Le professeur et expert en économie, Moez Hadidane, est revenu, mardi 25 novembre 2025, sur les derniers chiffres publiés par la Banque centrale de Tunisie (BCT) concernant la chute historique du chèque et l’envolée spectaculaire des traites comme moyens de paiement télécompensés sur les neuf premiers mois de l’année 2025. Il s’exprimait au micro de Myriam Belkadhi dans l’émission « Midi Express » sur Express FM.
Selon Hadidane, les chiffres des neuf premiers mois de 2025 témoignent d’une transformation majeure du système de paiement tunisien : le nombre de chèques a chuté d’environ 68%, tandis que celui des traites a bondi de 161%. Pour l’expert, ces évolutions, bien que spectaculaires, étaient prévisibles, la mise en œuvre du nouveau cadre légal sur les chèques ayant profondément modifié les comportements des acteurs économiques.
Traites : un recours massif après la réforme du chèque
Selon Moez Hadidane, la traite est devenue « la seule voie d’échange différé » pour les transactions commerciales depuis l’application du nouveau dispositif juridique sur les chèques. Cette dynamique explique l’explosion de son usage.
Les traites sont passées de 1,3 million durant les neuf premiers mois de 2024 à 9,4 millions sur la même période en 2025, soit une hausse de 161%.
En valeur, leur montant global grimpe de 25 milliards de dinars à quarante milliards de dinars, soit +59%.
Cette progression place, pour la première fois, la valeur totale des traites au même niveau que celle des chèques : environ quarante milliards de dinars chacun sur les neuf premiers mois de l’année. Mais, en comparaison avec 2024, l’ampleur du basculement est spectaculaire : les chèques représentaient encore 95 milliards de dinars, contre quarante milliards seulement en 2025, soit une chute de 68%.
Ainsi, détaille Hadidane, le chèque perd 55 milliards de dinars de transactions tandis que les traites en gagnent 15 milliards, ce qui conduit à une baisse globale de 15,5 milliards de dinars de l’ensemble des opérations de paiement télécompensées.
Un système de paiement qui se rétracte globalement
Hadidane insiste : l’ensemble des méthodes de paiement officielles enregistrent une diminution de volumes.
La baisse atteint –15,5 milliards de dinars sur l’ensemble des moyens de paiement formels.
Une partie de cette contraction s’explique par un basculement vers le cash.
L’autre partie reflète un ralentissement des achats, des retards ou l’annulation de transactions commerciales.
Les conséquences sont lourdes, notamment pour les entreprises. De nombreuses petites structures utilisaient le chèque comme outil de financement de trésorerie pour acquérir des marchandises ou régler des salaires. Avec la disparition de ce levier, les entreprises n’ayant pas accès facilement au crédit bancaire se retrouvent en difficulté, certaines même en situation critique.
Un déplacement massif du problème : des chèques impayés… vers les traites impayées
Hadidane note une transformation profonde mais inquiétante : la problématique des impayés ne disparaît pas, elle se déplace.
Le taux de retour impayé des chèques passe de 2,4% en 2024 à 4% en 2025.
En valeur, les chèques impayés chutent de 2,6 milliards de dinars en 2019 à 1,6 milliard en 2025.
Le taux de retour impayé des traites dépasse désormais 8%.
La valeur des traites impayées bondit de deux milliards de dinars à 3,5 milliards sur les neuf premiers mois de 2025.
Sur l’ensemble de l’année 2025, la valeur totale des traites impayées dépassera pour la première fois celle des chèques impayés.
Hadidane résume : « Nous avons simplement déplacé le problème : ce qui se trouvait dans les chèques se retrouve désormais dans les traites. »
D’un point de vue économique et juridique, ce constat justifie, selon lui, la nécessité d’adapter également le cadre légal des traites, car 3,5 milliards de dinars de traites impayées pèsent aujourd’hui directement sur les entreprises.
Le ralentissement de l’économie est réel
Pour l’expert, la baisse de quinze milliards de dinars des transactions formelles montre que nombre d’entreprises n’achètent plus ou diffèrent leurs engagements, ce qui ralentit la chaîne économique.
Il estime que le secteur du commerce — historiquement l’un des moteurs de l’économie — a nettement freiné : alors qu’il réalisait traditionnellement des croissances supérieures à la moyenne nationale, il stagne désormais autour de 1,2%, contribuant au ralentissement général.
De petits commerces ferment ou réduisent leur activité, incapables de s’adapter au nouveau régime du chèque et dépourvus de moyens alternatifs de financement.
I.N.












