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Dhafer Sghiri : le ministère des Finances ne peut pas rester un simple ministère de l’impôt

Par Myriam Ben Zineb

Le député Dhafer Sghiri est revenu, jeudi 13 novembre 2025 sur les ondes d’Express FM, sur les débats houleux autour du budget du ministère des Finances et du projet de Loi de finances 2026. Selon lui, la séance plénière consacrée au budget du département a été largement déviée vers une discussion de fond sur la situation économique du pays, révélant de profondes inquiétudes.

Il a expliqué que la séance, qui devait porter exclusivement sur le budget du ministère, s’est transformée en débat général sur la Loi de finances, l’état des finances publiques et l’absence de mesures concrètes pour relancer l’investissement, soutenir la classe moyenne ou restructurer les institutions d’investissement régionales. Les interventions des députés des deux chambres ont dépassé la centaine, témoignant de l’ampleur des interrogations sur la vision économique du gouvernement.

Un projet jugé incomplet

Le député rappelle qu’une réunion préparatoire a eu lieu avec la ministre des Finances, qui a présenté les grandes lignes du texte et insisté sur le rôle social de l’État. Toutefois, au sein de la commission des finances, le constat est unanime : le projet reste incomplet.

Il manque de clarté, de détails et nécessite de nombreuses modifications, affirme-t-il. Il indique qu’une réunion s’est tenue afin de mieux organiser l’examen des amendements et éviter le chaos de l’année dernière, lorsque plus de cent propositions avaient été déposées à la dernière minute. La ministre se serait montrée ouverte à l’intégration d’amendements jugés raisonnables, une attitude saluée par les élus.

BCT, fiscalité, entreprises publiques : les sujets sensibles

Plusieurs articles devraient susciter de longs débats. Dhafer Sghiri cite notamment le recours à la Banque centrale à hauteur de onze milliards de dinars, pour lequel il réclame des critères précis, une étude d’impact et un engagement clair sur les limites de ce mécanisme. Il évoque aussi l’article prévoyant que les augmentations salariales dans le public et le privé seraient fixées par décret, s’interrogeant sur la pertinence d’extraire ce volet du texte législatif.

Il remarque également que seules certaines entreprises publiques en difficulté bénéficient de mesures d’allègement, alors que d’autres, tout aussi fragilisées, en sont exclues. Il s’interroge sur la possibilité d’étendre ces dispositifs à des entreprises privées souffrant elles aussi de dettes, de pénalités ou de blocages administratifs.

Le député revient aussi sur le retard du code des changes, considérant qu’en l’absence d’un nouveau texte, certaines dispositions comme l’ouverture de comptes en devises pourraient être introduites directement dans la Loi de finances. Il questionne, enfin, la logique de certaines mesures fiscales et douanières, comme celles concernant les panneaux solaires, les véhicules électriques ou encore les 35 millions de dinars destinés aux sociétés communautaires, dont l’affectation et l’impact demeurent incertains.

Un calendrier serré jusqu’au 10 décembre

Les auditions des organisations professionnelles, institutions et acteurs économiques se poursuivront jusqu’à samedi. À partir de lundi, la commission des finances passera à l’examen de la loi article par article, tandis que la plénière poursuivra l’étude des budgets sectoriels.

La Constitution impose l’adoption du budget et de la Loi de finances avant le 10 décembre. Selon Dhafer Sghiri, les travaux pourraient entrer en plénière au moins une semaine avant l’échéance.

« La relance économique est la priorité absolue »

Pour le député, la tâche essentielle est de restaurer la confiance dans l’économie tunisienne. Il estime que le ministère des Finances doit changer de philosophie. Aujourd’hui, dit-il, c’est devenu un ministère de l’impôt, alors que la politique financière d’un État ne se limite pas à la collecte de l’impôt. Il appelle à des idées nouvelles, créatives, capables de relancer la dynamique économique.

Il met également en garde contre certaines mesures susceptibles de décourager l’investissement et l’épargne, comme l’impôt sur la fortune, qui selon lui a échoué dans plusieurs pays et poussé les capitaux à fuir ailleurs.

Dhafer Sghiri conclut en appelant à une réflexion de long terme, inspirée d’expériences comparées, et à l’abandon des politiques qui ont déjà démontré leurs limites ailleurs.

M.B.Z

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