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Jaouhar Ben Mbarek appelle ses compagnons à suspendre leur grève de la faim

Par Myriam Ben Zineb

Le détenu politique Jaouhar Ben Mbarek a adressé, lundi 17 novembre 2025, un message à ses compagnons de lutte, Issam Chebbi, Abdelhamid Jelassi et Ridha Belhaj, les exhortant à suspendre leur grève de la faim.

Dans une lettre écrite depuis sa cellule, il les salue comme des « résistants à l’injustice et à la tyrannie », tout en soulignant l’écho positif que leur mobilisation a suscité en Tunisie et à l’étranger. Parvenu à son vingtième jour de grève, il estime qu’il est temps « d’ajuster les formes de lutte » pour éviter des dommages irréversibles et appelle ses camarades à arrêter leur jeûne protestataire pour préserver leurs forces.


Une dégradation continue de l’état de santé de Jaouhar Ben Mbarek


Cet appel est intervenu alors que son propre état de santé connaît une nouvelle détérioration. L’avocate et sœur du détenu, Dalila Ben Mbarek Msaddek, a décrit, ce matin, une situation médicale « de plus en plus alarmante ». Elle affirme l’avoir vu après son retour tardif de l’hôpital, expliquant que son état s’était fortement aggravé la veille au matin, nécessitant un transfert urgent. Selon elle, son état se détériore « jour après jour », malgré sa détermination à poursuivre sa grève.


Multiples hospitalisations et symptômes graves


La veille, elle avait déjà signalé son admission au service des maladies internes de l’hôpital universitaire de Nabeul, sans que la famille n’obtienne d’informations précises. Plus tôt dans la semaine, un premier transfert avait eu lieu après des analyses révélant une substance toxique au niveau des reins, signe d’un début de rhabdomyolyse due à une déshydratation sévère. Malgré une prise en charge médicale, le détenu aurait refusé tout apport nutritif et présenterait des symptômes sévères : difficultés à marcher, troubles du langage, insomnies et perte rapide de poids. Son avocate a toutefois réussi à le convaincre de boire au moins un litre d’eau par jour.


Accusations de violences en prison et enquêtes ouvertes


La défense de Jaouhar Ben Mbarek affirme qu’il a été violemment agressé à la prison de Belli. Transféré à l’hôpital régional de Nabeul, il aurait subi des examens confirmant contusions et traces de coups, ce qui a poussé un médecin à suspecter un acte de torture et à ordonner son hospitalisation. Une enquête judiciaire et une enquête administrative ont été ouvertes. Parallèlement, la défense dénonce des pressions sur les avocats et des restrictions imposées aux visites, ce que l’Ordre des avocats condamne fermement.


Les autres détenus poursuivent aussi leur grève


En parallèle, plusieurs détenus politiques, dont Issam Chebbi et Ridha Belhaj, poursuivent leur grève de la faim pour dénoncer la nature de leurs procès dans l’affaire dite de « complot contre la sûreté de l’État ». Dans une lettre publiée le 13 novembre, Issam Chebbi a dénoncé une « manipulation de l’opinion publique » par l’administration pénitentiaire, qui nie l’existence des grèves et minimise la dégradation de l’état des détenus concernés.


L’administration pénitentiaire et la ministre de la Justice réfutent les accusations


Le Comité général des prisons dément l’ensemble des accusations, conteste l’existence de grèves de la faim et assure qu’un suivi médical « permanent » est assuré. Lors de la séance plénière du 15 novembre 2025 consacrée au budget de la Justice, la ministre Leïla Jaffel a adopté un ton ferme face aux députés l’interrogeant sur ces cas. Elle a dénoncé une « campagne infondée » et assuré que les détenus continuent de se nourrir, parfois « moitié moitié ». Elle a également relativisé l’impact de ces mouvements sur les procédures judiciaires, accusant ses détracteurs de vouloir « nuire au pays sans résultat ».


Une lettre pour éviter le drame


Dans ce climat tendu, la lettre de Jaouhar Ben Mbarek apparaît comme une tentative de prévenir un engrenage dramatique tout en maintenant la pression sur les autorités. Il y réaffirme sa détermination à poursuivre la lutte jusqu’au « jour où nous récupérerons notre liberté et nos droits », tout en appelant ses compagnons à préserver leurs forces pour les prochaines étapes du combat.

L’audience en appel dans l’affaire dite de complot contre la sûreté de l’État a de nouveau été reportée au 27 novembre 2025. La séance, exceptionnellement ouverte aux journalistes et représentants diplomatiques, a été marquée par plusieurs points de tension.

Les accusés ont refusé de comparaître à distance, tandis que la défense a insisté pour faire consigner que Jaouhar Ben Mbarek était hospitalisé, contredisant la version de l’administration pénitentiaire. Les avocats ont aussi déposé une demande de récusation du président de la cour, invoquant des soupçons pesant sur le magistrat et une possible intervention de la ministre de la Justice dans sa désignation.

La contestation du procès à distance est demeurée centrale. La défense estime qu’il ne garantit pas un procès équitable, et les familles dénoncent une volonté d’écarter les détenus de l’espace public.

M.B.Z

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