encore des lois dépassées ? » a-t-il lancé.

Pour lui, le diagnostic économique est connu de tous, mais il manque une véritable traduction en actes. « Tout le monde partage le même constat, mais nous n’avançons pas. Voilà la véritable défaillance de notre politique économique », a-t-il conclu.

N.J.

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