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10 % des Subsahariens en Tunisie porteurs du VIH ? Une affirmation infondée

Un article publié le 18 novembre 2025 par le journal El Chourouk et relayé massivement sur Facebook affirme que « 10 % des Africains subsahariens en Tunisie portent le VIH ». Cette statistique, attribuée à un médecin local, est présentée comme un fait établi et alarmant. Mais après vérification, aucune étude, aucun rapport scientifique et aucune donnée institutionnelle ne confirment ce chiffre.

Cette affirmation s’inscrit dans un contexte de campagne de désinformation visant les personnes migrantes d’Afrique subsaharienne, régulièrement ciblées par des discours stigmatisants depuis début 2023.

La déclaration relayée par le journal attribue ces chiffres au docteur Mohamed Lotfi Ayari, présenté comme président d’une association de sensibilisation au VIH. Même si ce médecin existe bel et bien, les données avancées ne reposent sur aucune source publiée, aucune enquête de terrain et aucun document épidémiologique officiel. Le ministère tunisien de la Santé, l’ONUSIDA, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les organismes spécialisés dans la prévention du sida n’ont jamais diffusé de statistiques faisant état d’un taux de 10 % de porteurs du VIH parmi les migrants subsahariens en Tunisie.

Les seules statistiques disponibles concernent la situation générale du VIH dans le pays. Selon les données les plus récentes de l’ONUSIDA, la Tunisie compte une prévalence faible du VIH, autour de 0,1 à 0,2 % dans la population générale, et les rapports officiels ne distinguent pas les infections par origine nationale. Ils ne mesurent donc pas la proportion de personnes vivant avec le VIH parmi les migrants, subsahariens ou non. Autrement dit, la donnée avancée par la presse tunisienne n’existe dans aucune base scientifique ou institutionnelle.

La publication de ce chiffre intervient dans un climat particulièrement tendu autour des migrations. Depuis février 2023, les personnes originaires d’Afrique subsaharienne en Tunisie ont été la cible de rumeurs, stéréotypes et paniques morales, souvent centrés sur des thèmes sensibles comme l’insécurité, la démographie ou la santé publique. L’affirmation selon laquelle les migrants seraient « plus susceptibles de transmettre des maladies » est un ressort classique des discours haineux et xénophobes. Dans ce cas précis, la mise en avant d’un chiffre spectaculaire et non vérifié contribue à alimenter la peur, la stigmatisation et la justification implicite de violences ou de mesures de rejet.

En l’absence totale de données officielles, et au vu du contexte politique et social marqué par une campagne persistante visant les Subsahariens, l’affirmation selon laquelle 10 % d’entre eux seraient porteurs du VIH est infondée et relève de la désinformation.

R.A.

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