Le tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines de prison fermes et de fortes amendes à l’encontre de plusieurs figures politiques et économiques, dont l’ancien ministre de l’Industrie Slim Feriani et l’ex-député et homme d’affaires Lotfi Ali, dans le cadre de l’un des volets les plus médiatisés du dossier de corruption au sein de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG).
Selon la décision rendue, apprend Business News vendredi 14 novembre 2025 de sources proches du tribunal, six accusés ont été reconnus coupables d’abus de pouvoir, de violation des règles des marchés publics ou encore de falsification de documents officiels.
Slim Feriani a écopé de quatre ans de prison pour abus de pouvoir destiné à obtenir un avantage indu. Lotfi Ali a été condamné à trois ans de prison et à une amende de près de trois millions de dinars pour des contrats illicites portant sur le transport de phosphate, tandis que son frère, Mouldi Ali, gérant au sein d’une société de transport, a reçu la même peine assortie d’une amende équivalente.
Un ancien directeur général de la CPG a, lui aussi, été condamné à quatre ans de prison, auxquels s’ajoute une année supplémentaire pour faux matériel. L’ancien directeur général Romdhane Souaid a été acquitté, le tribunal estimant que les charges retenues contre lui n’étaient pas établies. Trois autres accusés ont été renvoyés devant une juridiction distincte.
Plusieurs anciens responsables au sein de la CPG et propriétaires de sociétés de transport ont été reconnus coupables et condamnés à des peines allant de trois à quatre ans de prison, ainsi qu’à des amendes atteignant deux millions de dinars chacun.
L’instruction, ouverte il y a plusieurs années, portait sur des contrats conclus entre 2013 et 2019 pour le transport du phosphate par camion. Les investigations ont révélé un système de transactions opaques, de détournements de fonds et de favoritisme au profit des sociétés appartenant à Lotfi Ali et à son frère.
Le ministère public avait basé son réquisitoire sur l’article 96 du Code pénal, relatif à l’abus de pouvoir d’un fonctionnaire public. Selon les estimations des autorités, le préjudice pour l’État s’élève à 70 millions de dinars, un montant colossal pour une entreprise publique déjà fragilisée.
Face à l’ampleur des faits et au nombre de protagonistes impliqués, le dossier a été scindé en quatre affaires distinctes. Certaines ont déjà été tranchées, notamment celles réglées par réconciliation pénale après remboursement des fonds détournés. D’autres sont toujours en cours devant la justice.
N.J











2 commentaires
Gg
On comprend bien que les 14.000T de déchets toxiques rejetées chaque jour dans la nature ne sont pas la préoccupation première de ces gens.
C’est doublement criminel, parce que cela donne raison à Saied lorsqu’il répète en boucle « corruption, corruption… ».
HatemC
L’affaire CPG — symptôme d’un pays où servir l’État rime trop souvent avec se servir de l’État …
C’est révélateur d’un mal profond, ancien, systémique et malheureusement toujours actif : en Tunisie, l’État a trop longtemps été un butin, pas une mission.
On comprend parfaitement pourquoi le phosphate tunisien décline, pourquoi la CPG s’étouffe, pourquoi la région de Gafsa crève et pourquoi l’État agonise.
Les mêmes personnes chargées de protéger le pays le pillent méthodiquement.
La question n’est pas : “Pourquoi ce pays n’avance pas ?”
La vraie question est :
Comment avancer quand ceux qui devraient construire passent leur temps à détruire ?
Y a-t-il encore des Tunisiens qui servent réellement leur pays ?
Oui — mais ils sont minoritaires, marginalisés, invisibles, parfois écrasés.
des juges intègres, comme Ahmed Souab ;
des fonctionnaires honnêtes ;
des chercheurs brillants ;
des entrepreneurs qui innovent malgré l’État ;
des journalistes courageux ;
des associations qui se battent.
Mais ils se retrouvent dans un système conçu pour favoriser les prédateurs, pas les serviteurs de l’État … HC