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Grève de la faim : Jaouhar Ben Mbarek au bord du point de non-retour, alerte sa sœur

Par Imen Nouira

L’avocate Dalila Ben Mbarek Msaddek a lancé, mercredi 26 novembre 2025, un nouveau cri d’alarme concernant l’état de santé de son frère, le prisonnier politique Jaouhar Ben Mbarek, en grève de la faim depuis près d’un mois. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, elle décrit une situation « extrêmement grave » et confie ne plus reconnaître son frère, profondément affaibli physiquement et moralement.

« Il ne veut pas arrêter la grève » : un état de santé alarmant

Elle explique s’être rendue à la prison de Belli pour lui rendre visite : « Il était très fatigué et son état s’est de nouveau détérioré. Il a été transporté à nouveau à l’hôpital hier. » Selon elle, tous ses indicateurs de santé « sont dans le rouge ». Déshydraté, il ne parvient plus à boire normalement : « L’eau lui donne la nausée et il dégage une odeur comme celle de l’acétone. »

Malgré les risques vitaux, Jaouhar Ben Mbarek refuse de suspendre sa grève de la faim. Plusieurs avocats, dont Mohamed Abbou, lui ont rendu visite pour tenter de le convaincre d’y mettre un terme. En outre, des centaines de citoyens lui ont adressé des lettres pour l’encourager à arrêter son mouvement. En vain. Il considère n’avoir obtenu aucune réponse à ses revendications : « J’ai fait la grève pour que l’injustice soit levée. L’injustice n’a pas été levée. Pourquoi j’arrêterais alors ? »

À propos de l’audience prévue demain, il a déclaré : « Je ne vais pas assister à l’audience. Elle ne m’intéresse plus. » Selon sa sœur, il estime que la procédure n’a « plus aucun sens » et qu’il s’agit d’« une mascarade ».

Son état physique est alarmant : « Aujourd’hui, ça fait 29 jours qu’il n’a rien mangé. Demain, ça fera trente jours, un mois complet. Il a perdu 24 kilos. Sa santé s’est détériorée. » Dalila Ben Mbarek Msaddek confie avoir quitté la prison « détruite », impuissante face à la souffrance de son frère : « Je comprends qu’il est brisé de l’intérieur… pour lui-même, pour ses amis, pour la situation du pays… après une révolution, après des sacrifices… On ne le reconnaît plus. »

Elle rappelle également que la plainte pour torture déposée par la défense « n’a pas été examinée ».

Hospitalisations, violences alléguées et démentis officiels : les faits établis

Au cours des deux dernières semaines, Jaouhar Ben Mbarek a été hospitalisé à plusieurs reprises. Des analyses avaient révélé la présence d’une substance toxique au niveau des reins, indiquant un début de rhabdomyolyse dû à une déshydratation sévère. Malgré sa prise en charge médicale, il aurait refusé tout apport nutritif et présentait des symptômes préoccupants : incapacité à marcher, troubles du langage, insomnies et perte rapide de poids. Son avocate avait néanmoins réussi à le convaincre de boire au moins un litre d’eau par jour.

Une enquête a été ouverte après que ses avocats ont affirmé qu’il avait été violemment agressé à la prison de Belli, par des codétenus et des agents. Lors de son transfert à l’hôpital régional de Nabeul, des examens auraient confirmé la présence de contusions et de traces de coups. Un médecin, alerté par la suspicion de torture, aurait prescrit son hospitalisation. Une enquête administrative a également été déclenchée.

La défense dénonce en parallèle des pressions visant plusieurs avocats, certains faisant l’objet d’instructions judiciaires. L’Ordre des avocats a protesté contre les restrictions imposées aux visites.

De son côté, l’administration pénitentiaire rejette toutes les accusations, niant notamment l’existence d’une grève de la faim et affirmant assurer un suivi médical régulier des détenus.

Lors de la séance plénière du 15 novembre 2025 consacrée au budget de la Justice, la ministre Leïla Jaffel avait tenu un discours ferme, allant parfois jusqu’à l’ironie. Elle avait nié l’existence de grèves de la faim « sauvages », dénonçant une « campagne infondée » sur les réseaux sociaux et affirmant que les détenus continuaient de se nourrir, parfois « moitié moitié ». Elle avait assuré que ces mouvements demeurent encadrés médicalement et que les détenus peuvent choisir de refuser ce suivi. Selon elle, l’impact de ces grèves sur les procédures judiciaires reste minime, accusant ses détracteurs de nuire au pays sans résultats tangibles.

I.N.

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