C’est maintenant presque acquis, le gouvernement tablerait sur une croissance économique au taux de 2,6% en 2025, actant de la sorte son impossibilité d’atteindre l’objectif initialement fixé de 3,2% de croissance en année pleine.
Cependant, il faut bien avouer que 2,6% demeure une sacrée performance dans la mesure où une telle hausse n’a pas été enregistrée depuis 2010, hormis l’année 2012 avec les recrutements massifs dans l’administration et les entreprises publiques, et l’année 2021 qui a affiché une reprise technique suite à l’effondrement de la croissance durant la pandémie du Covid en 2020.
Une croissance oui, mais…
Il ne faut pas oublier que cette croissance n’a pas suffi à satisfaire l’ensemble de la demande intérieure. Celle-ci n’a pu être comblée qu’au prix d’un creusement préoccupant du déficit du solde de nos échanges extérieurs. De plus, cela n’a pas suffi à booster l’investissement, comme cela fut constaté ici même il y a quelques semaines.
Plus encore, cela n’a pas suffi à dynamiser l’emploi. Les dernières données trimestrielles de l’emploi publiées par l’Institut national de la statistique (INS) ne sont pas pour réjouir. Loin de là, car certaines d’entre elles posent de véritables questionnements.
Généralement, le troisième trimestre de l’année se caractérise en matière d’emploi par trois phénomènes : une période atypique pour les embauches avec le ralentissement général de l’activité ; ralentissement qui est compensé par une forte saisonnalité des emplois ; et un rebond perceptible à la rentrée de septembre avec notamment l’arrivée de jeunes diplômés sur le marché du travail, outre le fait que l’on constate un reflux des saisonniers vers une recherche active d’emploi ou une intensification de la recherche d’emploi après une saison de farniente. Une situation qui n’est pas sans effet sur l’évolution de la population active durant ce trimestre.
Des statistiques d’emploi désarmantes
Or chez nous, celle-ci est très singulière. D’une année à l’autre, l’évolution de la population active de ce troisième trimestre enregistre des variations hiératiques par rapport au trimestre qui le précède. En 2021, la population active au 3e trimestre a diminué de 9.000 personnes par rapport au 2e trimestre de la même année. Au contraire, en 2022, cette population active a augmenté de 12.000 personnes durant le 3e trimestre par rapport au trimestre qui le précède. En 2023, la population active a perdu 64 000 personnes durant le 3e trimestre en glissement trimestriel. En 2024, elle en a gagné 33 000 et en 2025, elle en a perdu un millier. Franchement curieux ce mouvement en yoyo d’une année à l’autre.
En tout cas, les constats demeurent les mêmes d’un trimestre à l’autre. Le taux d’emploi est toujours aussi faible. Moins de la moitié de la population en âge de travailler bénéficie d’un emploi ou est à la recherche d’un emploi au cours du 3e trimestre 2025. En variation trimestrielle, la population active enregistre aussi un recul qui n’a pas réussi à juguler la montée du taux de chômage en général : 15,4%, celui des jeunes âgés de 15 à 24 ans : 40,1% et celui des diplômés : 24,9%.
L’autre réalité du chômage
Avec ça, l’INS ne dévoile pas tout sur la réalité de l’emploi et du chômage. Car les statistiques du chômage ne sont pas celles-là si l’Institut avait changé sa méthode de calcul comme l’a recommandé la 19e Conférence internationale des statisticiens du travail relevant de l’Organisation internationale du travail (OIT). Celle-ci a profondément révisé les concepts internationaux liés au travail et à l’emploi. Elle a introduit une séparation claire entre « travail » et « emploi » en définissant le travail comme toute activité productive, rémunérée ou non, tandis que l’emploi est limité « au travail exercé contre rémunération ou pour profit ». La Tunisie fut d’ailleurs désignée comme pays pilote parmi d’autres pays à engager une telle modification de la base de calcul de l’emploi et du chômage.
L’INS a introduit ce changement à l’occasion du Recensement général de la population et de l’habitat 2024 (RGPH 2024), mais pas dans l’enquête emploi du 3e trimestre, ni du deuxième, ni du premier alors qu’une mise à jour s’imposait pour des raisons de comparabilité. Ainsi, le RGPH qui couvre pratiquement le 4e trimestre 2024 affiche un taux de chômage de 17,2%, alors que les enquêtes emploi du 1er, 2e et 3e trimestre 2025 enregistrent un taux de chômage respectif de 15,7%, 15,3% et 15,4%. Oubli, paresse ou volonté délibérée ?











5 commentaires
Mhammed Ben Hassine
[un taux de chômage respectif de 15,7%, 15,3% et 15,4%. Oubli, paresse ou volonté délibérée ?]
Comme bon tun loyale je vote OUBLI….!
Mhammed Ben Hassine
Mr Houssine
Peut être qu’on assiste à la naissance d’une nouvelle théorie économique qui sait espérons le
Croissance sa croissance d’emplois
zaghouan2040
Comme d’habitude Si Houcine vos articles sont d’une très grande qualité
Il y a évidemment manipulation des chiffres comme en témoigne les incohérences indécentes que vous avez mentionné
Mais la gravité du taux de chômage réel semble être autrement plus accablante pour ce régime que ne le croit la majorité de cette population ignare et nonchalante
Dans certaines zones comme Sidi Bouzid Kebili Bouhajla Sidi Hassine Hrairia etc….le taux de chômage de l’ensemble de la population active dépasse certainement les 35% tandis que le taux de chômage des diplômes universitaires dépasse les 50%
Rationnel
La croissance sans emploi représente un défi mondial majeur. Aux États-Unis, les dépenses liées aux infrastructures d’IA ont contribué à hauteur de 90 % à la croissance du PIB, ces investissements créent peu d’emplois. La majorité des capitaux est allouée à l’achat de serveurs NVIDIA et à la construction de centres de données (data centers) dédiés à l’intelligence artificielle et les centrales electriques pour les alimenter.
On constate un schéma similaire en Tunisie. Au cours des neuf premiers mois de 2025, les investissements étrangers ont augmenté de 28,1 % par rapport à la même période en 2024, atteignant un total d’environ 2,59 milliards de dinars. Les investissements dans le secteur de l’énergie ont bondi de 43 % pour atteindre 689,4 millions de dinars et rpresente la majorite de la croissance. Le site chatGPT est devenu l’un des populaires en Tunisie avec une croissance de plus de 204% en une annee. L’intelligence artificielle et l’energie sont les deux secteurs qui vont accaparer la majorite des investissments, le premier reduit l’emploi.
jamel.tazarki
L’article ci-dessus aborde implicitement la question du financement des caisses de la Sécurité sociale (maladie, retraite, accidents du travail, prestations familiales, etc.). Celles-ci sont en effet principalement financées par des cotisations sociales prélevées sur les salaires, dont une part est payée par l’employeur et une autre par le salarié. L’État participe également à ce financement. Les politiques publiques doivent donc s’attaquer au chômage structurel et conjoncturel ainsi qu’aux défaillances du marché du travail afin de financer ces caisses.
Ce n’est pas l’endettement abusif qui résoudra les problèmes socio-économiques de la Tunisie, mais des décisions intelligentes et transparentes.