Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Le Parlement européen met en garde la Tunisie et demande la fin des procès politiques

Par Nadya Jennene

Le Parlement européen a adopté, jeudi 27 novembre 2025, une résolution au ton particulièrement ferme sur l’état de droit en Tunisie, avec un focus central : l’affaire de l’avocate et journaliste Sonia Dahmani, détenue depuis mai 2024 et devenue l’un des symboles de la répression actuelle dans le pays. Le texte concernant la Tunisie a été approuvé par 464 voix contre 58 et 75 abstentions, signe d’un large consensus sur la gravité de la situation.

Le texte, adopté dans le cadre de la session 2024-2029, rappelle d’emblée le contexte. Sonia Dahmani a été arrêtée « au siège de l’ordre des avocats tunisien à la suite de sa participation à une émission sur Carthage+ ». Depuis, elle a fait l’objet de cinq procès, a déjà été condamnée à trois reprises, et sa peine cumulée pourrait atteindre 24 ans de prison.

Les eurodéputés notent également que sa détention se déroule dans des conditions qualifiées d’« inhumaines et dégradantes », sans accès suffisant aux soins médicaux. La résolution rappelle en outre que sa sœur, Ramla Dahmani, a été condamnée par contumace en juillet 2025 pour « diffusion de fausses informations ».

Dans un premier mouvement, le Parlement condamne sans ambiguïté la situation et « exige sa libération immédiate et inconditionnelle ». Les députés élargissent cette demande à « toutes les personnes détenues pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression », y compris les défenseurs des droits humains et les opposants politiques.

Le Parlement dénonce aussi les conditions de détention de la militante. Le texte décrit « les soins médicaux inadéquats, une communication limitée avec sa famille et son conseiller juridique et des audiences retardées, ainsi que les multiples affaires visant à prolonger sa détention ».

À l’heure où le parlement européen débattait de la question, l’avocate a été libérée. Elle a quitté la prison peu près la signature de sa libération conditionnelle par la ministre de la Justice. 

Outre l’affaire Sonia Dahmani, les eurodéputés pointent une dégradation profonde du cadre démocratique. Ils « condamnent l’escalade des détentions arbitraires, des persécutions motivées politiquement et des restrictions des libertés ».

Ils réitèrent leur appel au respect de la Constitution tunisienne, en particulier l’indépendance du pouvoir judiciaire, et avertissent contre « l’ingérence de l’exécutif dans les fonctions judiciaires ».

La résolution vise explicitement le décret-loi 54, utilisé massivement contre journalistes, avocats et militants depuis 2023. Le Parlement « demande son abrogation complète », ainsi que la suppression de « toute législation abusive utilisée pour restreindre les libertés ».

Au-delà des critiques, les eurodéputés appellent les institutions européennes à durcir le ton. Ils demandent à l’Union « d’exprimer sa profonde inquiétude » et de mener « une action diplomatique coordonnée pour faciliter la libération des prisonniers politiques ».

Le Parlement invite également la Commission à placer la question des libertés au cœur de toute coopération avec Carthage : « La situation des droits de l’homme doit être centrale dans tout dialogue politique, toute aide financière, toute coopération en matière de sécurité et tout accord avec la Tunisie. »

Le texte exprime aussi un soutien appuyé aux acteurs tunisiens engagés pour les libertés. « Le Parlement exprime sa solidarité sans faille avec la société civile, les défenseurs des droits de l’homme, les médias indépendants et les associations d’avocats ».

Les députés demandent à la Commission de réagir fermement au blocage des comptes bancaires des organisations de la société civile, estimant que ces pressions financières constituent un obstacle direct à l’État de droit.

L’hémicycle européen appelle, également, la Tunisie à renouer avec ses engagements internationaux et régionaux. Il « encourage la Tunisie à relever les défis dans la région en assumant un rôle dans le respect des droits de l’homme et de la démocratie ».

N.J 

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés

6 commentaires

  1. zaghouan2040

    28 novembre 2025 | 3h56

    La relative bonne nouvelle c’est que le régime est soucieux de l’avis de ses partenaires stratégiques
    La mauvaise nouvelle c’est que ce régime se prépare au tollé international de la mort éventuelle du martyr Jawher Ben MBAREK en prison
    Le régime tunisien reste donc une dictature cynique vicieuse et aux abois

  2. HatemC

    27 novembre 2025 | 19h14

    La Tunisie n’est plus dans une dérive.
    Elle est dans un état d’exception permanent, devenu système.

    Ce qui se passe en Tunisie n’a plus rien d’un accident. C’est un processus d’effondrement démocratique, piloté par un homme qui concentre tous les leviers de pouvoir et s’entoure d’acteurs qui ont plus à perdre en se désolidarisant qu’en continuant à le soutenir.

    POURQUOI AVOIR FAIT UNE MERDOLUTION … POUR FINIR PAR REPRODUIRE EXACTEMENT LES MEMES SCHEMAS DU PASSE ??????

    PARCE QUE LA PSEUDO REVOLUTION A RENVERSE UN HOMME, PAS UN SYSTEME.

    Le 14 janvier 2011 a fait tomber Ben Ali.
    Mais il n’a pas fait tomber la culture politique qui l’a produit.

    On a chassé un dictateur.
    On a gardé :
    – les mêmes réflexes d’obéissance,
    – les mêmes élites dépendantes du pouvoir,
    – les mêmes institutions fragiles,
    – la même administration paralysée,
    – la même peur du conflit politique,
    – la même absence de culture du contre-pouvoir,
    – la même tentation d’un “sauveur providentiel”.

    Résultat :
    Le système s’est réinventé sous un autre visage.

    On a fait une REVOLTION POLITIQUE? MAIS PAS UNE REVOLUTION INSTITUTIONNELLE ET ENCORE MOINS UNE REVOLUTION CULTURELLE.

    – Voilà pourquoi on reproduit les mêmes erreurs.
    – Voilà pourquoi un seul homme a pu tout reconcentrer.
    – Voilà pourquoi le pays tourne en rond depuis 13 ans.

    • Roberto Di Camerino

      28 novembre 2025 | 14h04

      Une seule issue de secours : Les Jacobins…

  3. Judili58

    27 novembre 2025 | 16h42

    Quelle honte. Nos martyrs doivent se retourner dans leurs tombes . Eux qui ont donné leurs vies pour que nous vivons dans un état de droit libre et démocratique voilà que cet etat que nous avons élu de nos propres mains est rappelé à l’ordre pour déficit de droit de liberté et de démocratie. Mémoire souillée.

  4. Mhammed Ben Hassine

    27 novembre 2025 | 15h26

    Mais quelle audace à ce parlement
    Notre souvrennete oblige

    • Gg

      27 novembre 2025 | 19h14

      Allons donc… Comme par hasard, Me Dahmani est libérée à l’instant même où l’UE vote cette résolution.
      Vous croyez au hasard?