C’était un mardi 25 novembre chargé sur l’agenda du président de la République qui a engueulé l’ambassadeur de l’Union européenne pour avoir rencontré Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’UGTT. Car en matière de souveraineté, la présidence de la République est toujours aux aguets.
Diplomatie et souveraineté : quand l’État fait la leçon aux ambassadeurs
L’affaire de complot contre l’État implique plusieurs ambassadeurs étrangers, qui n’ont pas été convoqués par contre. Bref, dans la foulée, le chef de l’État a reçu le nouveau patron de l’Afreximbank, élevée au rang de partenaire essentiel de la Tunisie. Il est vrai que c’est l’une des rares banques qui acceptent encore de financer directement le budget de l’État tunisien. Un appui budgétaire bienvenu même si l’on claironne partout que nous comptons sur nous-mêmes.
Il faut dire que l’Afreximbank nous le fait chèrement payer, que ce soit en termes de taux d’intérêt ou de dépôt de garantie. L’expert et professeur Sadok Rouai a expliqué les défauts d’un tel financement. Plusieurs experts dénoncent des taux d’intérêt élevés. Mais bon, la souveraineté n’a pas de prix, comme dirait Giorgia.
Les lobbies partout : du commerce aux poubelles
Mais loin de ces préoccupations concernant la politique étrangère et les finances publiques, le président s’est aussi occupé de problèmes plus proches de la réalité des Tunisiens : les poubelles et les déchets. C’est dans ce cadre que le président de la République a reçu le ministre de l’Intérieur. Dans le communiqué publié au milieu de la nuit, Kaïs Saïed s’est rappelé d’une campagne historique de nettoyage après les élections de 2019, autrement dit après les élections qui l’ont couronné président de la République. Et il paraît que cette campagne a été sabotée par des lobbies. Et puis ces lobbies agissent encore en Tunisie dans le but d’attiser les tensions. Il y en a partout de ces lobbies apparemment, même au niveau des poubelles et des déchets.
Il y a aussi des lobbies qui complotent contre l’État avec des appuis étrangers, il y a des lobbies dans le commerce et les circuits de distribution, il y en a d’autres dans l’administration dont la principale tâche est de retarder et entraver les projets publics, il y a des lobbies dans le sport et le football particulièrement chez les agents de joueurs, il existerait même des lobbies qui agissent sur le nom des tornades et des phénomènes météo. Et il n’est fait mention ici que des lobbies évoqués à un moment ou à un autre par le président de la République.
Déchets, municipalités et responsabilité : le vrai chantier tunisien
Donc, les lobbies des poubelles agissent en concert pour que les déchets et les poubelles ne soient pas levés comme il se doit. Le président de la République a dit que cette situation n’est ni naturelle ni innocente. Sur ce point, Kaïs Saïed a bien raison. Les municipalités, qui sont chargées entre autres choses, de la collecte des déchets et des poubelles, sont sans tête depuis la décision présidentielle de dissolution de tous les conseils municipaux, le 8 mars 2023. Cela fait donc plus de deux ans et demi que les municipalités sont gérées par des secrétaires généraux désignés par le ministère de l’Intérieur, justement.
Toutefois, il faut savoir que les prérogatives de ces secrétaires généraux ne couvrent pas toutes les activités de la municipalité et sont strictement encadrées par la loi. Ce qui revient à dire que la gestion des déchets, en l’absence de conseils municipaux élus, revient directement au ministère de l’Intérieur via les secrétaires généraux. Alors, entre sécurisation de l’espace public, lutte contre la migration clandestine, contrôle des circuits de distribution, sécurisation des écoles et des lycées, lutte contre la drogue et autres responsabilités, il ne faut pas s’étonner de voir le dossier des déchets relégué au second rang. Pour ce qui est d’éventuelles élections municipales le flou est total. Le chef de l’État s’y est engagé et le statut des municipalités devrait être amendé. De son côté, l’Instance chargée des élections se dit prête à les organiser et préconise qu’elles se tiennent durant l’année 2026. Se posera certainement la question de savoir comment les conseils municipaux élus s’articuleront en présence des fameux conseils locaux, régionaux et de districts, qui eux sont chargés de « développement ».
D’un autre côté, il serait parfaitement légitime de se dire qu’au moins pour les poubelles, les choses devraient fonctionner normalement sans qu’il soit nécessaire que tout le matériel soit disponible, toujours selon le communiqué présidentiel. Toutefois, les choses ne fonctionnent pas de la sorte et il ne faut pas compter sur le sens des responsabilités dans plus de 360 municipalités à travers le pays. L’absence de politique claire et lisible en plus du flou qui entoure les municipalités et leur devenir ne sont pas des conditions de nature à favoriser le travail normal. Et puis, de toute manière, c’est bien plus commode d’accuser des lobbies et de charger le ministre de l’Intérieur de les combattre, plutôt que de se retrousser les manches et travailler concrètement sur le code des municipalités et sur les élections. Et puis, il faut avouer que c’est efficace comme excuse vu qu’une grande partie des Tunisiens pense aussi qu’il existe des lobbies partout. Cela correspond aussi à un trait largement présent chez les Tunisiens : ce n’est jamais de leur faute, c’est la faute aux autres.











Commentaire
zaghouan2040
Le blocage au niveau du fonctionnement des structures de gouvernance locale de l’ensemble du pays est en train de provoquer des dégâts silencieux mais extrêmement nuisibles a terme
Le travail de fond et les réformes nécessaires n’existent pas dans le réalité