Par Mohamed Salah Ben Ammar*
Le 22 novembre 2025 restera dans la mémoire comme le jour où la Tunisie a repris sa voix. Mais il ne s’agit plus de l’élan habituel impulsif : c’est la lucidité d’une société qui réalise que l’heure est grave. Ce n’est pas encore une révolution, mais un moment de prise de conscience collective : le pays est à un carrefour, et la protection de la nation de la politique aventureuse et désordonnée suivie impose la mobilisation de tous patriotes. Le dépassement des divergences n’est plus une option.
Une mobilisation qui transcende les clivages
Des milliers de Tunisiens ont marché ensemble : jeunes et moins jeunes, femmes et hommes, syndicalistes, avocats, journalistes, militants de gauche, du centre, islamistes, féministes, écologistes, étudiants, retraités… Cette diversité témoigne d’une unité nouvelle. Elle ne repose ni sur la haine ni sur l’émotion brute, mais sur une conscience partagée de ce qui menace la Tunisie : la fragilisation des institutions, la concentration des pouvoirs, l’affaiblissement des droits fondamentaux, l’absurdité des projets annoncés et heureusement jamais réalisés, la futilité des résultats économiques, sociaux, politiques obtenus au cours des six dernières années, le désordre, le chaos et la confusion dans la justice, l’administration et le monde des affaires, ou encore l’agitation vaine de notre diplomatie — en un mot, le vent de folie qui souffle sur le pays.
Devant les catastrophes qui nous menacent tous sans exception, les divergences idéologiques ne constituent plus un obstacle insurmontable. La responsabilité nationale, le souci du bien commun et la protection des libertés permettent de dépasser les différences idéologiques. Cette maturité politique naissante est la véritable force de la mobilisation : elle montre que le peuple tunisien, et notamment la jeunesse, peut se rassembler pour défendre des principes, et non pour suivre des slogans creux et insignifiants.
Une urgence tangible
La gravité de la situation est palpable : le pouvoir actuel concentre les leviers de l’État, manipule les institutions et fragilise la justice. Les résultats de cette politique sont désastreux. L’immobilisme serait coûteux, et le désintérêt de la communauté internationale accroît encore la responsabilité des citoyens.
Dans cette configuration, les motivations des manifestants dépassent le simple rejet du pouvoir. À Gabès, on s’insurge contre la pollution qui tue ; à Sfax, contre la vie chère et l’appauvrissement des familles ; ailleurs, pour défendre des droits sociaux et civiques menacés, la liste est longue. Ces revendications, concrètes et vitales, traduisent une conscience citoyenne claire : la démocratie ne se limite pas au vote. Elle se vit chaque jour, dans la liberté de critiquer, dans la sécurité de vivre, dans la capacité à dépasser nos désaccords et dans la possibilité de construire ensemble un avenir digne.
Une dynamique fragile mais prometteuse
Cette mobilisation n’est pas encore une révolution. Elle ne cherche pas à renverser un régime dans la précipitation. C’est une prise de conscience nationale : celle d’une population qui comprend que la liberté et les institutions sont indispensables et qu’elles peuvent se perdre si elles ne sont pas protégées.
Si cette mobilisation parvient à se structurer, si la société civile transforme la colère et l’inquiétude en programme commun et en actions concrètes, alors cette dynamique pourrait devenir décisive. La Tunisie pourrait alors avancer vers une protection durable de ses acquis démocratiques, sans se laisser emporter par des politiques aventureuses et folkloriques qui mettent en péril le pays.
L’appel silencieux de la nation
Le 22 novembre 2025 n’est pas le début d’une révolution. C’est l’alerte d’un peuple conscient que le temps presse. C’est le signal qu’en Tunisie nous sommes encore capables de nous rassembler, de réfléchir et d’agir avec responsabilité quand l’intérêt supérieur de la nation est menacé.
Dans cette maturité naissante réside l’espoir : une nation capable de protéger ses institutions, de transcender ses divisions et de préparer un avenir où la liberté, la justice et la dignité ne seraient plus menacées.
Le message est clair : l’heure est grave, mais il est encore possible de réagir. Il n’est jamais trop tard. Chaque Tunisien doit prendre conscience de sa responsabilité dans l’avenir du pays — et chacun peut, à son échelle, changer le cours des choses.
* Pr Mohamed Salah Ben Ammar MD – MBA











Commentaire
Fares
la démocratie ne se limite pas au vote. Elle se vit chaque jour
Cette interprétation erronée de la démocratie est la source de nos malheurs depuis 2011 et jusqu’à 2019 ( 2024 c’était autre chose puisqu’on a eu le droit à un festival de bassesse). Les politiciens considéraient leur victoire à des élections comme un chèque en blanc qui leur a été signé par les citoyens. J’espère que cette prise de conscience perdure surtout chez les jeunes.