Le parti Al Jomhouri a publié, le 20 novembre 2025 sur sa page Facebook, un communiqué revenant sur la réunion de son bureau politique tenue la veille, le 19 novembre, dans un contexte marqué selon lui par une aggravation de la crise politique et sociale et par une centralisation excessive du pouvoir entre les mains du président de la République.
Dans ce communiqué, le parti affirme que la situation actuelle entraîne un « mécanisme inédit d’isolement » entre le système politique en place et une large partie des acteurs civils et politiques opposés à sa gestion du pays. Le bureau politique dresse un diagnostic sévère de la gouvernance actuelle, qu’il décrit comme improvisée, autoritaire et déconnectée des priorités économiques et sociales.
Le parti pointe notamment l’incapacité de l’État à couvrir les dépenses de fonctionnement et d’investissement, ce qui conduit, selon lui, à des décisions contradictoires, particulièrement en matière d’endettement extérieur et dans la rupture unilatérale avec le Fonds monétaire international, sans alternative crédible. Cette politique, estime-t-il, accentue le recours à des financements coûteux et remet en cause le discours officiel sur l’autosuffisance des ressources, tout en ouvrant la voie à des concessions préjudiciables à la souveraineté nationale dans le cadre des négociations avec l’Union européenne.
Al Jomhouri dénonce également la gestion du dossier de la lutte contre la corruption, qualifiée de nécessaire mais menée sans stratégie claire et avec des méthodes coercitives, notamment via la pression exercée sur les hommes d’affaires et l’utilisation du mécanisme du « réconciliation pénale » sans transparence. Le parti estime que ces pratiques ont fragilisé plusieurs secteurs économiques, dont celui de l’huile d’olive.
Le communiqué revient aussi sur la situation à Gabès, marquée par une crise environnementale et sanitaire persistante, aggravée selon le parti par une réponse sécuritaire jugée répressive face aux protestations, suscitant une large vague de solidarité nationale.
Sur le plan politique, Al Jomhouri déplore l’élargissement des procès qualifiés de politiques, les lourdes condamnations visant des personnalités accusées de complot, ainsi que les poursuites visant militants associatifs, blogueurs et journalistes. Il fustige par ailleurs la tenue de procès à huis clos, qu’il interprète comme une tentative de dissimulation, et évoque l’entrée en grève de la faim de Jaouhar Ben Mbarek, soutenu par plusieurs détenus, pour dénoncer ces pratiques et ce qu’il décrit comme une gestion « inhumaine » de la ministre de la Justice.
Le parti critique en outre le non-respect par le gouvernement de plusieurs engagements pris avec les organisations sociales, notamment l’UGTT et les représentants des jeunes médecins, ce qui a conduit à une multiplication des grèves et mouvements de protestation.
Face à ce qu’il qualifie d’« effondrement continu des fondements de l’État », Al Jomhouri met en garde contre des fractures internes touchant même les institutions au pouvoir, du gouvernement à la présidence du Parlement, jusqu’à l’entourage du chef de l’État.
Le parti salue le « combat héroïque » mené par plusieurs personnalités politiques – dont son secrétaire général Issam Chebbi – ayant observé une grève de la faim pour dénoncer les arrestations jugées arbitraires et la restriction des libertés. Tout en se félicitant de la suspension de cette grève par Issam Chebbi, Abdelhamid Jelassi, Ridha Belhaj et Rached Ghannouchi, le parti appelle Jaouhar Ben Mbarek à y mettre fin pour préserver son intégrité physique.
Al Jomhouri exige la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et d’opinion, l’arrêt des procès jugés iniques et la fin de l’instrumentalisation de la justice. Il appelle également au lancement d’un dialogue national incluant organisations, partis et acteurs sociaux pour définir une feuille de route contraignante.
Le parti exprime son soutien aux habitants de Gabès, aux jeunes médecins, aux journalistes et à toutes les professions mobilisées pour défendre leurs droits. Il insiste sur l’urgence de changer de cap économique en adoptant un plan de relance transparent, participatif et garant de la souveraineté nationale.
Enfin, Al Jomhouri appelle l’ensemble des forces politiques et sociales à s’unir pour former une large coalition nationale contre la dérive autoritaire qu’il attribue au pouvoir en place. Il invite ses sympathisants à participer massivement à la marche prévue le 22 novembre 2025 sous le slogan « Marche contre l’injustice », présentée comme une étape clé pour redonner souffle à l’espace public et réaffirmer les aspirations légitimes des citoyens à la liberté, à la dignité et à une vie saine.
S.F










